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 « Visite de courtoisie »

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MessageSujet: « Visite de courtoisie »    Sam 18 Juin - 10:30

❝ Visite de Courtoisie ❞

Sigvald
Gaétane


« Visite de courtoisie ». Mon sang n'avait fait qu'un tour lorsque ces mots avaient franchi la barrière des lèvres d'Augustus, penché à mon oreille. Collé contre moi, ses jambes empêchant les miennes de tout mouvement, le tyran me dominait encore, m'emprisonnant jusqu'au fond de sa couche. Mais l'espoir qu'il venait de faire naître en moi avait éclipsé toute ma colère, tout mon mépris et toute ma peine de devoir m'offrir à lui sans mot dire. Seules ses lèvres égarées sur mon cou étaient de trop en cet instant.
L'empereur allait partir pour une durée de trois jours, et il venait de me conseiller, afin de ne pas mourir d'ennui au château, de rendre visite à l'un de ses amis en son nom et de lui transmettre une invitation pour la prochaine réception. Ce dernier avait été averti, je n'avais donc pas le choix. Quand bien même j'aurais pu refuser, j'y serais allée tout de même. Nous parlions d'un homme bénéficiant de toute la confiance d'Augustus. D'un ancien guerrier gérant les prisonniers, et possédant la clef qui me permettrait de me rendre aux cachots, afin d'y visiter ma bien-aimée soeur. Augustus m'avait refusé toute descente en ces lieux, et je pensais souvent à un moyen de m'y rendre contre sa volonté. Je ne comptais pas la libérer, c'aurait été bien trop dangereux pour moi, mais je voulais la voir, m'assurer qu'elle allait bien, et lui porter de quoi manger, et boire... Je voulais l'encourager, en attendant de trouver meilleure solution.
Et cet homme, ce Glavius, détenait la clef de tous mes espoirs. J'allais donc me rendre chez lui, et dérober cette clef à sa barbe. Fort heureusement, je l'avais entendu parler en compagnie de l'empereur et dévoiler quelques uns de ses petits secrets. En conséquence, je saurais globalement où chercher une fois sa demeure pénétrée. Demeure que je connaissais, pour y avoir passé certains après-midi en compagnie de sa femme. Tout ce que j'espérais, c'était qu'elle serait en ville alors, ou tout du moins absente, afin de pouvoir me retrouver seule en compagnie de l'homme. L'occasion qui se présentait était inespérée. Je devais la saisir absolument, quitte à échouer. Il y avait mille raisons pour que je n'y parvienne pas. Mais c'était là la seule chose que je pouvais tenter sans risquer réellement la vie de Gabrielle ou la mienne. Prudente et discrète, je devais tenter...
Ainsi, cette nuit là, Augustus s'endormit, paisible, dans les bras de sa favorite. Celle-là même planifiant déjà les prémices de sa vengeresse trahison...



Au palais, les femmes comméraient beaucoup à mon sujet. Mais leur petit délice superficiel consistait à parler robes et parures, et nombreuses étaient celles qui jalousaient mon bon goût et ma simplicité. Toutes mes toilettes étaient confectionnées sur mesure, et on les qualifiait tant de grandioses que d'extraordinairement épurées. Pourtant discrète, ma tenue ce jour là attira une fois de plus bien des regards. Les quelques bijoux d'argent ornant ma peau délièrent les langues des vipères, tant ils étaient d'une simplicité affligeante. Mais ils relevaient le tout de façon surprenante, et j'apparus tout à fait délicieuse à la cour de l'empereur, prête à prendre la route.

Escortée par deux gardes, j'allais à pieds jusqu'à la demeure de Glavius. Je congédiai mes importuns compagnons une fois le brave homme devant sa porte, et leur assurai me faire raccompagner par des gens de mon hôte. Ne sortant que rarement, je jouissais d'une certaine liberté concernant mes balades en ville. Un atout dont je comptais bien profiter.

