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 Poussière et Vent

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MessageSujet: Poussière et Vent   Sam 12 Juil - 16:08




2 août 804
Poussière et Vent
Sous titre du sujet


  •  Nom des participants : Uriel Sangdragon - (maybe Lotte-Louison, else solo)
  • Statut du sujet : Libre
  • Date : 2 août 804
  • Moment de la journée & météo : Matin, vers 11h. Le soleil est haut dans le ciel, une brise chaude sillonne les collines
  • Livre III, chapitre 1





La poussière.

La poussière s'accumule, inéluctablement, implacable trace du temps qui passe. La poussière s’amasse, au fil des jours. La poussière devient visible, petit à petit, sans que l'on y paye attention.

Et régulièrement, machinalement, on finit par la voir. Régulièrement, on finit par passer un coup de balais, un coup de propre. Synonyme du temps qui passe, synonyme du temps qui coure, qui change les vies, qui change le monde, qui change les hommes. La poussière est la seule chose qui en ce monde, continuera toujours de s'accumuler, calmement, paisiblement, alors qu'autour d'elle le monde s'agite dans une danse inlassable.

Quelques pensées éparses alors que je passe ce bout de tissu humide sur le bord de ma fenêtre. La poussière est finalement un peu mon compagnon de toujours. Une tache rémanente qui m'accompagne à chacun des pas de mon éternité. Alors que je regarde par la fenêtre ce monde en mouvement, ce monde bouillonnant comme jamais, où les Dragons ont réussi à sortir à nouveau au grand jour…

Ils ne se rendent pas compte… Ils ne se rendent pas compte à quel point leur vie est longue… Elle n'est qu'un passage, elle n'est qu'une étape.

Mais pourtant, de mon point de vue, elle est bien plus que ça. De ce point de vue humain qui m'est propre… De ce point de vue d'être éternel, statue assoupie au milieu d'une rue ou chacun vaque à ses occupations. Comme leurs vies sont courtes. Ils ne se rendent même pas vraiment compte d'à quel point elles sont vaines, inutiles. Le monde va et vient, sans arrêt. Nous essayons d'influer, d'agir, dans le temps qui nous est imparti, pour changer les choses, pour contrôler le cours du temps. Qu'ils profitent donc des quelques pauvres années qui leur sont données, si brèves… Qu'ai-je fait en ces milliers d'années ? A quoi ont donc servi ces siècles de combat, à quoi ont donc servi toutes ces vies, toutes ces âmes qui sont passées en Arven, qui se sont battues, qui se sont élevées, qui sont tombées dans l'oubli. A quoi ont servi toutes ces luttes, toutes ces vies gâchées, toutes ces joies perdues par sacrifices ? Par toutes les Puissances réunies, combien d'hommes et de femmes se retournent aujourd'hui dans leur tombe face à cette guerre qui reprend.

Les Dragons d'un côté, la Rose Écarlate de l'autre.

Comme au jour qui m'a vu naître.

Moi, le secret et auto-nommé gardien de ce pacte scellé, j'ai failli. Ils sont de nouveau libres. La Guerre ravage de nouveau Arven. Où ai-je donc échoué ? Il y a-t-il un seul choix que ce fameux Accord me permette de réparer un jour ?

Peut-on vraiment lutter contre le Destin ?

Des millénaires de lutte. Vains. Des millénaires à arpenter Arven, à profiter de mes longues années, bien sûr, mais aussi à œuvrer pour que les hommes puissent vivre leurs vies sans que les Dragons ne viennent tout gâcher à nouveau… Ils se sont très bien débrouillé, bien sûr, au début… Des royaumes fertiles, des peuples heureux… J'aurais aimé que ce temps ne cesse jamais…

Mais générations après générations, les légendes ont fini par sombrer dans le néant. Qu'importent les mises en garde, qu'importent les chants, qu'importent les rappels. Les hommes ont oublié. Mais les Dragons, eux, n'oublient jamais. Ils sont restés là, attendant leur heure, attendant que la mémoire des peuples humains fasse ce qu'elle a toujours fait.

Qu'elle s'efface.

Et quand leur victoire semblait de plus en plus proche, quand moi-même j'avais fini par baisser ma garde à force de vies passées dans ce corps d'homme… Quand ils avaient fini, sans même vraiment agir, par regagner la confiance du peuple humain… Il est arrivé.

Augustus Poing-d'Acier.

Un homme. Un homme qui s'est levé contre les Dragons, quand tout les autres s'étaient endormis. Un homme qui a perpétré un massacre sans nom, « un mal nécessaire » que je n'ai jamais vraiment pu approuver. Un massacre qui l'a mené à être haï de son peuple. Un massacre qui ne pouvait construire les bases solides du règne qui se voulait le dernier rempart au retour des Dragons.

Augustus m'a rouvert les yeux. Augustus a réveillé mes souvenirs enfouis par des millénaires de vie. Augustus m'a sorti de cette léthargie inhérente à la vieillesse humaine. C'est son règne, si terrible soit-il, qui m'a fait renaître et m'a fait prendre conscience du lent glissement de terrain qui nous précipitaient vers le gouffre.

Mais il était déjà trop tard.

Un roi haï ne peut être éternel, quelle que soit sa force. Un homme seul ne peut soutenir à la fois le poids des Dragons et l'agonie du Pouvoir. Augustus est tombé. Et plus aucun rempart ne pouvaient plus se dresser contre Eux. La Rose est revenue de l'oubli pour se dresser contre eux. Piètre mur de briques mal assemblées. Elle n'avait pas le temps de déployer ses ailes, elle n'avait pas le temps de comprendre dans quelles conditions son retour était annoncé.

Il était déjà trop tard.

Le mur a cédé comme une cloison de paille emportée par le vent. Les Dragons étaient libres. Libres. Et les humains commencent à peine à comprendre ce que cela signifie.

Les humains ont-ils encore une chance, aujourd'hui, alors que la Rose déploie enfin ses ailes avec les Dragons du vol d'Or ? Je n'en sais rien. Je ne sais pas. Je sais juste que j'ai échoué. Je sais juste que quelques soient nos efforts, nous, pauvres humains, ne pouvons luter contre le temps. Et aujourd'hui, la Rose pourrait bien emporter une victoire, oui, ils sont assez forts pour cela. Mais elle disparaîtra alors de nouveau.

