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 C'est une part de nous même qui disparaît dans les étoiles

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MessageSujet: C'est une part de nous même qui disparaît dans les étoiles   Mar 5 Aoû - 7:31




27 Septembre 803
C'est une part de nous même qui disparaît dans les étoiles
Nous n'avons pu la protéger


  •  Nom des participants : Mélusine de Séverac et Joséphine Siguardent
  • Statut du sujet : Privé
  • Date : 27 septembre 803
  • Moment de la journée & météo : L'automne arrive mais c'est un ciel bleu et quelques nuages qui couronnent Lorgol en cet après midi
  • Livre 3, chapitre 1



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MessageSujet: Re: C'est une part de nous même qui disparaît dans les étoiles   Mar 5 Aoû - 9:14

Il n'était pas rare que les choses arrivent parfois trop vite dans la vie. Pourtant, tu ne te rappelais pas avoir fait quoique ce soit de mal pour voir un jour les choses échapper complètement à ton contrôle et assister à ce qui avait achevé de briser ton cœur à peine remit des événements. Lesquels ? Sans doute la mort prématurée de Svanhilde, qui n'avait jamais attiré en toi que ressentiments et doutes, mais qu'avec les années tu avais fini par plaindre et sans doute apprécier. L'annonce de sa disparition tragique avait réveillé en toi les souvenirs d'avant, et une peur mêlée à une appréhension que tu ne parvenais pas à comprendre. Ou du moins que tu n'avais pas comprise sur le coup. Car maintenant, tu ne peux que pleurer et regretter tes doutes dont tu n'avais pas fait part à ta chère Mélisande.

Oh ta chère Mélisande... qu'avais-tu fait pour mériter de voir sa perte sous tes yeux ? Vous étiez si tranquille, après une mission pour la Confrérie, de retour au pays dans les sables chauds de Chamaar en Erebor. Ce lieu t'avait manqué et tu te réjouissais de prendre un peu de repos avec la Séverac après les péripéties qui dans lesquelles vous vous étiez engagées elle et toi. Tu discutais vivement de certaines choses avec Sahira, cette petite poupée forte étrange qui depuis presque un an te suivais en remerciement de l'acte que tu avais accomplie à Dragonvale, quand de sombres personnes sont arrivées aux portes de la propriété. Violence, cris, les gens de Chamaar ont tenté de s'enfuir, et tu as voulu les aider, les protéger comme le faisait Mélisande de son côté. Tu l'avais perdu de vue, tu n'étais pas certaine de la retrouver, et c'était un mauvais pressentiment qui ne cessait de te lacérer les entrailles alors que ta lame en main, tu blessais ces gitans voleurs d'enfants qui osaient ainsi vous attaquer. Ta marche t'avais pourtant mené jusqu'à ta Maîtresse, et c'est là que, par courage et honneur, tu vis Méli se défendre, faire barrage pour protéger ces pauvres personnes qui n'avaient aucun moyen de se protéger eux même. Trop loin d'elle, tu entendais pourtant le marchandage, tu vis le feu ardent dans les yeux de la jeune femme, tu vis aussi ce gitan au visage masqué s'approcher d'elle et d'un mouvement preste lui trancher la gorge sans demander son reste. C'est ta voix qui a hurlé le nom de Mélisande, ce sont tes pleures qui ont déchiré le plus fort dans cette débandade et c'est ta rage qui a brulé en ce lieu, permettant de te ressaisir face à la douleur et prendre en main ces personnes qui n'avait plus nul part où aller. Et tu as entendu les voix, celles de ces meurtriers étonnés, fuyant après ce coup d'éclat qui allait leur coûter très cher. Et ils sont partis, envolés comme le vent de la tempête de sable souffle le pauvre voyageur égaré.

Mélisande assassinée. Mélisande à jamais disparue de ce monde et tu n'avais pas su la protéger. Brisée, le cœur lourd et dévasté, tu as vu ta chère petite Méli disparaître sous les sables de la terre, enterrée dans la bienséance mais partie bien trop tôt de la vie... et tu pleures encore, tu pleures de savoir ce que vont ressentir les autres à l'annonce de cette nouvelle. Et tu t'en veux pour chacun d'entre eux de n'avoir pu veiller sur elle. À Maximilien que tu devinais droit mais au cœur anéantit. À Ismalia ta maitresse que tu savais brisée et en peine de se redresser face à ce choc. À Melsant et Melbren dont tu voyais déjà dans leur yeux les larmes. À Mélusine... qui venait de perdre sa moitié. Oh Mélusine... elle qui avait tant souffert aussi, tu devais lui annoncer, mais tu avais peur de ce que tout ça pouvait bien déclencher. Tu ne voulais voir la peine sur son visage, et pourtant tu devais aller vers elle. Il le fallait. Et c'est ainsi qu'au lendemain de l'enterrement, tu chevauchas à dos de chameau jusqu'en Cibella, jusqu'à Lorgol où tu savais que Mélusine se cachait depuis bien des mois.

Tu trembles devant cette porte, tu trembles face à cette tour immense qui te fais face, et tu trembles de demander aux domestiques de te mener à Mélusine. Avant même de la voir, tes larmes montent, avant même de lui parler, ta voix tressaute et tu ne sais comment lui annoncer. Et enfin, elle arrive. Tes cheveux et ton visage, comme par humilité et peur se cachent sous la mante rouge, et tu te retournes lentement vers la jeune femme. Peux-tu seulement lui sauter dans les bras et pleurer avec cette nouvelle ? Non, tu dois rester forte et lui annoncer. Mélusine te sembles ailleurs pourtant, un peu seule et triste. Es-tu le héraut lui annonçant pire encore que ce qu'elle ne vit déjà ?

« Mélusine. Je... je suis tellement désolée... »

Tu ne parviens pas à aller plus loin car la voix se brise dans ta gorge, et un sanglot te coupe quand une larme ne parvient malgré tout pas à tomber. Tu devais être forte, pour Mélusine qui allait être brisée.
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MessageSujet: Re: C'est une part de nous même qui disparaît dans les étoiles   Mar 5 Aoû - 10:20

J'ai froid.  

J'ai froid, et pourtant le soleil réchauffe l'atmosphère dans ces derniers jours de septembre, de ses rayons caressants qui étendent des ombres de plus en plus longues au fur et à mesure que l'astre descend sur l'horizon. J'ai froid, et pourtant je suis installée en pleine lumière, devant la fenêtre à la plus haute croisée, dans la tour de Sinsarelle richement meublée et ses vitraux ouvragés. J'ai froid – si froid, depuis quelques jours, étreinte d'un frisson glacial que je ne m'explique pas et que le Fou Noir est bien en peine d'identifier. Je ne sais pas ce qu'il se passe, et un pressentiment bien sombre vient obscurcir encore mes réflexions déjà bien ternes ces temps-ci, tant l'absence de Hiémain me pèse.

J'ai besoin de sa chaleur, besoin de son réconfort, pour chasser ce froid qui m'envahit et contre lequel je ne sais pas comment lutter puisque j'ignore son origine. Que se passe-t-il ? Si seulement Perle était là... Je me souviens avec nostalgie de l'époque où elle emplissait mes appartements de son babillage et de ses gais pépiements. Joséphine aussi est partie, et me voilà bien seule désormais, dans cette Tour où seuls quelques domestiques effacés restent à mes côtés. Parfois, je vais jusqu'au Palais Impérial en pleine reconstruction, causer un peu avec la nouvelle Reine de Cibella, sentant sur mon dos les regards désapprobateurs de ces fervents admirateurs des Dragons qui savent pour la plupart que je suis le Fou Noir. L'ombre de Vespéral me tient à l'abri de toute attaque, et Chimène se montre avec moi d'une bien avenante cordialité – mais elle ne saurait remplacer Perle, Joséphine et Mélisende, ma sœur bien-aimée dont l'affection me manque affreusement. Je souhaite qu'elle revienne bientôt à Lorgol – elle s'est absentée pour régler quelques affaires à Chamaar où les voleurs d'enfants se sont montrés plusieurs fois, et j'attends son retour avec impatience. Je regrette de ne pas l'avoir accompagnée, mais les secrets de la Confrérie Noire doivent être bien gardés et je sais qu'elle devait également passer voir la cellule de Vivedune sur le chemin du retour. Alors je suis restée à Lorgol, esseulée, attendant jour après jour une réponse aux lettres que j'envoie à Hiémain.