Ainsi, je fus accueillie au sein de la douillette maison par Glavius et son épouse, qui me gava de ses gâteaux écœurants et de son thé brûlant. « Le palais n'est pas loin, vous n'aurez qu'à rouler jusqu'à vos appartements ! » n'avait-elle de cesse de répéter. Quelle finesse ! J'allais pourtant devoir faire avec, alimentant la conversation avec brio, jusqu'à ce qu'elle s'éclipse dieu savait où, m'abandonnant ainsi dans cette immense pièce. Glavius n'était pas noble, ni excessivement riche, mais l'empereur avait foi en lui. Sa maison était vide d'enfants et même de domestiques. Ils se contentaient d'un jardinier et de quelques femmes de main, toutes en cuisine ou au marché à l'heure du thé. Dehors, le temps était mon allié. Le ciel gris faisait s'approcher la nuit à grande vitesse, la maison était sombre et lorsqu'enfin Selenia disparut, j'eus le champ libre à toute perquisition. Ma seule crainte était que cette clef fut bien mieux cachée que je n'avais cru le comprendre. Mais si Glavius ne la gardait pas sur lui, elle se trouvait dans cette pièce, et dans nulle autre. Il avait avoué à Augustus préférer l'évidence à la cachette enterrée. Ainsi, je fouillais tiroirs et placards, allant même jusqu'à m'égarer un peu plus loin. Lorsqu'enfin j'allais m'emparer du Graal, un bruit lointain me fit sursauter, et la voix de Selenia retentissant affreusement près me coupa totalement dans mon élan. Si je prenais ce risque maintenant, je me ferais prendre, c'était évident. Ma seule chance pour cette fois venait de partir en fumée. Il me faudrait revenir, et perdre moins de temps à chercher mon butin...

La maîtresse de Maison de retour, je prétextai un urgent besoin de me dégourdir les jambes, et blablatai au sujet de ses bibelots exposés. Mentant à la perfection, je lui expliquai être admirative devant ses objets de valeurs et la complimentais encore durant de nombreuses minutes avant de pointer l'heure de partir. L'invitation avait été donnée, la visite rendue, et mon devoir officiel était donc accompli. La bonne dame retournant à sa toilette, ce fut son époux qui me vit m'éloigner en direction du château. Sans clef. Seule, et sous la pluie...


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MessageSujet: Re: « Visite de courtoisie »    Lun 20 Juin - 6:47

    Tic tac. L'horloge tourne, et Glavius, ton heure est venue. Tu es sur ma liste noire, celle des personnes que la Main de la Nuit a désigné pour mourir ce soir.

    Je doit m'infiltrer avant la tombée de la nuit dans la demeure de cet homme, dont j'ai appris la fonction, les habitudes, et toutes les données qui me seraient nécessaires pour mener à bien ma mission. Je me suis vêtu de mon manteau d'ombre, celui d'un faucheur, ma dague accroché à ma ceinture, sur le côté droit, prête à servir. Glavius s'éteindra discrètement, sans bruit, et vite, car je ne tue pas par plaisir de l'art, comme d'autres qui s'amusent à faire durer la torture. J'élimine froidement, je fais ce qu'il y a à faire, sans plus, ni moins. Puis je rentre, mon œuvre accomplie, et j'attends la prochaine, sans impatience, sans lassitude non plus. Les meurtres sont devenu mon quotidien, mon travail, et je m'y applique pour la forme, en adorant les fondements sur lequel il repose.

    Glavius n'est visiblement pas quelqu'un de méfiant, peut-être se croit-il protégé par sa position, son rang. Les puissants sont souvent dans les deux extrêmes, ou trop paranoïaques, ou trop confiants. Celui-ci a un orgueil démesuré, en pensant qu'un simple garde parviendra à repousser tout visiteur inopportun. Je ne prend même pas la peine d'éliminer ce pauvre soldat, je passe par une fenêtre, escaladant les murs dans l'obscurité. Crocheter une poignée est devenu un jeu d'enfant, et il ne me faut pas plus de dix secondes pour faire coulisser les rouages sur eux même, et pénétrer dans une salle qui doit être une sorte de bureau, avec bibliothèque et un nombre impressionnant de parchemins, dont j'ignore le contenu. Mon objectif n'est pas de les connaitre, et pourtant, je suis toujours preneur d'informations qui pourraient être utiles à la guilde. Alors que je m'approche d'un rouleau cacheté, un mouvement m'arrête, et je réalise qu'une personne se trouve dans la pièce voisine, dont la porte est restée ouverte. Je me cache sans bruit derrière le battant de bois, observant avec intérêt une demoiselle blonde fouillant dans les tiroirs avec fort peu de méthode - son geste ne passera jamais inaperçu lorsque le propriétaire fera une inspection. Ah, les amateurs ! Aucun soin.