Et ils reviendront. Ils ne cesseront jamais de revenir. Une victoire, mais pas la guerre. Les Dragons ont le Temps pour eux. L'Éternité toute entière ne sauraient leur faire oublier leur soif de puissance et de vengeance. Les hommes peuvent-ils vraiment en dire autant ?

Je suis fatigué de cette guerre, fatigué de me battre… Mais pourtant, je sais que les Dragons ont eu leur chance, je sais ce qu'ils en ont fait, et je sais ce qu'ils en feront encore aujourd'hui. Je ne suis pas sûr de mériter de me battre encore auprès des Hommes, mais je suis prêt à le faire. Je ne suis pas sûr de vouloir combattre ma propre race, mais me laissent-ils vraiment le choix ? Les Hommes ont encore besoin de moi aujourd'hui. Et je suis toujours là.
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MessageSujet: Re: Poussière et Vent   Mer 16 Juil - 11:10

J'ai grandi.

La pensée me frappe comme une gifle, alors que je monte les marches de la tour d'Uriel - j'ai grandi, une nouvelle fois, et la seconde adolescence qu'Answald Vifazur m'avait offerte s'estompe alors que je deviens de plus en plus femme à nouveau. Et je me rappelle, malgré moi, ce qui s'était passé à la Volte il y a trois ans de ça, les fiançailles auxquelles l'ont voulait me forcer, ce voisin croulant et obscène auquel l'on voulait me donner - et la fuite, effrénée, Lothaire à mes côtés, pour trouver un nouveau refuge et laisser éclater cette magie qui venait de nous être offerte. J'ai connu à Dragonvale une paix que je n'attendais plus, j'y ai rencontré notre ancêtre, et surtout j'y ai rencontré Lucille - ô, chère Lucille, et son armée de zombies ! Nous avons semé un désordre infernal ici, à en rendre fous les adultes du lieu, mais voilà - voilà, le temps passe, et nous ne sommes plus vraiment des adolescentes, elle et moi.

Je ne veux pas grandir.

J'aimerais que ce temps dure éternellement - jeune, insouciante, passionnée par ce que j'apprends ici, et surtout, libre. Indépendante. Je sais très bien qu'en rentrant chez moi, je ne trouverai que la désapprobation de nos parents devant ma fuite inconvenante, même s'ils tireront fierté de mon statut de mage et tenteront de me vendre plus cher à quelque riche seigneur des environs suffisamment âgé pour avoir cavalé dans les vergers avec mon grand-père. Lothaire n'est plus à Dragonvale depuis plusieurs mois - je sais qu'il est rentré à la Volte et qu'il se cherche une épouse. Zébutha ne rend pas les choses faciles, mais il semble heureux - pour ma part, je n'envisage pas de quitter l'Académie et le havre qu'elle me procure. Je m'amuse bien trop avec Lucille comme compagne de jeu, même s'il nous faudra bien accepter un jour que le temps des genoux écorchés et des blagues idiotes est révolu...

Pas aujourd'hui. Pas encore. Je ne suis pas prête à être adulte.

Un peu essoufflée, j'arrive en haut des marches de la tour. Depuis que les Dragons sont libres à nouveau et que les Dragons du Vol d'Or se sont révélés comme alliés de la Rose, reprenant la teinte étincelante de leur écailles, je n'ai guère eu d'occasions de voir Fantasme et Philosophe. Les seuls Dragons de la Rose que l'on aperçoive encore dans l'enceinte de l'Académie, ce sont Stellaire et Sucre - lui parce qu'il tellement ancien et sage qu'aucun ne l'emporterait en duel contre lui, et qu'il est trop perché pour songer à provoquer un de ses congénères ; elle parce qu'elle est tellement adorable et gentille que même ses ennemis supposés apprécient sa compagnie et l'auréole de... de... de mignonnerie qu'elle répand autour d'elle. Avec eux deux comme professeurs, ma magie est très originale et marginale, mais cela me convient. Aujourd'hui néanmoins, pas de cours à l'horizon, et Lucille m'a faussé compagnie pour s'en aller en expédition dans les serres de l'Académie, aussi me suis-je donc penchée sur un souci épineux qu'avec Uriel nous tentons de résoudre depuis plusieurs années. A mon habitude, je fais irruption dans sa salle de travail comme une tornade, décoiffée et les joues rouges d'avoir couru à toutes jambes depuis les halls de l'Académie.

"Papi, j'ai eu une autre idée ! GÉRALDINE ! Qu'est-ce que tu en penses, dis ?"
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MessageSujet: Re: Poussière et Vent   Jeu 17 Juil - 2:49

Lotte-Louison.

Une tornade au milieu d'un palais de poussière.

Se décidera-t-elle un jour à m'appeler autrement que papi ? Combien de générations nous séparent ? Est-ce vraiment mon sang qui coule dans ses veines ? Ah.. Qu'importe. Elle est là, dans sa superbe robe, me regardant avec ses grands yeux plein de gentillesse. Est-ce un caprice d'enfant qui l'a poussée à quitter sa famille ? Si le temps m'a appris une chose, c'est qu'on peux jouer avec l'amour, former des couples, en briser d'autres. Cependant, à la fin, les plus forts ne sont pas ceux qui ont suivi les sentiers battus. Je ne peux blâmer cette jeune femme de n'avoir voulu marier un parfait inconnu, je ne peux la blâmer de vouloir vivre sa vie. Mais je ne peux qu'être triste pour elle d'avoir ainsi perdu ses parents. Un jour, j'espère que leur famille se reconstituera.

Pour l'heure, le sujet est tout autre, et tandis que je la regarde d'un œil un peu absent, en pleine réflexion, elle semble s'impatienter. Géraldine ? Vraiment ? Je regarde un instant par la fenêtre, ou se trouve la titanesque baleine qui m'a choisie pour mage. Je commence à pouffer.

Et je ris.

Pas un rire fort et tonitruant, pas un fou rire à vous en faire éclater les oreilles. Juste un rire franc et grave, venu du fond des âges. Combien de temps cela fait-il que je n'aie pu rire ainsi ? Je ne sais plus.

Je regarde ma chère petite-fille, ou quoi qu'elle puisse être, et fini par me calmer. Je la regarde en souriant, affectueusement.


"Non. Je ne crois pas que je vais l'appeler comme ça."