J'ai froid.

Et je ne sais pas pourquoi.

Cela fait dix jours maintenant que plus rien ne parvient à réchauffer mes mains glacées, et je m'inquiète sans savoir pourquoi. Un bruit près de la porte attire soudain mon attention – une silhouette enveloppée de rouge entre, et mon cœur rate un battement lorsque je reconnais ma Joséphine. Je me lève, et de quelques pas me voilà près d'elle – mais son regard me fuit, mais ses mains m'échappent. Mon sang se glace, ma gorge se noue – que se passe-t-il, que lui arrive-t-il, qui a osé s'en prendre à ma Joséphine ? D'un bras, j'entoure ses épaules, tandis que de l'autre main je rabaisse son capuchon écarlate. Elle murmure des excuses confuses, et je peine à comprendre la raison de son comportement. Rapidement, je m'assure qu'elle n'est pas blessée – nul sang, pas de plaie, aucune contusion. Pourquoi alors ces larmes ?

« Joséphine, très chère, que t'arrive-t-il ? Que s'est-il passé, pourquoi pleurer ? Dis-moi ce qui cause ton chagrin, ma douce – ma Joséphine, dis-moi tout ! »

Ma voix tremble. Ma gorge s'assèche. Mon ventre se noue.

J'ai froid.

Je pense qu'au fond de moi, j'ai déjà compris pourquoi.

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MessageSujet: Re: C'est une part de nous même qui disparaît dans les étoiles   Mar 5 Aoû - 10:51

Les mots devaient te venir, et tu devais relever la tête, être forte, car tu sais que la nouvelle risquait de ravager ta Mélusine. Elle ne le savait pas encore, mais tu savais pertinemment que les deux jumelles étaient plus que liées. Au delà de l'espace et au delà de la peine, elles avaient toujours su quand l'autre n'allait pas bien, et aujourd'hui que l'une d'elle avait connu le trépas, l'autre ne pouvait qu'en ressentir le poids d'un fantôme. Mais il t'était si difficile de parler, de concevoir de blesser Mélusine par les paroles alors que celles-ci étaient nécessaire. Toi si coupable, tu avais si honte de toi, et le visage de Mélisande, ce visage si doux, tu te rappelais l'ombre de la mort qui avait traversé ses yeux quand la lame d'une dague avait franchi la chair de son cou. Elle ne méritait pas ça, elle ne méritait pas de mourir après tout ce qu'elle avait traversé, après toutes les souffrances et les moments difficiles rencontrés. C'était bien plus que la peine qui naissant en ton cœur, mais bien la haine, la vengeance, la rancœur. Tu t'étais promis devant la tombe de ta chère Méli de trouver ceux qui l'avaient tué. Mais devant Mélusine et ses yeux blessé, cette même peine te recouvrais. Comment pouvais-tu trouver les mots, supporter le poids de ce savoir et le partager ? Elle te touche, saisit doucement ton visage pour le découvrir, admirer les larmes qui perlent à tes yeux et sentir le tremblement léger qui parcours tout ton être. Tu voudrais tellement la prendre dans tes bras, et un instant, c'est un soutient égoïste que tu voudrais de sa part, car la douleur de semble insoutenable. Tu n'as pas le droit, c'est à toi de la protéger et la soutenir.

Tes mains se posent, douces mais agitées de frissons, sur le visage de Mélusine, et lentement, tu le rapproche du tient pour y poser ton front contre le sien. Et un souffle traverse tes lèvres, une nouvelle respiration, et tes mots cassent le silence qui pèse.

« Oh Mélusine, c'est affreux, je suis tellement désolée. Nous étions à Chamaar entre deux missions, nous nous reposions tranquillement depuis quelques jours quand nous avons été attaqué par des gitans. Ils ont menacé les gens et Mélisande c'est interposée. Elle... Oh Mélusine, ta sœur nous a quittée. Elle a été tué par leur chef et ils se sont enfui après. Je n'ai rien pu faire pour la sauver... »

Si le sanglot fait trembler à nouveau ta voix, tu ne redouble pas de larme, car c'est la culpabilité qui t'assaille. Si seulement tu avais pu te trouver auprès d'elle, tu aurais pu la sauver, tu aurais pu la protéger et empêcher cet homme de poser son arme sur elle. Si seulement... ta vie contre la sienne n'était rien. Tes mains descendent de son visage, cherchent les siennes avant de les trouver et les serrer de toutes leur force.

« J'aurais du la protéger, pardonnes moi Mélusine. »
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MessageSujet: Re: C'est une part de nous même qui disparaît dans les étoiles   Mar 5 Aoû - 11:24

C'est donc cela que l'on ressent, lorsque l'on meurt ? Un vide intense, un froid irrévocable, et ce gouffre immense qui menace de s'ouvrir subitement sous mes pieds pour tout dévorer ? Oh Joséphine, ma Joséphine, pourquoi m'apportes-tu donc de telles nouvelles, veux-tu toi aussi ajouter à mon chagrin, à mes tourments ? Comme je t'en veux ! Vivement, je dégage mes mains des siennes, secouée de tremblements nerveux que je ne parviens pas à contrôler, je la prends aux épaules, la secouant violemment d'avant en arrière.

« Non ! Je ne te crois pas, Joséphine, tu me mens – pourquoi tu me mens, Joséphine, pourquoi, POURQUOI TU ME MENS ? »

Elle ne me répond qu'un bredouillis inintelligible, et d'un geste sauvage, violent, désespéré, je lui assène une gifle magistrale qui l'envoie en petit tas à quelques pas de là. Je veux qu'elle se relève, je veux qu'elle riposte – je veux qu'elle me combatte, qu'elle résiste, pour que je puisse laisser cours au déferlement de violence qui soudain me transporte. Je veux la frapper, je veux la blesser, qu'elle souffre elle tout comme elle me fait souffrir, que je puisse exorciser ma douleur de celle que je lui inflige !

« Tu mens ! Tu mens, maudite, tu mens, forcément ! TU MENS ! »

J'ai hurlé, penchée sur elle comme pour l'achever, de toute la puissance de ma voix, et je sens l'ombre de Vespéral prendre corps au bout de mes doigts. Que vais-je faire ? Le temps s'arrête un instant, alors que le Fou Noir pour cette première fois se fait la voix de la raison. Je sens sa présence chargée de magie tressauter dans le courant désordonné de mon sang qui cavale au rythme de mon cœur qui s'emballe, je sens sa pitié devant la cruauté qui m'est infligée, je sens la chaleur qu'il tente de m'insuffler alors que je me débats dans les rets acérés de cette détresse qui m'empoigne et me terrasse. Je sens sa présence avec une intensité nouvelle, comme s'il se trouvait devant moi, la main sur mon épaule – comme si je pouvais voir ce regard immémorial chargé de reproches.

J'entends les sanglots de Joséphine.