    Que cherche-t-elle ? Un instant, fraction de seconde, elle se tourne, et j'ai juste le temps de me dissimuler avant qu'elle ne pose les yeux sur moi. Elle ne m'a pas vu, mais moi si. Gaëtane Elisabeth de Salvemont. La favorite de l'empereur, qui joue un rôle bien dangereux, semble-t-il. Tandis qu'elle reprend ses manigances, sans se douter d'être observée - ce qui prouve une nouvelle fois qu'elle est bien débutante à ces tours - des pas se font entendre dans le couloirs. La maitresse de maison arrive, elles échangent quelques mots mine de rien. J'ai vu l'objet sur lequel les doigts de la courtisane allaient se refermer avant qu'il ne fusse trop tard. Elle ment bien, je l'admirerai presque, tant son insolence, au vu de ce qu'elle vient de faire, est aisément couverte par son ton mielleux. Fait-elle semblant, tous le temps ? Porte-t-elle ce même masque avec Augustus ? Cette pensée m'intrigue, et quand elles sortent enfin, je ne peux m'empêcher d'aller m'emparer de la clé de ses convoitises. Qu'ouvre-t-elle ? Une cellule ? C'est ce dont Glavius est le gardien, cette hypothèse semble donc plausible. Tout à mes pensées, je sursaute presque quand ce dernier entre à son tour, et me découvre. Mais un poignard obstrue déjà sa gorge lorsqu'il ouvre la bouche pour crier, appeler du secours. Il s'écroule avec un hoquet ignoble, vomissant son sang sur le parquet avant de s'en vider suffisamment pour être au delà de toute aide.

    Je glisse la clé tant désirée dans ma poche, et procède à un rangement fugace des lieux. Le crime ne peut en aucun cas être imputé à un voleur, il doit porter la marque du doute pour que la réputation de la Confrérie s'étende, et fasse trembler. La Dame de Salvemont a été maladroite, je répare ses erreurs, avant de sauter par la même ouverture qui m'a vu entrer, riche de mon succès et d'un butin énigmatique. J'arrive dans la rue en contre bas, mes mouvements si subtils qu'ils sont totalement invisibles à l'oeil d'un passant qui aurait pu se trouver là. Je me dirige vers la tour, quand j'aperçois au loin la silhouette gracile de l'espionne improvisée, qui a agrémenté ma nuit d'une surprise curieuse. Elle est seule. Est-ce raisonnable pour une dame comme elle de sortir sans escorte ?
    Je la dépasse, et lui barre la route, restant à une distance suffisamment étudié pour qu'elle ne puisse distinguer mon identité sous ma capuche couleur ébène.

      - Il me semble que vous oubliez ce que vous étiez venue dérober, Elisabeth de Salvemont.


    Je lève la main, et la clé pend à mon doigt, tentatrice. Dans un geste de pure bonté, je lui jette l'artefact, qui ne m'intéresse pas en lui-même, outre l'utilité qu'elle peut en avoir. Peut-être m'en dira-t-elle plus, volontairement. De toutes manières, tout ce qui peut nuire à Augustus, directement ou indirectement, est bon à soutenir. Si celle qui devrait lui être la plus fidèle le trompe, nous ne pouvons qu'y gagner, et il faut l'encourager.

      - Ne vous inquiétez pas, Glavius ne pourra plus vous accuser de quoi que ce soit.


    Sa femme n'est pas morte, mais elle a accompagné Elisabeth à sa porte, elle sait donc qu'elle n'a pu commettre le crime. D'après mes plans, la favorite ne peut être incriminée, à moins qu'elle décide dans un acte suicidaire de se dénoncer, ce qu'elle ne fera pas, j'en suis sûr. Je lis dans ses yeux qu'elle n'est pas de celles qui commettent un tel acte, c'est une battante, prête à tout pour arriver à ses fins... A tout, vraiment ? Il me faudrait savoir si je puis la compter dans nos alliés potentiels, pour lui faire confiance. En général, il suffit de trouver ce à quoi quelqu'un aspire le plus, ce qu'il désire au fond de son âme, au delà des apparences, pour connaitre ses allégeances. Les ambitions qui animent cette blonde sont bien floues encore à mes yeux.
    On dit sa soeur emprisonnée, mais qu'en est-il vraiment ? Tous le monde n'est pas attaché à sa famille autant que je le suis, je ne puis prendre le risque de faire des comparaisons erronées, ou d'écouter mes sentiments pour en juger.
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MessageSujet: Re: « Visite de courtoisie »    Lun 20 Juin - 17:24