Mon sourire continue de s'étendre. Que c'est agréable de penser un instant à autre chose. Comment cette jeune fille peut-elle être à temps d'années lumières de la triste réalité qui secoue l'univers ? Est-elle si jeune qu'elle le paraît ? Je n'arrive plus vraiment à me repérer dans le fil de sa vie. J'ai entendu dire que Vifazur l'avait rajeunie par accident... Par accident. J'aurais vraiment aimé toucher deux mots à cet inconscient avant qu'il ne fuit Dragonvale après l'imbécilité dont il a fait preuve en touchant le Cristal... Je ne me suis rendu que trop tard de sa folie. Aujourd'hui, il faudra bien que quelqu'un l'arrête, mais avec les Dragons en liberté, cela risque d'être compliqué.
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MessageSujet: Re: Poussière et Vent   Ven 12 Sep - 8:14

Papi se met à rire. D'un rire qui lui ressemble tellement : pas tonitruant comme ces pirates que nous avons vus au Nouvel An, pas éméché comme le roi de Sombreciel lorsqu'il a sombré au fond d'un tonneau en gloussant, pas efféminé comme celui du roi d'Erebor lorsqu'Obsession habitait encore son corps. Un rire franc, un rire grave, un rire constellé d'étoiles comme l'est la profondeur de son regard. Je ne sais pas au juste combien de générations nous séparent – jusque que je descends d'Abélard, et même si Abélard n'est plus là et que c'est l'esprit du dragon Justice qui anime ce corps, je ne l'en aime pas moins de tout mon cœur. J'ai peine à croire parfois que mon père et Lothaire descendent de lui également – ils fuient la magie, l'un comme l'autre, alors que moi, je l'ai embrassée toute entière. J'aime ma vie ici : les leçons de magie dispensées par Stellaire et Sucre, les bibliothèques emplies de trésors de savoir, Lucille... Oui, j'aime la vie que je mène, dans ce tourbillon d'enchantements et de sortilèges que j'apprends.

Haussant les épaules face à sa réponse, je tournoie sur moi-même, faisant virevolter mes jupes et soulevant un nuage de poussière qui finit par atteindre mes narines, déclenchant une série d'éternuements tonitruants. Là où la plupart de mes compagnes éternuent discrètement, j'émets pour ma part des sons aussi retentissants que les ronflements de Stellaire lorsqu'il a un peu trop abusé de l'herbe-à-rêves qui pousse en haut de la montagne qui surplombe le lac – même si moi, je ne mets pas accidentellement le feu à la forêt par la même occasion.

« Papi, c'est un peu poussiéreux, dis... Tu ne veux pas que je nettoie un peu ? Promis, cette fois, je fais attention ! »

Oui, cette fois, je serai soigneuse. Pas comme la dernière fois où j'ai voulu, dans un élan de bonne volonté, rendre service à Uriel en débarrassant sa tour de « toutes ces vieilles choses poussiéreuses ». En observant l'intégralité du mobilier et des possessions de Papi se faire la malle par toutes les ouvertures de la tour sur l'extérieur, y compris ses propres vêtements, y compris SA BARBE ET SES SOURCILS, j'ai appris à formuler mes sortilèges avec un peu plus de précision. Heureusement que j'ai finalement réussi à retrouver ses sourcils accrochés en pendentif au cou de Kévin-Henri, l'un des zombies de Lucille... Ils auraient pu aller loin sinon, et un Papi sans sourcils, c'est tout de suite moins sérieux.

Il paraît que Stellaire s'est bien moqué de lui, pendant ces jours-là – qu'est-ce que j'y peux, moi, aussi, si la poussière règne en maîtresse ici ?
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MessageSujet: Re: Poussière et Vent   Mer 17 Sep - 6:01

Elle tournoie sur elle-même.

La chose à ne pas faire ici.

Et tandis que sa robe magnifique dessine des arabesques de couleur enchanteresses au milieu de mon salon, un véritable nuage de poussière accompagne le mouvement, tel les sortilèges de lumière qui accompagnent parfois les gestes des mages gitans dans leurs danses. Et le soleil à son zénith d’illuminer la pièce, de jouer des mouvements, dessiner des rayons courbés et des étincelles rougeoyantes dans la poussière dansante de mon salon.

Mais ce spectacle inattendu a aussi un effet immédiats sur nos narines. Et alors que ma descendante éternue à en faire éclater les miroirs de la pièce, je me retourne vers la fenêtre que j’étais en train de nettoyer, toussant plus discrètement, inspirant l’air frais de l’extérieur.

Je savais que ça faisait longtemps, mais tout de même.

Et voilà que la petite me propose de nettoyer la pièce. Nettoyer la pièce. Je ne me souviens que trop de la dernière fois qu’elle m’a proposé ses services, et que j’ai eu la folie d’accepter. Quand je me suis retrouvé seul dans mes appartements vides, nu comme un nouveau-né, chauve de pied en cap, je dois confesser que je n’avais pas depuis longtemps pris la mesure de la taille de cette tour. Et si le ré-aménagement qui s’en est suivit était plutôt agréable et a eu le mérite de m’occuper et de faire un bon coup de propre, je dois aussi avouer que j’aurais préféré ne pas subir les moqueries de toutes l’académie, Stellaire en première ligne, pour les semaines qui ont suivi. Et les Dragons, contrairement aux Hommes, n’oublient pas.

Foutus Dragons.


« NON ! »

Je me suis peut-être exclamé un peu fort, en la voyant retrousser ses manches. Son regard me fait fondre.

« Je... Ne suis pas tout à fait sûr... Lotte-Louison, écoutes, j’avais déjà commencé à nettoyer, tu vois ? »

J’agite le chiffon humide avec lequel je nettoyais la fenêtre.

« Ne t’inquiètes pas pour moi, je vais me débrouiller, ce sera bientôt reluisant comme au jour de mon installation. »

J’omets juste de dire que lorsque je me suis installé ici, la tour tombait déjà en ruine, et que la poussière était alors le cadet de mes soucis.

J’ai encore retrouvé hier une armoire posée à l’envers, dans la chambre d’amis... J’étais pourtant sûr que de l’avoir remise correctement la dernière fois... A moins que ce ne soit les vestiges du premier de l’an... Si seulement je pouvais me rappeler de ce qui s’est passé ce jour là.