Entrecoupés de paroles sans suite, d'excuses, de lamentations et de regrets vains puisqu'ils ne pourront jamais rien changer, j'entends ses larmes qui dévalent la rondeur de ses joues, et soudain ma colère s'éteint, comme soufflée par le vent du destin qui s'est joué de nous. Elle s'est recroquevillée contre le mur, dans l'angle de la bibliothèque, accrochée des deux mains à la mante soyeuse dont ma mère lui avait fait présent pour la remercier des bons soins qu'elle nous prodiguait. Elle pleure, la pauvrette, elle pleure tout son chagrin, toute sa douleur, et je prends conscience sous l'impulsion de Rhéa de la somme de courage qu'il a dû lui falloir pour m'avouer son impuissance. Joséphine, notre Joséphine, si tendre et dévouée, l'amie de toujours, la suivante affairée, la complice discrète – ah, Joséphine, pauvre Joséphine...

Passant une main tremblante dans mes cheveux dénoués, je crispe l'autre, celle qui a frappé, celle d'où Vespéral s'échappe en volutes évanescents pour disparaître. Relevant les pans de mes jupes, j'avance vers Joséphine de quelques pas rapides, m'agenouillant près d'elle alors qu'elle sanglote de plus belle, le visage caché dans ses bras. Des deux bras, j'entoure ses épaules, la serre contre moi. J'ai froid, oh si froid, comme si la chaleur ne serait jamais plus qu'un souvenir – j'ai froid, mais Joséphine a besoin de moi. D'une voix calme, posée, presque sereine en dépit de tout, je murmure quelques paroles de réconfort.

« Ce n'est pas ta faute. Ce n'est pas ta faute, Joséphine, et je ne t'en veux pas. Pardonne-moi. » Posant la tête contre la sienne, je la serre un peu plus fort, agenouillée sur ce plancher de bois qui écorche mes genoux. « Je ne t'en veux pas. Je ne t'en veux pas, Joséphine – il n'y a rien à pardonner. Pleure, mon amie, pleure – pleure, et raconte-moi tout ce que tu sais. Que je sache sur qui me venger. »

Dans l'ombre de mes pensées, Rhéa approuve silencieusement. Telle est la loi de la Rose Noire : un coup pour un coup, une vie pour une vie. Telle est aussi la loi de Séverac : le sang pour laver celui des innocents.

Je te vengerai, ma sœur. Mélisende, ô ma douce, ma tendre, mon adorée, ma sœur bien-aimée – je t'en fais le serment. Je faucherai des vies, je ravagerai des familles entières, je dévasterai des royaumes s'il le faut – tel est le prix exigé. Le prix des tourments.

Le prix du sang.

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MessageSujet: Re: C'est une part de nous même qui disparaît dans les étoiles   Mer 6 Aoû - 9:07

Cette réaction, tu l'attendais. Ce n'était pas celle que tu voulais voir, mais tu savais qu'elle restait une possibilité. Tu savais que tu aurais à endurer les coups de la douleur de Mélusine. Comment aurais-tu pus les en vouloir de souffrir de la sorte en apprenant cette si malheureuse nouvelle de ta propre bouche, toi qui avait toujours veillé sur Mélisande, plus que sur ta propre vie même. Tu ne peux réagir contre cette main qui se lève sur toi, tu ne peux te défendre contre le coup qui frappe ta joue, tu ne peux répliquer par une semblable violence, car tu l'avais depuis longtemps accepté. La seule chose que tu puisses faire c'est pleurer. Au diable tes résolutions, au diable cette force que tu voulais montrer à Mélusine, tu étais fatigué, tu étais dévastée, toi qui avait eu à enterrer Mélisande, toi qui avait du supporter sur tes épaules ce poids pendant des jours. Et toi qui n'avais su la protéger comme il fallait. Tu avais si honte, tu ne méritais que les coups de poing d'une sœur brisée et plus que boulversée par la mort de sa moitié. Qui es-tu pour lui refuser ce droit de pleurer et s'énerver, extérioriser la douleur et frapper ? Alors tu pleures et tu caches tes larmes, tu baragouines et trembles, tu t'enfermes dans tes bras et tu cris en t'excusant, c'est tout ce que tu peux faire malheureusement.

« Je ne mens pas ! Pardon Mélusine, tout est de ma faute. TOUT EST DE MA FAUTE ! »

Et tu t'attends à un nouveau coup, car en relevant les yeux, tu vois un instant l'ombre d'une arme se matérialiser au creux de la main de ta maitresse. Tu vois presque la mort planer sur ta tête et finalement cela ne te sembles pas si mal.

C'est tout ce que tu mérites.

Alors tu ne bouges plus, la tête perdu entre tes bras Recroquevillée, tu resserres cette mante si importante pour toi sur tes épaules, ultime souvenir de ce passé si révolu, et tu attends que la fureur de Mélusine s'abatte sur toi, mais tu l'as déjà pardonné, tu sais que tout cela n'est que l'expression de sa douleur enragée. Elle si malheureuse et pourtant si forte, elle qui ne pleure pas face à toi qui sanglote comme une enfant. Es-tu si faible que cela Joséphine ? Et enfin, les bras te serres. Tu sursautes et ne t'y attends pas, car c'était la mort ou encore la fureur que tu pensais te voir adresser, non pas cette soudaine tendresse mélancolique et cruellement si triste. Tu ne peux regarder ta Mélusine dans les yeux immédiatement, et tu voudrais ne pas entendre ces paroles qui te pardonnes car toi tu ne t'es pas pardonnée. Et pourtant, c'était ce que tu voulais entendre, car tes pleures redoublent, tes bras enserrent la jeune femme pour répondre à son étreinte, et si tu sens que celle-ci est pour te rassurer, tu accordes bien gracieusement à Mélusine ta chaleur pour la consoler. La soutenir, c'est tout ce que tu voulais. Tes larmes sont essuyées d'un revers de la main, et c'est dans le regard de la jeune femme que tu parviens à puiser la force pour parler sans trembler ni hésiter. Car tu as la conviction... non, la certitude que ces monstres qui ont assassinés Mélisande payeront de leur vie ce crime.

« Je... je ne suis pas certaine car j'étais trop loin, mais je sais que cet homme qui l'a tué a surpris les siens en faisant ce geste. C'est pour cela qu'ils ont fuit aussi rapidement sans prendre ce qu'ils étaient venus chercher à l'origine. Des gitans venus prendre les enfants je crois. Mélisande a voulu négocier avec eux, ils auraient pu avoir beaucoup plus qu'avec les enfants, et au final ils sont repartis sans eux et sans sa proposition. Je pense qu'ils... enfin ce n'est qu'une supposition mais... je pense que son meurtrier n'était pas venu pour le vol. »

HRP:
 
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MessageSujet: Re: C'est une part de nous même qui disparaît dans les étoiles   Jeu 7 Aoû - 16:47

Joséphine s'accroche à moi comme une noyée sur le point de sombrer, et je sens contre le tissu soyeux de ma robe les battements effrénés de son cœur qui flanche. Pauvre Joséphine, pauvre colombe encore si blanche malgré le sang des assassins qui nimbe ses mains et l'hymne obsédant de la revanche qui hante ses lendemains... Elle pleure contre moi, elle pleure sa détresse et sa douleur - et je reste froide à présent, les joues sèches et le front serein, loin, si loin de tout - bien au-delà de tout cela, de ce désordre, de ces sanglots, de ces déchirements. Partie déjà, oui - partie là où plus rien ne peut m'atteindre. Comme une poupée de cire dont on aurait dérobé le cœur, comme un pantin de chiffon dont on aurait brûlé l'âme, comme une jumelle à jamais privée de sa sœur... Où es-tu, Mélisande ? Où donc es-tu partie, loin, si loin de moi...

Joséphine parle, et je ne suis plus qu'une statue de marbre qui écoute mécaniquement ses paroles. Je sens la fièvre du Fou Noir battre un rythme enflammé à mes tempes, et je sais que la lueur instable de sa déraison flambe haut à présent dans mes prunelles. On a tué ma sœur - on m'a volé Mélisande, on a osé lever la main contre la moitié de mon être, contre celle que j'aime le plus en cette vie, on a cru pouvoir ôter sa lune au soleil en toute impunité.