Seule la pluie m'accueillit au sortir de la maisonnée. Fraîche sans être glaciale, éparse et délicate, elle caressait par endroit ma peau, s'engouffrait dans mes vêtements et gagnait doucement mon corps nu. Mon escorte disparue, je n'avais rien pour me protéger, et devrais tenir ce rythme jusqu'au château. Heureusement, ce dernier ne se trouvait pas loin. Et peu importe que j'affronte seulement une fine averse : j'allais rentrer trempée jusqu'aux os, et probablement malade...

Ma robe, pourtant légère, me gêna bientôt pour avancer. Enjamber flaques et autres obstacles n'est pas aisé, et les tenues trop longues vous y entravent en quelques secondes. Prudente, j'empruntai donc le chemin de pierre, plutôt que le raccourci à travers pelouse et par-terres de fleurs. A l'occasion, parcelles de boue, également...

Boum. Boum. Boum. Mon coeur, en proie à d'inhabituels soubresauts. Mon pouls accéléré, de même que ma respiration, au rythme des graviers crissant sous les pas de mon poursuiveur. J'avais peur. Cet enthousiasme était-il pour moi ? Ou ne s'agissait-il qu'un d'un malheureux surpris tout comme moi par la pluie, et désireux de se mettre au sec au plus vite ? Si la deuxième hypothèse paraissait la plus plausible, ce fut néanmoins la première, qui se vérifia. Sans plus attendre, l'intrus me doubla, me coupa la route et m'empêcha d'avancer. Sous la nuit tombante et la pluie battante, je ne pus qu'examiner sa silhouette. Il s'agissait nécessairement d'un homme. De taille moyenne, probablement bien bâti même si ses muscles ne transparaissaient pas au travers de ses habits. Quant à son visage, je ne pus qu'à peine l'observer, ce dernier m'étant caché par une sombre capuche qui lui recouvrait le crâne. L’inquiétude me gagne, les pires scénarios prennent racine dans mon esprit et ma bêtise est présentement saluée par ma raison, insultée, mise au plus bas par elle. Quelle fantaisie m'a poussée à me priver d'escorte une fois la nuit tombée, de plus sous la pluie et le ciel gris ? Dérober cette clef à Glavius avait été une idée stupide, pour laquelle je m'étais mise en danger, et pour laquelle j'avais potentiellement mis la vie de Gabrielle plus en danger qu'elle ne l'était déjà. Je suis sans cesse partager entre ce que je rêve de faire et ce qu'il me paraît judicieux de réaliser. Tellement peu de moyens sont en ma possession. Ma prudence est parfois de trop, m'empêchant d'agir quand il le faudrait. D'autres fois, elle peine à se faire entendre. Comme ça avait été le cas en cette triste journée. « Il me semble que vous oubliez ce que vous étiez venue dérober, Élisabeth de Salvemont. » J'écarquillai les yeux, suppliant la providence, car ne pouvant me rattacher même à l'espoir d'en venir à bout grâce à mes propres armes : je n'en possédais aucune. Pas la moindre. Le ciel m'aurait-il écoutée ? Voilà que le jeune homme me présente ce que j'étais venue chercher chez Glavius : la clef, qu'il fait pendre sous mon nez, avant de me la lancer. Je la rattrape au vol, quoique peu douée pour ce genre d'exercice. Était-ce un piège, ou cet homme, parfaitement conscient de mon identité, venait-il de me confier l'objet de tous mes espoirs ?