Bon, allez, une diversion.


« Et, sinon, dis-moi, tu fais des progrès en sortilèges ? Fantasme est fier de toi ? Et les zombies de ton amie Lucille, ils restent calmes, ça va ? »
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MessageSujet: Re: Poussière et Vent   Sam 27 Sep - 22:28

Booon. Papi n'a pas vraiment l'air convaincu par ma proposition, et ma foi, je ne peux pas vraiment lui en vouloir. Je considère son chiffon d'une moue dubitative, puis résignée, je fais taire ma déception et me perche sur un tabouret un peu bancal, prenant garde à ne pas soulever d'autre nuage de poussière malvenu – du coin de l'œil, j'aperçois un guéridon se glisser discrètement par la porte entrouverte, et je réprime un sourire. Le vieil ami de Papi se méfie visiblement de mon arrivée en fanfare, et je ne peux guère l'en blâmer, après ce qui s'est passé lors de la fête de Nouvel An que Fantasme avait organisée ici. Un an et demi – par les Puissances dans leur solennelle éternité, le temps passe tellement vite ici que c'en devient tellement simple de l'oublier. Trop vite. Il passe trop vite. Ramenant les genoux sous mon menton, les talons sur le tabouret, je prends le temps de répondre aux questions de ce vénérable ancêtre que le hasard a mis sur mon chemin.

« Je pense que je progresse, je ne vois plus trop Fantasme, mais Stellaire a l'air satisfait de mes derniers résultats. Quant aux zombies de Lucille, je crois qu'elle essaie de leur apprendre à faire leurs lacets, mais c'est pas encore vraiment ça... »

Un gloussement nerveux m'échappe. Je suis gênée. J'aimerais parler avec Uriel – lui parler à cœur ouvert, parce qu'il est après tout le seul membre de la famille auquel je puisse m'adresser depuis que Lothaire est parti de marier en abjurant sa magie. Mais voilà, même si j'ai passé plus de deux ans maintenant à le voir presque quotidiennement, il reste encore un presque inconnu pour moi, et je ne sais pas vraiment comment procéder pour combler un peu de cet immense fossé qui nous sépare et dont l'affection qu'il me porte est le seul pont. Il y a sûrement le fait qu'il soit âgé de plus de deux mille ans ou quasiment, et qu'il me voit encore comme un enfant... Même si j'ai en réalité quatre ans de plus que mon apparence ne le laisse voir, cela ne m'en fait jamais que vingt-quatre, et je fais bien pâle figure à ses côtés. J'aimerais en savoir plus sur lui. Est-ce qui me répondra si je l'interroge sur ces sujets difficiles qu'il n'a jamais abordés ?

« Papi, dis-moi... Tu ne m'as jamais vraiment raconté comment c'était. A l'époque de la première Rose. »

Tu ne m'as jamais parlé des affrontements. Des hommes manipulés par les Dragons comme des poupées. De la dévastation qu'ils ont infligée au continent tout entier. Des larmes de ces êtres de bien qui ont tout sacrifié pour libérer l'Humanité. D'Abélard tombé pour sa cause, et de toi, Justice... Tu ne m'as jamais parlé de tout cela.
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MessageSujet: Re: Poussière et Vent   Sam 4 Oct - 10:35

Elle abandonne. Ouf. Sauvé !

Inconsciemment, je me rend compte que j'avais déjà porté une main à ma barbe. Je la redescend prudemment.

Lotte-Louison monte sur une chaise, et je vois du coin de l'œil mon cher guéridon quitter la pièce discrètement. Depuis ce fameux premier janvier, il s'agite de plus en plus, aux limites de la conscience. Il ne devrait pas tarder à arriver à reprendre sa forme humaine, mais après combien de temps ? Plus de deux siècles de sommeil, il risque d'être de mauvais poil après un tel réveil. Et même si je ne cesse de lui parler quand il se change en meuble, je sais qu'il ne m'entends pas vraiment, plongé dans un trop profond sommeil.

Les résumés des récents évènements vont lui faire un sacré choc. Lui qui choisit généralement de se transformer pour sauter quelques jours ou quelques mois à peine, il avait décidé à l'époque de se figer pour des siècles, après la mort de sa femme, décidant qu'il ne voulait pas continuer à vivre dans le même monde que celui qu'il avait arpenté à ses côtés. Il ne va pas être déçu. Arven n'a plus grand chose à voir avec le moment de son endormissement. Et moi qui avait promis de le protéger pendant son sommeil... Je crois que je vais prendre une belle rouste. Dire qu'il n'a même pas connu la grande trahison d'Augustus !..

Mais soyons plus bref, ce n'est pas ici le sujet. Le sujet, c'est cette gamine qui me toise d'un air curieux. Elle doit me prendre pour un sacré vieux crouton incapable de me concentrer plus de deux minutes et toujours vaguement endormi. Aaah, si elle m'avait connu plus jeune, quand je n'avais encore que deux ou trois siècles... Je me demande si j'ai toujours en moi cette énergie ? Parfois, il me semble l'avoir perdu en chemin. Mais soit tout de même damné celui qui voudra m'enterrer si tôt.


« Les débuts de la Rose, hein ? »

Je lui souris. J'époussète un peu une table pour m’assoir légèrement dessus. Je réprime l'envie de regarder par la fenêtre pour me concentrer. Je la fixe, dans les yeux, cherchant mes mots.

« Il y a encore quelques années, on ne parlait d'eux que comme des parias, et mes vaines tentatives pour rétablir la vérité ne me valaient que quolibets, auraient pu me valoir la potence. Et voilà qu'elle fait de nouveau rêver toutes nos chères têtes blondes, n'est-ce pas ? Comme aux bons vieux siècles suivant la Guerre ? Ah, belle époque, ou tous ont fêté notre victoire pendant bien longtemps. »

Mes yeux se sont emplis de brume, et je dois faire un effort pour refaire le point sur ma descendante. Ce n'est toujours pas ce qu'elle veut savoir.

« Mais je m'égare. Ce sont les faits qui t'intéressent, pas les fêtes centenaires qui ont suivit. Ces faits qui se fondent dans le brouillard épais de mes souvenirs, mais que je peux essayer de me rappeler pour toi. »

Je m'installe un peu mieux. Je la vois trépigner légèrement. Je suis navré, ma petite avec moi, il faut savoir prendre son temps.