On s'est trompé.

Lentement, délibérément, j'enfonce les ongles dans mes paumes pour contenir la rage sauvage de la Rose Noire qui menace de me submerger. Je suis devenue tellement liée à Rhéa au fil des mois qu'il en devient malaisé parfois de distinguer ses pensées des miennes, mais en cet instant je n'ai pas de doute : nous brûlons elle et moi de la même haine viscérale à l'encontre de celui qui a commis l'impardonnable. Un instant toutefois, je clos les paupières, serrant Joséphine contre moi comme un talisman. Dans le silence qui nous entoure, seules nos respirations se font entendre, au rythme de ces larmes que je ne parviens pas à verser et qui s'égrènent lentement, ruisselant dans un impalpable torrent le long des replis de mon âme en tourment.

Il paiera.

Qui qu'il soit.

Il paiera.

Mais auparavant, une autre mission m'attend. Dure mission, terrible mission, ô cruel engagement - Mélisande, comment trouver le courage de prévenir nos parents... Blottie contre Joséphine, la gorge nouée mais les yeux secs, je perçois dans ma muraille de silence l'empathie du Fou et la lointaine pitié de Fantasme, impuissante mais désolée. « Joséphine. » Une seconde passe, ou peut-être une dizaine, ou une infinité. « Nous partons pour Euphoria. Il faut prévenir Castiel et mes parents sur l'Audacia. » Plusieurs vies s'écoulent à nouveau dans le silence figé de cet après-midi maudit. « Nous nous arrêterons à Chamaar avant tout. Je veux... Sa tombe, Joséphine. Je dois la voir. » Je ne bouge pas, je continue à la serrer contre moi, comme si en ne la lâchant plus j'arriverai à tenir éloignée la vague de désespoir qui menace de me submerger. Oh, comme j'aimerais que Hiémain soit là – comme j'ai besoin du réconfort de ses bras. Mais il est loin, lui aussi – bien loin de moi.

Allons, debout, Mélusine.

Vous étiez deux, vous aviez tout partagé. Vos rires, vos pleurs, vos espoirs, vos malheurs. Fondamentalement liées.

Te voilà seule, désormais.

Maudite.

Abandonnée.

Pour l'éternité.

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MessageSujet: Re: C'est une part de nous même qui disparaît dans les étoiles   Ven 8 Aoû - 16:12

Elle est là et toi tu ne peux que s’accrocher à ses bras alors que les mots qui passent ta bouche ressassent de nombreux souvenirs frais dont tu voudrais bien te débarrasser. Le sang, les cris, le visage de Mélisande vidé de toute vie et son corps léger s’écroulant face au coup lâche dont elle avait été victime. Tu n’avais pu recueillir ses dernières paroles, tu n’avais pu lui dire combien tu l’aimais, combien tu tenais à elle et que tu étais désolée. Tu n’avais pu que contempler la mort en face, cette mort que tu connaissais bien, toi Lame de la Main de la Nuit, mais c’était la première fois que tu voyais celle-ci faucher quelqu’un que tu aimais plus que tout. Tu trembles encore malgré le soutien de Mélusine, et tu sais qu’il en sera ainsi pour bien des temps encore. Tu as peur pour la jeune femme qui est avec toi, car tu sais que la peine est bien plus profonde encore pour elle. Et tu doutes que les larmes soient versées dans ses yeux. Alors tu pleureras pour elle, pour ta Mélusine tu seras sa peine qu’elle ne peut exprimer. Et toujours tu te promets d’être à ses côtés. Cette même promesse que tu avais fait à Mélisande.

Il y a autre chose. Tu la ressens parfaitement, cette haine et cette hargne sous les veines pulsées de la peau de Mélusine. Il te suffit d’un regard pour savoir que la vengeance est dans ses pensées, et tu ne peux qu’approuver, toi pauvre petite chose bien impuissante face à la grandeur que dégage la jeune femme, si sombre et si éloignée de toi. Tu sais que ta Mélusine a changé, qu’elle n’est plus la même et qu’une autre en son sein vie, partageant jusqu’à ses pensées et ses sentiments pour l’influencer. Tu le sais et tu le vois, et si cela n’effraie pas ton cœur fatigué et blessé, tu te désole un peu d’avoir perdu la douce et lumineuse fée de ton enfance. Mais cela ne t’empêchera jamais de veiller toujours sur elle, sur ta vie s’il le fallait, et peut être lui apporter un peu de douceur et de chaleur… car tu le sais, tu y avais déjà pensé avant que les paroles ne te soient annoncées… En parler aux autres, leur annoncer la terrible nouvelle… l’idée d’affronter Ismalia et de défaire la confiance qu’elle avait placé en toi fini presque de briser ton cœur, mais tu acquiesce. Qu’y a-t-il d’autre à faire ?

Rien. Sinon avancer. Et tu réponds d’une voix effacée :

« Bien Mélusine, je te mènerais jusqu’à elle. »

Lieu de son dernier repos éternel.

Le voyage fut bien plus court qu’à l’aller, mais tu avoues, après coup, préférer les moyens de transport plus conventionnels que le dos d’une dragonne. Et bien que celle-ci soit fort belle à regarder et agréable à la discussion, tu t’étais découvert un certain mal de l’air. Sans te jurer quoique ce soit, tu étais à peu près certaine de ne pas reprendre de suite un transport comme celui-là. Enfin, c’est bien vite que vous arrivèrent en vue de Chamaar. Les lieux n’avaient pas changé, et pourtant toi tu pouvais la voir, cette aura sombre de la mort qui planait encore sur les murs de la grande demeure. Tout te semblait vide et si froid alors que tu guidais Mélusine vers l’extérieur. Vide et sans vie… Et ta marche qui c’était peu à peu ralentie. Tu stoppas tes pas, car devant toi se dressait la tombe de Mélisande.

Et tu t’éloignes, laissant à Mélusine le loisir d’approcher.
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MessageSujet: Re: C'est une part de nous même qui disparaît dans les étoiles   Sam 9 Aoû - 18:45

Elle aurait aimé ce lieu. Oh, comme mon cœur se serre alors que j'approche – comme ma gorge s'assèche alors que je pose la main sur le haut de la stèle qui marque l'emplacement où ma sœur dort de son dernier sommeil. Une part de moi voudrait s'allonger là et dormir avec elle, ensemble à tout jamais ; mais je sais bien, à présent, que la solitude sera mon éternel tourment. Elle aurait aimé ce lieu... Je ne sais si c'est la délicatesse de Joséphine ou l'instinct sûr de ces serviteurs qui nous ont connues depuis l'heure de notre naissance, mais ils ont choisi pour elle l'endroit parfait. Non pas dans la nécropole de Chamaar, dans les profondeurs aveugles du roc – mais bien sur les remparts du domaine, en leur point culminant d'où l'ensemble du désert s'offre aux regards, à perte de vue. Mélisande n'a jamais vraiment été erebienne, mais mon âme en souffrance trouve un certain réconfort à contempler ainsi l'océan de dunes qui veillera désormais sur la sépulture de l'autre moitié de mon être.

Je ne peux pas pleurer, et pourtant, je le voudrais tellement. Le vent sauvage du désert souffle ses chauds effluves, et les voiles noirs qui dérobent mon visage tourbillonnent paresseusement autour de moi. On m'a laissée seule sur les dalles usées par la caresse langoureuse du sable solennel – seule encore, sur la tombe de ma jumelle.