« À cette époque, il n'y avait ni Nightingale, ni Sombreciel, ni Erebor, ni Bellifère, ni Cibella, ni Lagrance, ni Ansemer, ni Outrevent... A cette époque... Il n'y avait qu'Ibélène et Faërie...  »

Alors, lentement, je continue. Prenant soin de choisir mes phrases, traçant mon chemin dans les âffres de mes souvenirs. Je ne sais vraiment si j'ai vécu certaines de ces choses que je lui raconte, je ne sais vraiment si c'est encore les vies d'Abélard et de Justice qui défilent devant mes yeux ou un tissu de souvenirs reconstitués à force d'histoires, de recherches et de chants entendus. Je lui parle donc des Dragons, de la Guerre, de la Rose, d'actes de bravoure insensés, de batailles mémorables. Je lui parle de légendes devenues Hommes, je lui parle de complots, de souverains et de petites gens. Je lui parle de Rois et Reines qui, dans les moments les plus sombres, ont su se tenir droit, et ne pas flancher face à la tempête, accomplissant un sacrifice qu'aujourd'hui je n'ai toujours pas fini de pleurer. Je lui parle à mots voilés de Bienveillance, de Justice. Je lui parle des Dragons qui ont osé affronter leur propre race et en payer le prix. Je lui parle des armées, des hommes et des femmes du peuple, boulangers, forgerons, paysans, ceux qui n'ont eu d'autre choix que de prendre les armes face à des ennemis si nombreux, forts et terrifiants que les Puissances elles-mêmes en ont un moment tremblé. Je lui parle du courage de ces soldats, qui avec une pique ou un arc pour seule arme, se tenaient droits et couraient vers leurs ennemis, périssant par centaines. Je lui parle d’histoires plus banales, du début du conflit, du quotidien et des intrigues à la cours pour endormir la méfiance des Dragons. Et puis, vient un moment où, au fil de mes mots, je me perd pour un instant dans mes souvenirs.

Après quelques minutes de silence, je me rend compte que Lotte-Louison est toujours là. Elle me regarde, attentive, je lui suit reconnaissant de ne m'avoir interrompu pendant ce moment de silence, de l'avoir respecté et de n'avoir continué à participer à notre discussion comme elle l'a fait auparavent avec tant de vivacité.


« Tu sais... Tu sais, petite, ce que représentent des millénaires de vie ? Beaucoup connaissent mon histoire, savent que j'ai vécu bien longtemps... Mais bien peu arrivent à comprendre. Toutes ces légendes que tu connais, tout ces rois et ces reines dont tu as vaguement entendu parler, toutes ces vies qui se sont croisés, ces évènements qui ont bouleversé Arven ou ces siècles de calme ou la richesse à abondé dans le pays. J'étais là. J'ai connu ces Hommes, ces Rois, ces Dragons, ces Pirates et ces Mages... J'étais là. Je veux dire, je n'ai pas seulement survolé ces époques, étudié des livres d'histoire... J'ai vécu toutes ces années. Imagines tout ce que tu as pu faire dans ta courte vie, tout ce que l'on peut faire dans une vie entière... Voyager, aimer, se battre, étudier, rêver, composer des œuvres d'arts ou bien encore se prélasser pendant des heures ou des jours loin du monde sur une île déserte... J'ai fait tout ça. J'ai vécu des dizaines et des dizaines de vies... »

Un nouveau silence s'étire, plus long encore que ceux qui ponctuent mon discours.

« Tu sais, certains me croient sénile. »

Je ris légèrement en secouant la tête avant de continuer.

« Beaucoup me croient sénile, en fait. Et il est vrai que j'ai souvent du mal aujourd'hui à me fixer sur une tâche sans penser à de lointaines réminiscences... Mais je ne suis pas fou. Je me souviens de tout ça. Je me souviens de ces choses magnifiques que j'ai eu la chance de voir, jusqu'au large d'Arven. Je me souviens de ces palais splendides qui furent érigés en des temps immémoriaux et qui ne sont aujourd'hui que ruines. Je me souviens de tant de vies croisés, de tant et de tant de gens que j'ai aujourd'hui enterrés... »

Je souris légèrement et tourne mon regard vers la fenêtre ouverte. Je ne veux pas qu'elle voie cette brume qui traverse pour un instant mes yeux. Je veux qu'elle voit ces merveilles que j'ai exploré et ces hommes de légende que j'ai côtoyé. Un jour, je lui montrerais certaines d'entre-elles, qui se dressent encore dans certains lieux d'Arven. Car après des millénaires de vie, je n'ai toujours pas l'intention de mourir ou de me laisser enterrer. Et cette frêle jeune femme, ce papillon coloré qui me fait face, est l'un de ceux qui me rattachent à mes racines, l'un de ceux que je protègerais pour toujours et que je ne laisserais jamais tomber.
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MessageSujet: Re: Poussière et Vent   Jeu 9 Oct - 15:29

Il parle. Il parle, ô douce Fatalité, il parle encore, et c'est comme s'il me jetait un sort – comme s'il figeait mon corps, comme s'il m'apprenait à tromper la mort. Il parle, il me raconte, cette somme incroyable de vies qu'il a accumulées, ces légendes qu'il connaît mieux que personne pour les avoir lui-même côtoyées. J'ai peine à le suivre, par moments, tant il se perd dans le dédale de sa mémoire, ce labyrinthe confus tissé d'autant Justice que d'Abélard. Il parle, d'un ton rêveur que je commence à lui connaître, dévidant pour moi l'écheveau de ses souvenirs, oh si anciens ! Si anciens, que je peine à concevoir comment était la vie... avant. Je me laisse emporter, par la brume au fond de son regard qui s'en va errer au loin, par le rythme un peu désuet de ses mots désuets, par les frissons dont son récit agite mon instinct. Captivée.