Je ne parviens toujours pas à la pleurer. Je m'attendais à ce que le flot de larmes crève enfin en cet endroit dont je redoutais l'approche, mais non, rien ne vient – rien qu'une détermination sombre, ô si sombre alors que je suis née lumière, si sombre qu'elle en occulte à présent tout le reste. C'est la vengeance maintenant qui occupe mes pensées – le chagrin est là, et une seconde d'inattention pourrait faire qu'il parvienne à me terrasser, mais je ne me laisserai pas abattre avant d'avoir triomphé.

Je ne peux pas pleurer. Sous ma main nue, posée sur la stèle, je peux sentir la pierre réchauffée par le soleil souverain d'Erebor, et dans un murmure j'offre une promesse à ma sœur. « Je le trouverai, Mélisande, mon aimée. Je le trouverai, je t'en fais serment – je le trouverai et je t'apporterai son sang. J'en jure sur ma vie. » D'un geste vif, j'entaille la paume de ma main, et tandis qu'une cascade écarlate ruisselle sur les dalles polies sous lesquelles l'on a couché ma jumelle, je laisse un instant dériver mes pensées vers ce qui reste de ma famille. Vers Melsant, à Hacheclair, luttant aux côtés de celui qui nous avait tout pris pour préserver Arven. Vers Melbren, érudit et sage, apprenant à Dragonvale ce qu'il lui faut de savoir pour asseoir son pouvoir. Vers nos parents, Maximilien ce père qui nous a tant donné, Ismalia cette mère toujours aimante, naviguant de concert sur les flots pour vivre leur soif d'aventure. Vers Castiel, ce frère d'amour qui ne partage pas notre sang mais que nous avons accueilli parmi nous dès son plus jeune âge. Comment leur dire, ah Mélisande – comment leur dire, ma bien-aimée, que tu nous as été volée, comment leur avouer que je n'ai pas su te protéger ?

Je n'arrive pas à pleurer.

Une fois que Joséphine a bandé la plaie de ma paume, et mes consignes données aux serviteurs de ces lieux qui sont miens désormais, c'est les yeux secs que je reprends la route vers Euphoria.

L'allégresse de Castiel après la naissance de Charlotte va vite se trouver piétinée – ah, Mélisande.

Comme tu vas me manquer...

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MessageSujet: Re: C'est une part de nous même qui disparaît dans les étoiles   Ven 15 Aoû - 17:36

La regarder te fend la cœur. La contempler te rappelle le doux visage de Mélisande qui c'est éteint devant tes yeux. Comment pourrais-tu te pardonner cette perte, toi la dernière à l'avoir vu et la dernière lui avoir parlé, toi qui avait pour charge de veiller sur elle au péril de ta vie ? Elle te manque. Méli te manques, comme une plaie béante dans ton âme, et tu sais qu'il en sera de même pour tous ceux qui l'aimaient, tout ceux qui croyaient en elle et désirait la voir rayonner comme par le passé. Pourquoi Destin t'es tu montré si cruel ? Pourquoi te l'avait-il enlevé quand ta vie à toi avait bien moins d'importance aux yeux des autres ? Ô Destin, sais-tu combien de personne tu viens de briser par cette si terrible perte ? Les étoiles ne brillent plus, elles ne brilleront plus jamais, seul le ciel nuageux semble se profiler à tes horizons. Mélusine est si forte, Mélusine est si calme, tu n'en reviens pas, et tu soupçonnes cette force puisée au cœur de l'âme ancestrale qui l'habite. Mélusine est si forte quand toi tu devrais l'être autant qu'elle, plus encore. Tu ne devrais même plus avoir le droit de pleurer. Ce ne sont point les larmes qui se versent sur tes joues, mais tu sens l'humidité envahir ton regard.

Haine, colère, amertume.

Toi aussi tu voulais la vengeance, toi aussi tu voulais la mort de cet homme qui avait osé la tuer, la si fragile Mélisande. Toi qui connaissais sa voix, tu promettais de le retrouver, sur ta vie et ton âme, dans le silence de cet instant solennel, tu promets avec Mélusine de venger. Tu renouvelles ton engagement car rien d'autre ne compte plus maintenant. Sauf protéger la seule qu'il te reste. À tes pieds, une petite main vient tirer les pans de ta robe, et tu vois Sahira la poupée, un regard désolée dans les yeux, mais autre chose, comme s'il avait réussi à lire tes pensées. Et tu songes à ce pouvoir qui t'a été promis, toi qui avait libéré une magie qui t'était encore inconnue. Mais si celle-ci pouvait t'aider à protéger et venger... alors peut-être pouvais-tu accepter ce don qui t'avait été offert. Tes mains viennent attraper la poupée que tu gardes dans les bras, et inconsciemment, tu te laisses à la serrer contre toi.

Les heures ne seront pas longues sur la route d'Euphoria. Pauvre Castiel, apprendre cette si triste nouvelle quand le bonheur ne cesse de l'entourer à l'approche d'un heureux événement. Il est tard lorsque vous arrivez au palais, mais les lumières dans la nuit sont telles un phare. Il est évident qu'une réception se déroule ici bas, comme surement chaque jours depuis l'annonce de la naissance d'un enfant. L'on ne tarde pas à vous introduire en salle, toi et ta maitresse, et suivant le pas, tu sais d'ores et déjà que les festivités seront bien vite arrêtées. Pourquoi tant de cruauté ?

Il s'avance, radieux, et tu le vois dans un bonheur grandissant à chaque secondes qui passe, ce Roi que tu affectionnes tant, toi simple servante mais amie qui le connait depuis l'enfance. Mais vos regards l'alertes, vos sombres tenues l'induisent sur la voie, et en vous excusant auprès de ses invités, il vous conduit un peu plus loin au delà des regards.

« Bonsoir Castiel. » Dis-tu d'une petite voix en venant le prendre dans tes bras dans une étreinte amicale. Inconsciemment, tu sais que Mélusine ne le fera pas elle même. Tu ne l'en blâme pas, elle qui souffre si silencieusement.
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MessageSujet: Re: C'est une part de nous même qui disparaît dans les étoiles   Ven 15 Aoû - 18:36

Le palais brille dans l'obscurité du soir qui s'avance. Bien sûr, c'est jour de fête à Sombreciel, depuis l'annonce de l'enfant qui s'en vient – et je me souviens de cette lettre euphorique, où ce roi qui est aussi presque mon frère m'annonçait son allégresse à l'idée d'être bientôt père. Castiel, je suis désolée – oh, tellement navrée de venir ruiner de mon chagrin l'éclat de toute cette liesse...

L'on nous introduit, et à mes côtés je sens la tension envahir Joséphine. Pauvrette ! Elle se débat dans un océan de détresse, et je suis bien en peine de l'y aider. Mon monde est totalement gris désormais : plus de couleur, plus de relief, plus de douleur. Juste le vide, intense et souverain – juste le vide, là où ma sœur se trouvait naguère. Castiel nous rejoint, souriant et nimbé d'une aura de joie : il se réjouit de nous voir arriver à l'improviste, s'imagine sans doute que nous sommes venues festoyer avec lui à la santé de son héritier à venir... Et voilà qu'il nous aperçoit.