A ses côtés, je me sens perpétuellement jeune – quand je refuse de vieillir jusqu'aux tréfonds de mon être, il aide l'adulte que je suis devenue malgré moi à me rappeler l'inconséquence de ma jeunesse, tant je me sens insignifiante lorsqu'il parle. Dérisoire. Petite – si petite, si terriblement misérable en comparaison de cet être qui a tant vu, tant vécu – tant perdu. Je l'entends dans ses mots. Il y a là une nostalgie sous-jacente, comme un air de regret qui s'attarde dans la poussière de ce bel après-midi. Un écho peut-être, impalpable, qui résonne entre les pierres de cette tour ancienne où errent les vestiges d'un passé depuis si longtemps révolu qu'il en a presque disparu. Le fantôme d'un sourire, désincarné, frôlant fugitivement mon épaule dans un soupir désolé. Et dans ses yeux, ô sombre détresse, cet éclat de rire courageux, ce mensonge d'allégresse, ce rêve miséreux, paré des mille voix de la tristesse...

Il parle encore. Il était là. Il a entendu le chant de gloire des souverains vainqueurs ; il a vu les actes de révolte et de rancœur, il a compté des orphelins les pleurs. Il était là. Il était là quand les trônes vacillaient dans un ultime frisson naguère, il était là quand les opprimés n'avaient plus que la prière, il était là aux premiers frémissements des tambours de guerre. Il était là, quand les Dragons ont rompu tous leurs serments – il était là, dans les larmes, et dans le sang. Il était là.

Les heures passent comme un battement de cils, tandis qu'il parle encore – tandis qu'il trace pour moi les premiers traits de cette fresque tragique, tant elle a bouleversé le destin du continent. Il parle, il parle encore – il me raconte les Dragons, il me raconte la Rose, et à demi-mots il me raconte sa vie, il égrène la litanie cruelle de ses pertes, et je sens mon cœur qui s'effraie, je sens mon cœur qui saigne – ô, Sombre Mère. J'entends mon cœur qui pleure, et ça fait mal – tellement mal, à l'intérieur...

Il s'est tu. Son regard s'évade par la fenêtre, contemple dans l'infini d'azur les ruines saccagées de ce monde qu'il a aidé à bâtir, les restes oubliés des fondations du monde qu'il s'est battu pour construire. Il était là, il se souvient – et le poids de ce qu'il n'a pas dit est bien plus révélateur que tous les souvenirs qu'il a partagés. Il mentionne à peine Justice, et Abélard – impossible de deviner lequel des deux il est réellement, tout au fond de lui, ce Dragon emprisonné dans un corps d'homme, ce dieu du ciel auquel on a coupé les ailes. Et surtout, surtout – il ne parle pas d'elle. Je sais qu'elle existe, je sais qu'elle a survécu, par Solveig qui est au courant de ce qui se passe au palais royal de Nightingale – ô, Uriel, regarde au fond de ta mémoire, ouvre les plus étroitement clos de ses tiroirs. Elle est là, bien sûr, la plus cruelle de tes blessures. Elle est là, dans le recoin le plus sombre, le plus noir – elle est là, la morsure aveugle du désespoir. Elle est là, cette force terrible de l'habitude – cette infernale solitude. Elle est là, bien sûr, Uriel – elle est là, éternelle.

Dans le bruissement feutré de mes jupes, je m'approche, l'entoure de mes bras, posant le front contre son dos alors qu'il regarde par la fenêtre. Il n'est pas très câlin, je le sais – je le sais très bien. Mais moi, j'en ai besoin.

« Parle-moi d'elle, Papi. De celle qui est tombée pour Astrée – de celle que tu as pleurée pendant deux mille ans. »
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MessageSujet: Re: Poussière et Vent   Dim 2 Nov - 16:13

« Je ne suis plus Justice. »

Je la regarde dans les yeux, elle, la descendante du possesseur original de mon corps. Chaque nouvelle génération des hommes voit apparaître de nouvelles courbes, de nouveaux visages, de nouveaux styles vestimentaires… Mais quelque part, je retrouve en elle tous les ancêtres qui l’ont précédé. Tous ces visages qui ensemble ne forment qu’un. C’est à eux tous que je m’adresse à présent.

« Pas plus que je ne suis Abélard. »

Je me suis défait de son étreinte, pourtant si douce, pourtant si fraiche. Ses mots ravivent en moi une douleur que j’ai mis longtemps à faire taire, et qui aujourd’hui renaît avec son objet. Bienveillance. La compagne de Justice, la plus terrible de mes pertes. Elle vit encore, elle est toujours là, dehors, et pourtant, je n’ose partir à sa recherche, je n’ose aller la retrouver.

« Elle s’appelait Bienveillance. Elle était si parfaite… C’était avant la Guerre, c’était avant toute cette folie… Cela fait si longtemps… Comment prendra-t-elle ce retour ?... Comment pourra-t-elle m’excuser de ne pas l’avoir retrouvée pendant ces milliers d’années ?... »

Mes yeux fuient ma descendante, je marche dans la pièce comme un lion en cage, cherchant des mains quelque chose à faire, quelque chose pour m’occuper. Du chiffon que je tiens toujours, je me mets à astiquer un meuble. Je tourne toujours à moitié le dos à Lotte-Louison.

« Je ne suis plus un Dragon. Un monde entier nous sépare… Je suis devenu si… Différent. Je… Je ne sais pas. »

Nerveusement, je frotte la surface poussiéreuse de l’étagère. Un petit objet part à la renverse, tombe sur le sol dans un bruit métallique. Je n’en ai cure, je ne lui adresse même pas un regard. Je me retourne brusquement vers la frêle petite mage, fronçant les sourcils.

« Qui t’a parlé d’elle ? »

Je m’approche d’elle d’un pas rapide. Trop rapide. Presque violent. Menaçant. Je la vois faire un pas en arrière. Je la saisis puissamment par les épaules, à peine capable de me contrôler. Je répète, plus fort.

« Qui t’a parlé d’elle ? »
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MessageSujet: Re: Poussière et Vent   Mar 4 Nov - 16:48

Parfois, c'est comme si son regard me traversait de part en part, comme si je n'étais pas vraiment là – comme s'il pouvait, en un clin d'œil, remonter toute ma lignée et revoir cette litanie de visages qui me relient à Abélard. Je dois être bien futile à ses yeux. Remplaçable aisément par celles et ceux qui viendront après moi, tout comme je remplace dans doute ceux de ses descendants qui m'ont précédée. Comment peut-il seulement s'attacher vraiment à nous, ces êtres éphémères qui traversons sa vie comme des étoiles filantes déchirant brièvement la nuit ? Il n'a jamais vraiment parlé de mes ancêtres. De ces hommes, de ces femmes, sur lesquels il a veillé de loin pendant le bref éclat de leur vie. Parfois, j'aimerais savoir : est-ce que je suis digne d'eux, à ses yeux ? Est-ce que je déshonore leur mémoire, ou suis-je fidèle à leur héritage ? Mes parents m'ont reniée et mon frère m'a abandonnée, mais Uriel semble me tolérer auprès de lui, et je puise réconfort dans cette chaleur diffuse dont il m'entoure. Même si c'est une illusion, même si je ne suis pour lui qu'un reflet sur la vitre qui passe et s'estompe plus rapidement que son œil ne peut le capter.