La première qu'il discerne, c'est Joséphine : dans sa tenue de suivante bien nantie, mais sans la mante écarlate qui est son apanage et qu'elle a soigneusement pliée dans ses sacoches de voyage, remplacée ce soir par un épais manteau de laine noire. Noire, la couleur du sommeil, la couleur du soir... Son regard glisse vers moi, tandis que je me décale de quelque pas pour qu'il me reconnaisse. Je sais qu'il ne m'a vue ainsi vêtue qu'une seule fois, lorsque nous étions enfants et qu'il venait de perdre son dernier parent – j'étais une adolescente encore androgyne, lui n'était qu'un enfant. Pourtant, je sais au premier instant qu'il reconnaît la tenue que je porte, celle que j'ai faite refaire à ma mesure d'adulte à présent, et qui m'attendait à Chamaar lorsque nous y sommes parvenues, Joséphine et moi. Écrasante de splendeur, accordée à mon rang : toute d'étoffes précieuses, brodée de fil d'argent, à la fois sobre et terriblement raffinée. Égale en grandeur à la tenue de mariée qui attend dans les armoires de Séverac qu'un jour l'on vienne m'épouser – égale en beauté, et intégralement noire. Noire, la couleur du vide, la couleur du désespoir – me voilà parée de voiles somptueux, environnée d'un nuage de mousseline, de soie et de satin, telle une idole barbare toute droit sortie des dunes sauvages d'Erebor, telle la princesse du désert dont le sang fier coule dans mes veines – me voilà, magnifique en vérité, d'autant plus cruellement élégante que c'est le deuil de ma sœur qui me pare d'une telle splendeur. Il n'en faut pas moins aux Cielsombrois pour pleurer la perte d'une dame aussi noble, aussi haute et droite que la marquise de Chamaar, demoiselle de Séverac, fille du premier conseiller du royaume ; il n'en faut pas moins à Castiel pour pleurer la sœur de cœur du souverain incontesté de Sombreciel et régent des princes de Nightingale ; il n'en faut pas moins à moi, Mélusine, simple femme en terre d'Arven, pour pleurer le meurtre de cette autre femme que j'aimais bien plus que toute autre créature en ce monde, et dont le trépas me laisse amputée de la seule part de moi qui me paraissait digne d'exister.

Ma vie n'a plus aucun sens désormais.

Je vois le vide soudain dans les yeux de Castiel, lorsqu'enfin son regard croise le mien – j'y vois le refus, le déni, la révolte qui s'apprête à s'imposer, et d'un geste j'étouffe le cri qui voudrait franchir ses lèvres. Un geste, un seul – une supplique, celle d'une sujette à son souverain, un ordre aussi. Celui d'une sœur à son frère. Un seul geste, une infinité de mots qui ne seront jamais dits, et ce vide terrible, insoutenable, abyssal, lorsque ses yeux reflètent l'écho désolé de ces mots insensés qui ne franchiront jamais mes lèvres. Je ne peux m'y résoudre – ah, Destin insensible, maudite Fatalité – ah, et pourtant. Il le faut. Il le faut vraiment. C'est pour Castiel que je m'y contrains, parce qu'il doit savoir, parce qu'il a le droit de partager la détresse de Joséphine qui le serre contre lui : parce qu'il est de Séverac, lui aussi, et qu'il porte au cœur cette plaie infâme qu'il ignore encore, et que je vais lui dévoiler avec la cruauté de ceux qui savent, et qui doivent partager.

« Mon roi. » Je courbe la tête, à peine à vrai dire – fi des convenances, fi des regards qui me scrutent, dans mon éclat erebien si peu commun en ces lieux. « Les terres de Chamaar, de l'autre côté de votre frontière, ont été victimes d'un raid de pillards. » J'affermis ma voix. Forte. Je dois l'être. Il en aura besoin – tellement besoin... Mon regard s'évade un instant, s'enfuit, le long des tapisseries – puis je le repose sur lui, et dans ses yeux, je lis qu'il a compris. Qu'il sait. J'entends presque, dans le silence qui nous entoure, le dernier murmure désolé de l'enfant qu'il était resté toutes ces années, malgré tout, malgré le sang et la mort, malgré la guerre et la folie, quelque part tout au fond de lui – j'entends son soupir d'agonie, et mon cœur se brise, dans cette ultime seconde où je m'en viens faucher son bonheur. « Mon ami, sachez que l'on voit la frontière de Sombreciel, depuis la haute tour où l'on a dressé la sépulture de Mélisande – que nous l'avons voulu ainsi, et qu'elle reste un peu cielsombroise dans son dernier sommeil sur les dunes d'Erebor. » Je joins les mains, l'une contre l'autre, rassemblant mon courage et ma force. « Pardon, mon roi, d'apporter aussi cruelle nouvelle. »

Oh, son regard, Sombre Mère – ô, combien de mots résonnent dans l'intensité de ses yeux. Sauvages, barbares, insoutenables tant l'intensité des sentiments qui le ravagent soudain est violente – Sombreflamme depuis la racine de son être, tout d'embrasement alors qu'il flamboie, ce regard de mon roi, lorsqu'il le pose sur moi. D'aucuns tremblent devant la grandeur de sa démence, beaucoup craignent l'inconstance de ses réactions – mais moi, je ne vois plus ce soir que le petit garçon de naguère, qui s'en venait trouver consolation sur mes genoux, triste et solitaire. C'est à mi-voix que je parle, une dernière fois. « Pardon, Castiel – petit frère. Pardon, pour le mal que je viens de te faire ! »

Le silence, autour de nous. Le silence règne encore – et dans cet ultime moment, j'entends au fond de mon âme le fracas immense qui résonne dans celle de mon roi. Le naufrage, irrémédiable et total, de son monde qui bascule – et c'est moi qui en fut l'instrument.

Maudite, Mélusine. Maudite, d'être la dernière – maudite de vivre encore. Maudite, à jamais, de détruire le bonheur de cet homme, que tu avais voulu protéger...

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MessageSujet: Re: C'est une part de nous même qui disparaît dans les étoiles   Mer 10 Sep - 19:41

« Trinquons ! À Sombreciel ! »

Les voix se font entendre – les cris de joie, les hurlements, les chants, et tous les invités reprennent le toast de leur roi, dont l'euphorie ne semble pas avoir de fin. Tu es ainsi depuis qu'une sage-femme a confirmé qu'Aliénor attend un enfant, au sexe encore évidemment indéfini (même si tu es certain que son épouse le sait, au fond d'elle, et préfère simplement ne pas attirer le mauvais sort en parlant à tort et à travers). Toi qui étais déjà si heureux avec Sigal et Sigred, malgré la tristesse de la mort de leurs parents, as senti ton cœur exploser de bonheur. Tu as même crû que cette explosion serait littérale.
Depuis des mois, le Sombre est bien loin, supplanté par ce Clair de lumière, d'amour et de bonheur. Ce Clair qui a là l'occasion de réussir où tes parents ont échoués. L'occasion d'avoir une famille à toi, une famille heureuse, où tu seras plus qu'un oisillon rapporté. Toute ta vie, tu seras reconnaissant aux Séverac d'avoir été ta famille, tout comme tu donneras tout ce que tu peux aux Nightingale pour qu'ils soient entourés du même amour. C'est à ton tour, de donner autant que tu as reçu.

Aliénor a depuis longtemps quitté la fête, préférant se réfugier dans vos appartements pour se reposer. Elle sait que ta joie ne peut s'exprimer qu'ainsi, dans cette démesure qui fait de toi le juste souverain de Sombreciel. Ton esprit est quelque peu embrumé par l'alcool, combien de bouteilles de vin as-tu pu boire depuis le début de cette énième soirée de célébration?, mais tu es toujours aussi vif et comprends immédiatement quelles délicieuses créatures ont fauché le sol de ton palais quand on te signale que la marquise de Sinsarelle et sa suivante te demandent.

Tu veux les inviter à vous rejoindre – et tu te retournes vers elles, flairant leurs essences de la même façon qu'un chat flaire ses alliés et ses proies. Tu rayonnes, Castiel, tu es éclatant, dans cette pièce, on ne voit que toi. Là, pourtant, tu ne vois que Mélusine et Joséphine. Que leurs visages fermés, que leurs sombres habits. Surtout celui de ta sœur de cœur. Tu comprends que de tristes choses sont arrivées – un signe des doigts à Césaire pour lui signifier de vous précéder alors que vous quittez la place.
Il vous ouvre un salonnet, un des nombreux qui parsèment ton palais, où vous pourrez discuter en toute quiétude. « Mélusine ! Joséphine ! Ô, comme je suis heureux de vous voir ici ce soir ! » Ta voix est rauque, brisée par tous les rires, tous les toasts, tous les vœux de bonheur, et l'étreinte que tu donnes à ton amie d'enfance est sincère. Tout autant qu'est sincère ton inquiétude.

Comment pourrais-tu ne pas être intrigué devant les noirs vêtements de Joséphine, toi qui a l'habitude de sa mante rouge ? Comment pourrais-tu ne pas reconnaître la tenue de deuil que porte Mélusine et qui te rappelle d'affreux souvenirs – les funérailles de ton père, qui n'a pas su survivre au décès d'Hélène de Sombreflamme. Comment pourrais-tu ne pas comprendre, malgré ton esprit qui lutte pour chasser la pensée obsédante qui se fait de plus en plus prégnante ? Ton Familier, à l'écart depuis le début de cette soirée trop tapageuse à son goût, est subitement à tes pieds. Encore blanc, encore inoffensif, mais il sait. Il sent.

Votre étreinte se relâche, lentement, quand Mélusine commence à parler. À dire ce que tu savais déjà, ce que tu pressentais, ce que tu ne veux pas. Et tu n'oses pas bouger, non, alors que tout semble s'effondrer au milieu de toi. Tu as déjà vécu de grands deuils, Castiel de Sombreflamme, trop de deuils pour un homme si jeune, mais tu n'es pas préparé à celui-là. Tu n'es pas préparé à cette annonce barbare qui passe les lèvres de ta sœur de cœur. Ta sœur.

Parce qu'il ne t'en reste qu'une, désormais.

« Non. Ton souffle se coupe. Ton souffle manque. Tu chancelles, tu fais un pas  vers Mélusine, vacillant sur tes pieds. Ta voix est toujours cassée, mais de colère, de tristesse, de rage. D'incompréhension. Non. Non, non, non, non... Ton souffle meurt. NON ! »

Et tu arraches un des voiles si riches de la tenue de Mélusine, le jette au sol, en arrache un autre, sans aucun respect pour cette splendide tenue de deuil, cette tenue QUI NE DEVRAIT PAS ÊTRE. Vous ne portez pas le deuil, en Sombreciel, non, vous FÊTEZ, vous incinérez les morts puis vous fêtez. Et tes pensées s'entrechoquent, alors que le persan à tes pieds devient panthère, devient noire comme la nuit. Elle ne devrait pas être ENTERRÉE, elle devrait être INCINÉRÉE dans un voile VIOLET, oui, parce que Mélisande est CIELSOMBROISE, elle ne pourra s'envoler de sa chair en étant sous terre, prise dans les sables et le roc d'Erebor, oui, il faut le FEU, il faut la BRÛLER, il faut TOUT BRÛLER, IL FAUT QUE TOUT BRÛLE –

Des cris éclatent dans la salle de bal – des cris de terreur, des cris qui clament l'incendie, alors que tu t'effondres au sol, sur les dépouilles arrachées de la tenue de Mélusine, pleurant toutes les larmes de ton corps. Tu es un enfant, Castiel, et tu pleures la mort de ta sœur. Tu pleures la mort d'une des membres de ta famille, ta réelle famille. Tu pleures ne pas avoir su, ne rien avoir pu faire. Tu pleures de la savoir enfermée dans le sol d'un royaume autre que le tien, de savoir que le sable d'Erebor s'est gorgé de son sang. Tu pleures si fort que le cœur te lève et les feulements de ton Familier se joignent à tes sanglots, alors que tu enfouis ton visage dans le pelage chaud d'Ætheris. Tu pleures sans savoir si on te parle, ce qui se passe, si l'on éteint le feu qui a éclaté dans la salle de bal et dans celle du trône. La voix qui passe tes lèvres est désincarnée. « Ma-Maximilien et Ismalia... Tu as failli dire « Maman », avant de changer pour le nom du père des Séverac. Et ton souffle saute encore. Et Melbren... Autre sanglot. Et Melsant... » Savent-ils? Devez-vous aller leur dire? Oui, parce que les Séverac sont ta famille. C'est à toi aussi d'annoncer la sombre nouvelle. Tu ne veux pas. Tes doigts se serrent dans le pelage noir. Tu ne veux pas dire à tes parents et frères de cœur que votre sœur est morte. Que Mélisande repose dans les dunes d'Erebor. Et l'idée de brûler tout Erebor ne te vient même pas – pas encore, pas tout de suite, mais elle viendra bien, dans une prochaine crise de colère. Tu veux seulement pleurer.
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MessageSujet: Re: C'est une part de nous même qui disparaît dans les étoiles   Dim 14 Sep - 14:54

L'incendie s'allume dans son regard. J'y vois des lueurs écarlates, le reflet d'un brasier insoutenable qui enfle et s'envole, dans un torrent de sentiments qu'il peine visiblement à maîtriser et qui crève dans un flot de colère alors qu'il déchire de grands gestes saccadés les voiles noirs de ma tenue de deuil. Un à un, de ses mains crispées, jusqu'à ce qu'il ne me reste plus que la très longue tunique uniformément noire qui me couvre jusqu'aux pieds et une griffure sanglante sur l'épaule. Pas de jupons aujourd'hui, pas de volants, de dentelle ni de rubans, juste le sang qui coule et simplement le noir absolu de ce vêtement du désert dans lequel je puise un peu de la force d'Erebor pour soutenir mes pas depuis que je me suis relevée de la tombe de Mélisande, là-bas, si haut sur les remparts de Chamaar.

Un noir éternel qui soudain s'enflamme. Les tapisseries sur les murs, les jupes de Joséphine, nos mantes déposées sur le dos d'un fauteuil, le tapis richement décoré – les flammes naissent du néant, et en quelques instants, c'est un brasier infernal qui nous entoure.

Je ne bouge pas.

Les flammes se rapprochent de nous, et je sens les mains de Joséphine agripper mon bras dans un murmure confus alors qu'un océan de voix se mêle autour de nous. Dans la salle de bal, dans les couloirs, dans les chambres, on hurle – là-bas aussi le feu a dû se déclarer tout aussi inopinément. Mais je n'entends qu'à peine la rumeur étouffée – j'entends les flammes qui rugissent, j'entends les pleurs saccadés de Castiel, j'entends les feulements de son Familier autour duquel il s'est recroquevillé. Il ne parle jamais de sa magie, mais je ne suis pas ignare ni stupide, je sais ce qu'est Melbren et je sais aussi ce qu'est Castiel – je sais ce qu'est un Familier, et tandis qu'ils pleurent à l'unisson, la glace dans laquelle je me suis murée depuis des semaines à présent s'épaissit davantage.

Je ne bouge pas.

Les flammes ronflent, et je sens leur chaleur infernale sur la peau de mes bras découverts – Joséphine s'agrippe à moi, tente de me tirer vers la sortie, mais la statue que je suis devenue ne se laisse pas facilement manœuvrer. Quelque part au fond de mes pensées, je sens Rhéa qui tempête et qui bataille contre la glace dans mes veines, j'entends presque Fantasme me hurler de me sauver, je la sens presque déployer ses ailes étincelantes sous la Lune et prendre son envol pour me rejoindre – mais c'est trop tard, elle est loin, bien trop loin, le Fou ne saura pas s'imposer à moi ce soir, et tandis que les flammes m'environnent, je me prends à apprécier la situation. Périr par le feu, et rejoindre Mélisande. Parfait. D'un geste sec, je dégage mon bras – Joséphine peut fuir sans moi, et je le lui signifie d'un regard et d'un signe de tête. Cours, petite, sauve-toi : il était écrit que je ne pouvais survivre sans la meilleure moitié de mon âme. Cours, petite. Sauve-toi.