De quelques mots saccadés, il me parle d'elle. De Bienveillance – de celle que l'on célèbre sous le nom d'Agonie. De cette Dragonne dévouée à l'Humanité, de cette compagne d'Astrée, de cette Dragonne du Vol d'Or qui fut la partenaire de la Reine Noire, il y a si longtemps. De cette créature noble et fière qui a abdiqué l'éclat de ses écailles pour enchaîner ses semblables, de cette âme si haute et si noble qu'elle a tout donné pour préserver les enfants d'Arven. On parle beaucoup d'elle dans certains cercles, de sa crucifiante attente dans cette ultime seconde de son existence, nourrissant de sa souffrance le sort jeté par la souveraine d'Ibélène il y a si longtemps maintenant. Il me parle d'elle et je perçois dans ses mots l'écho d'une souffrance si ancienne qu'elle en défie ma logique et ma raison, d'une douleur si profonde qu'elle ne peut réellement s'exprimer sans sonner le glas de ce qu'il reste de Justice dans ce corps figé hors du temps.

Et le voilà qui s'enflamme soudain – voilà qu'il s'en prend à moi, broyant mes épaules de ses mains, malgré ce geste de recul instinctif qui m'a repoussée en arrière. Il me rappelle soudain mon père et l'orage dans ses prunelles, la désapprobation dans chaque pli méprisant de sa bouche, l'arrogance dans la crispation de ses mâchoires. Je cligne des yeux, un instant prise par une marée de souvenirs que je souhaitais tellement avoir laissée derrière moi à la Volte – je cligne des yeux, et je reviens à l'instant présent. Il semble que le sujet de Bienveillance soit délicat, et c'est d'une voix entrecoupée par la frayeur, parmi les battements rapides de mon cœur saisi par la peur, que j'explique les raisons de ma curiosité déplacée.

« Beaucoup parlent d'elle – les enfants de Nightingale se chuchotent les uns aux autres qu'une Dragonne a été extraite des vestiges du Palais et qu'elle a repris son vol, Solveig d'Ibelin lui a déjà été présentée et elle m'en a parlé – beaucoup d'élèves parlent de Bienveillance. » J'avale péniblement ma salive, effrayée soudain devant cet inconnu apparu bien brusquement derrière les traits de mon ancêtre, craignant la violence rentrée que je devine couvant en cet homme que je ne pourrai sûrement jamais plus appeler Papi. « Uriel, tout Arven parle d'Agonie, et la plupart de ce que l'on dit d'elle, je l'ai entendu de cette femme -  je l'ai entendu dans les chansons de Soprane la ménestrelle. »
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MessageSujet: Re: Poussière et Vent   Mar 11 Nov - 4:22

L'amour d'un Dragon. L'inquiétude de Justice. La folie d'une créature ancestrale.

Elle me parle. Elle me parle, terrifiée, essaye de s’échapper de mon emprise en citant toutes ces personnes qui là, dehors, parlent déjà de Bienveillance. Les Mages, évidemment, tout ces gamins cloîtrés dans Dragonvale qui n'ont rien d'autre à faire que de disperser des ragots dans le vent. Solveig d'Ibelin, évidemment, la petite d'Ingmar. Cette petite a grandit bien trop vite, et quelqu'un ferait mieux de s'occuper rapidement d'elle avant qu'elle n'aille trop loin dans la voix dangereuse qu'elle commence à emprunter. Soutenir les Dragons n'a jamais été si bon payeur que les humains ont toujours voulu le croire. Soprane… Soprane la Ménestrelle, une autre de mes filles, le sang de mon sang. Comment pourrait-elle ne pas être au courant ? Comment tout Arven pourrait-il ne pas être au courant ? Et pourtant… Et pourtant je continue de me cacher. Bienveillance renaît de ses cendres, et Justice n'est plus là pour elle. Non, Justice est mort. Justice est enterré. J'ai moi même participé à la construction de la sépulture où son corps repose. Mais son âme, elle, vit toujours en moi.

Et Lotte-Louison, tremblotante entre mes mains, est la preuve ultime de cette vérité que je voudrais me cacher. Qui que je sois devenu, Bienveillance a le droit de savoir. Qui que je sois devenu, elle mérite mieux que de n'apprendre mon destin par les chants des gitans. Mais Bienveillance n'est plus le sujet, ici. Je plonge mes yeux dans ceux de Lotte-Louison, et me rend compte de l'horreur de mon comportement.


« Que la Folie m'emporte, si tel est Son souhait, mais qu'Elle ne me fasse pas faire une telle chose... »

Je la lâche, me pince la lèvre, soucieux. J'espère au moins ne pas lui avoir fait de mal.

« Je suis désolé, Lotte-Louison… Désolé. »

Je recule, un peu tremblant. Je m'assoit sur un des fauteuils de la pièce.

« Elle lui manque… Elle me manque, Lotte-Louison. »

Bienveillance… Où es-tu aujourd'hui ? Où pourrais-je te trouver à nouveau ? Par quels intermédiaires pourrais-je te contacter ? Je sais tout cela, évidemment, même si je le cache à ma propre conscience par appréhension. Harmonie pourra m'aider. Entre toutes, c'est elle qui me guidera à l'Amour de Justice.

« As-tu déjà connu l'amour ? Toi, femme cachée dans ce corps de fille, as-tu déjà senti ton cœur battre pour un homme ? »

As-tu déjà senti cette douleur d'être séparés par des forces qui vous dépassent ? As-tu déjà senti cette volonté d'être ensembles, qui pourrait faire tomber tout les obstacles ? As-tu déjà senti cette peur de n'être pas à la hauteur, cette peur qui est bien plus grande que celle de la mort : Celle de ne plus être aimé. Celle d'être rejeté. Mais as-tu connu ce bonheur, celui d'être ensemble, celui d'avoir à tes côtés un être qui pour le restant de tes jours donnera un sens à ta vie ?
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MessageSujet: Re: Poussière et Vent   Sam 20 Déc - 17:12

Il me fait peur.

Je ne pensais pas avoir un jour peur de lui. Je sais depuis qu'il m'a dit qui il était pour ma lignée le nombre de ses années, bien sûr – je sais qui était Justice, et qui était Abélard, mon ancêtre, celui dont j'aspire à devenir digne. Des mages, il y en a eu d'autres dans ma famille, évidemment, avant qu'Augustus ne les déclare tous hors-la-loi : de grands hommes, des femmes douées, qui avaient fait prospérer la Volte et fait de notre nom l'un des plus respectés de Cibella. Oui, des mages, il y a eus bon nombre, une bien belle quantité, et une partie de moi regrette intensément de n'avoir pas hérité de l'Accord qui était le talent d'Abélard. La magie qui brûle dans mon sang, ce frémissement du Chaos qui m'emporte parfois dans un fiévreux déferlement, c'est une magie du vivant, bien éloignée de l'harmonie des gitans.

J'envie Soprane la ménestrelle, parfois. Je sais qu'elle a avec Papi un lien qui dépasse toute la profondeur du mien, et elle ne sait même pas qu'elle descend de lui – mais bon. Moi, j'ai la chance de vivre à proximité, et de le voir quand bon me semble, même si là, tout de suite, je le découvre sous une facette qu'il m'avait cachée jusqu'ici. Je le voyais comme un homme sage, riche de l'enseignement d'années innombrables, calme et intelligent, puissant oui, et pondéré. J'ai oublié un peu trop vite que l'âme de Justice s'est incarnée dans le corps d'Abélard, et qu'il ressent avec une intensité bien réelle toutes ces émotions violentes qui sont l'apanage de l'Humanité.

Pauvre Dragon désenchanté...

Tremblante encore de ma frayeur, je l'observe se laisser tomber dans l'un des fauteuils anciens aux accoudoirs sculptés. Dans ses paroles, je perçois toute l'étendue de sa douleur ; dans sa voix, je discerne l'ampleur de son désarroi. Justice pleure Bienveillance, Justice pleure celle qui s'est offerte à la première Rose comme vecteur de leur anathème – Justice pleure, et c'est Abélard qui saigne. Comment Uriel pourrait-il sortir indemne du tourment éternel où le plongent les deux moitiés de son être ? J'ai mal pour lui. Il me fait peur, mais quelque part, il me fait aussi pitié, et j'ai mal, tellement mal, de voir son malheur.

Sa question ma fait sursauter. Dérangée par toutes les pensées qu'elles suscitent, je me mords la lèvre un peu trop violemment, et je sens perler un peu de sang dont le goût cuivré me rappelle ce temps d'avant, où je pensais devoir me soumettre à la volonté égoïste de mes parents.

« Non, P... Non, Uriel. Je n'ai pas encore rencontré quelqu'un qui me donne envie de l'aimer. De ce que j'en ai vu, l'amour fait mal, tu sais... Ça me donne vraiment pas envie de tester. Solveig m'a parlé de sa reine, Dame Svanhilde, elle y a laissé des plumes... Elle m'a aussi parlé des autres sénéchaux, du baron de Sylvamir, lui aussi il en a bavé... A croire que l'amour, c'est une malédiction plus qu'un cadeau. Et à la maison, à la Volte, tu sais... Si j'y retournais, on me forcerait à m'y marier. C'est pour ça que je suis partie, je te l'ai déjà raconté. Rester, c'était me marier à ce voisin de la Source, riche, mais tellement vieux... Je veux pas ça, moi. Je veux pouvoir exister avant de devoir m'enterrer, et j'aimerais bien tomber amoureuse, aussi, même si... même si ça me fait peur, Papi. »

Les mains jointes sur mes genoux, j'écoute le silence qui est tombé sur la tour, observant distraitement le jeu de lumière sur les particules de poussière en suspension dans l'atmosphère. Puis je finis par la poser, cette question qui me brûle les lèvres.

« Est-ce que tu vas... essayer de la retrouver, Papi... ? »
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MessageSujet: Re: Poussière et Vent   Dim 28 Déc - 7:27

Non… Non elle n’a pas trouvé le grand amour. Bien sûr, elle est encore trop jeune, elle regarde ces choses-là avec l’appréhension et la timidité de ceux qui n’ont pas encore goûté à la chaleur des bras d’un amant. Elle le regarde avec les yeux d’un enfant qui voit les couples mariés s’enfoncer dans les affres des colères et des disputes. Elle le voit des yeux d’une adolescente qui voit ses amies revenir en larme après de difficiles séparations…

Le silence s’étend, jamais complet dans cette vieille tour qui est la mienne, qui connaît les légers craquements du bois et le sifflement du vent entre les pierres. Puis sa question vient, timide, reprendre la conversation où je l’avais trop rageusement interrompue. Je la regarde, cette enfant douce et bienveillante.


« Oh oui… Oui. Je vais la retrouver. »

Ma voix s’est faite plus ferme, mon cœur s’est réchauffé.

« Car tu sais, si mes longues années m’ont appris une chose, une seule, que je peine encore souvent à assimiler et à me rappeler, c’est qu’il ne faut pas fuir l’amour. L’amour d’un amant, l’amour d’une famille, l’amour d’un lieu, d’un foyer, d’amis qui te sont chers… Tous te feront souffrir, tous te seront arrachés, parfois temporairement, parfois pour toujours. Tous s’évanouiront un jour sous les effets du temps, te laissant seul, d’une implacable tristesse, désolé, anéanti. Et pourtant… Et pourquoi que serait-on sans eux ? Combien de fois me suis-je terré dans ma tour, ne voulant plus souffrir du monde extérieur ? Combien de fois ai-je préféré fuir devant une jolie jeune femme, une perle rare plutôt que de ne devoir quelques courtes années plus tard la perdre ? Mais ces longues années de réclusion m’ont appris une chose, Lotte-Louison, elles m’ont appris que le bonheur est dans tous ces instants partagés avec ta famille et tes amis. Alors oui, je la retrouverais. Quoi qu’il m’en coûte, car elle est la meilleure chose qui me soit jamais arrivé. »
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