Je ne bouge pas.

Les flammes s'approchent, lèchent le bas de ma robe. Des bruits de course dans le couloir, des cris résonnent dans le palais – tout brûle. Je ne bouge toujours pas, et Joséphine est encore là – quand soudainement, un murmure à mes pieds fendille la glace. C'est le nom de mes parents qui s'infiltre doucement dans mes pensées – et le nom de mes frères, chuchoté comme une prière par Castiel qui pleure, accroché à son Familier avec l'énergie du désespoir. Les miens. Ma chair, mon sang, qui viennent déjà de perdre Mélisande – comment supporteraient-ils de perdre aussi Mélusine ? Un sursaut d'horreur permet à Rhéa de se frayer un chemin dans ma conscience, et c'est avec l'ardeur de l'affolement qu'elle me reproche mon égoïsme. Tout le reste se remet en place dans un déclic – je frissonne, et lorsque les flammes s'en viennent lécher l'ourlet de ma tunique, je m'agenouille auprès de Castiel.

« Le feu, Castiel – il faut te reprendre, mon frère, tu mets ton épouse en danger, les orphelins que l'on t'a confiés, et tous les habitants de ton palais. Ton épouse, les jumeaux de Nightingale et l'enfant à naître, Castiel : Aliénor, Sigal et Sigred, et ton bébé. Reprends-toi. »

D'un bras, j'entoure les épaules de Joséphine, et de ma main libre, j'ose ce que je n'ai jamais vraiment osé faire, impuissante devant Castiel qui fait la sourde oreille. Je pose fermement les doigts sur la fourrure d'ébène, et lorsque la panthère croise mon regard de ses yeux inhumains, je répète ma prière. « La reine et son enfant sont en danger. Aide ton maître à les sauver, il est seul à en avoir le pouvoir, Familier. »

Aucune larme sur mes joues. J'ai mal pour Castiel, mal, oh tellement mal pour lui, Rhéa – tellement mal pour sa souffrance, pour son deuil et son désespoir, mais je ne ressens plus le chagrin. Murée, Rhéa, ensevelie vivante dans le linceul de ma sœur – insensible et froide, dans ce brasier qui crépite autour de nous. J'ai lâché la panthère, et ma main libre caresse à présent les cheveux du petit roi de Sombreciel brisé, cet homme promis à la grandeur qu'un coup du sort vient de faucher en plein bonheur – cet enfant meurtri par la vie bien avant l'heure et qui pleure aveuglément sa sœur.

Ah, Destin, pourquoi – pourquoi tant de malheur...

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MessageSujet: Re: C'est une part de nous même qui disparaît dans les étoiles   Lun 22 Sep - 15:15

Le feu. Il s'enflamme et flambe, il tournoi et étincelle. Tu sursautes, c'est bien trop proche, bien trop dangereux. La chaleur t'étourdis, la torpeur t'envahit, et la fumée brûle tes poumons. Comment les choses avaient-elles pu tomber ainsi, comment t'étais-tu retrouvée une fois de plus en larme, apeurée dans ce cauchemar de flamme et de colère, de tristesse et de douleur ? Tu ne peux rien faire Joséphine, tu es l'enfant perdu qui ne comprend rien. Tu n'aies pas magicienne comme Castiel, tu es simple servante. Tu n'es pas soutenue par un être puissant d'un ancien temps comme Mélusine, tu n'es qu'une femme sans défense, dont la détresse ne faisait que blesser ton cœur déjà bien meurtrie. Tu l'as vu dans le regard de Mélusine depuis ce jour, le pardon qui ne te seras jamais totalement accordé, la haine sous jacente qui parfois menace d'éclater contre toi. Tu sais et cela te rappelle tant Mélisande. Cela te blesses, cela te déchires et t'effraies. Tu aimerais disparaître et parfois espères ne plus jamais revenir auprès de cette famille. Car tu es la petit Joséphine, tu n'es que la poupée, tu n'es pas la sœur ni la cousine, tu es... tu es juste la servante qu'on apprécie et sur laquelle on s'appuie. Combien seront les Séverac à te pardonner vraiment d'avoir laissé mourir Méli ? Combien auraient sans doute préféré que tu te sacrifies ? Par les puissances, tu ne désirais que ça !

Les flammes te touchent et étreignent le bas de ta robe. Bon sang, vous ne pouviez rester ici, mais tu vois au regard vide de Mélusine qu'elle  ne compte déjà plus retirer ces pas de cette triste scène. Tu saisis pourtant le bras de ta maitresse qui ne réagit pas. Vous deviez vous enfuir, ne pas rester dans l'immensité de cet enfer de flamme, déjà sur le point de vous dévorer.

« Mélusine ! »

C'est son nom que tu appelles avec force, en laissant tes pauvres petits bras affaiblit se heurter à la pierre de sa résolution. Qu'es-tu face à cette femme Joséphine ? Qui es-tu pour prétendre lui donner des ordres et l'obliger à fuir ? Que veux-tu au fond ? Tu ne veux pas qu'on te reproche sa mort à elle aussi, toi toujours présente pour les assister mais jamais là pour les sauver ? Es-tu donc à ce point égoïste ?! Non ce n'était pas vrai ! Tu aimais Mélusine de toutes tes forces, et ce n'était pas la crainte de plus de culpabilité qui te poussais à tirer sur le bras de la jeune femme, mais cet amour et ta fidélité inconditionnelle pour elle. La voir mourir elle aussi ne ferait de toi qu'une loque détruite sans aucune raison de vivre. Briser ton cœur à nouveau te semblais aussi simple que de te rapprocher de la mort. Alors tu continues de tenir ce bras, les larmes séchées sur tes joues par le feu ardent, et tu tires, encore, vaillamment alors que la chaleur t'étouffe. Et tu hurles à t'en casser la voix, de ces forces qu'il te reste :

« MÉLUSINE ! Par pitié viens ! »

Mais c'est simplement un geste sec qui te repousse et te répond, comme la goutte d'eau se brisant sur la pierre glacée. Tu ne peux accepter le regard qu'elle te lance, tu défies, tu refuses, tu pestes et tu rages : NON ! Tu ne fuiras pas ! Pas sans elle, pas sans ta Mélusine. Et pas sans Castiel non plus. Ce cher Castiel, perdu dans les limbes d'une tristesse inconsolable, et tu voudrais toi aussi l'aider, mais les flammes sont proches de lui sans le toucher, et tu n'oses pas approcher. Que pourrais-tu faire ? Que pourrais-tu... tu n'es pas la voix qu'il écoute, tu n'es... que la poupée qui amuse. N'est-ce pas... ? Cesses de t'apitoyer Joséphine ! Ils étaient là, tout comme toi emplie de tristesse et de chagrin. La culpabilité était le lot de tous ceux qui avaient aimé Mélisande autant que toi. Tu tombes à genoux, quelques minutes avant que Mélusine ne vous rejoigne, exténuée. Ce n'était pas la mort que tu souhaitais, mais si tu devais être la seule à t'en sortir alors mieux valait rencontrer les flammes ici et maintenant.

Le bras de Mélusine. Il enserre tes épaules fléchies et ton dos vouté. Que tu fais pâle figure face à ces deux grands malgré la peine immense de Castiel et la haute détresse invisible de la Dame de Séverac. Ta voix ne porte que peu, ta voix n'est sans doute que de peu d'importance, et tu n'oses pas toucher cet animal d'un noir de ténèbres qui vous regarde avec une telle agressivité qu'elle t'en fait frissonner.

« Castiel, reviens nous... regardes nous... » Tu le sais dépassé par la tristesse, comme vous tous. Perdu dans la douleur, comme chacun. Le plus dur dans la mort, ce sont les sentiments de ceux qui restent.
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C'est une part de nous même qui disparaît dans les étoiles

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