Naturellement, j'esquissai un pas de côté, changeant à peine de position. Muette cependant, je le contemplai, ne sachant que dire. Il fut le premier à briser ce silence, apaisant mon inquiétude : « Ne vous inquiétez pas, Glavius ne pourra plus vous accuser de quoi que ce soit. » Sans comprendre vraiment, je repris toutefois un peu de contenance pour m'adresser enfin à lui, élevant la voix pour me faire entendre sous la pluie : « Que voulez-vous dire, Monsieur... ? » Volontairement, je laissai traîner la dernière syllabe, désireuse de lui faire comprendre que j'attendais une réponse. Un nom. Qui était cet homme, et que me voulait-il ? Comment savait-il pour la clef ? M'avait-il espionnée ? Mais cela aurait fait beaucoup de questions en une seule fois, et j'avais un statut, une allure, une attitude à conserver. Et le tempérament d'une femme posée et sereine, à mettre à l'honneur. Le caractère d'une femme forte, imperturbable, bien que peu bavarde et mélancolique. Tout comme la pluie qui s'abattait en ce moment même sur nos visages.

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MessageSujet: Re: « Visite de courtoisie »    Mar 21 Juin - 5:23

    Elle a peur, elle est démunie. Qui peut croire que la favorite du souverain prend tant de risques, sans but précis ? Ses objectifs doivent être profonds, pour qu'elle se mette ainsi en danger afin de les accomplir. Qu'ouvre cette clé qu'elle désire si ardemment, au péril de sa vie, ou pire peut-être pour elle, de sa réputation ? Elle a bien peu d'alliés, dans ce jeu, il me semble. Malgré la pluie qui dégouline sur ses joues, elle reste fière, requérant une réponse aux questions qu'elle se pose, car il y en a bien plusieurs, sous-jacentes, dans sa simple demande. Mon nom, d'abord, qu'elle laisse en suspens. Et bien sûr, comment suis-je au courant de ce qu'elle a essayé d'accomplir, et ce que j'ai fait à Glavius. Pourquoi m'embarrasserais-je d'explications, alors que les faits sont si évidents ? Est-elle sotte, pour ne rien savoir des intrigues qui se trament à Lorgol, alors qu'elle siège aux côtés de notre ennemi ?

    Je souris malgré moi devant sa témérité, alors qu'elle n'a rien pour se défendre, et rien à offrir en échange des informations qu'elle quémande. Elle est seule, sous un rideau de pluie qui la glace, je le sens de là où je suis, aussi surement que si j'en avais été responsable. Mais pour une fois, je sais que je n'ai agit en rien sur la température de l'air entre nous. Sur ma cape d'assassin, les gouttes tombent sans m'atteindre, formant une flaque à mes pieds, et je reste immobile, songeant aux opportunités qui se présente à moi en cet instant, et à la Confrérie. Si je disparais maintenant, les conséquences en seront minimes. Elle aura eu ce qu'elle voulait, moi aussi, et nous repartirons chacun nous complaire dans des victoires éphémères. Mais si je reste, et la lie à mon sort, alors peut-être nos desseins s'élèveront ensemble, et s'inscriront dans un accomplissement durable.

      - Suivez-moi.


    Ma décision est prise. Je crois aux rencontres mues par le destin, je ne peux qu'y croire, après la chance qui m'a été offerte quand je n'étais rien qu'un petit garçon sans avenir. Svanhilde m'en voudra peut-être de l'avoir pris sans la consulter, mais j'improvise, au fur et à mesure, je verrais ce dont cette femme, dont la position ne peut que nous servir, est capable. Je me tourne, sans lui laisser l'opportunité de me répondre. Elle peut obéir, ou rentrer. Je sais qu'Augustus est parti, pour quelques jours, nos informateurs le surveillent en permanence, et nous rapportent le moindre de ses mouvements. L'absence de la favorite ne sera donc pas noté avant quelques heures, d'autant plus que les visites de courtoisie - comme elle a surement prétendu faire chez Glavius - peuvent facilement s'éterniser, jusqu'à tard dans la nuit. Et les serviteurs de ce défunt auront bien d'autres soucis cette nuit que de prévenir le palais des allés et venues de la Salvemont chez eux.

    Ainsi, le choix est sien. Si elle n'est pas dénuée de logique, ce que je suppose d'après ses propres machinations, elle doit se douter déjà de mon identité, et de mon implication dans la politique. Du moins, de mes engagements envers la Confrérie, sans en connaitre mon rang. J'avance d'un pas rapide. Une ruelle à gauche, encore une autre, droite maintenant. Je ne m'arrête pas, ni ne ralentis, pour savoir si elle parvient à tenir le rythme. La perdre en chemin fait partie de mes options, c'est à elle d'en décider, et de faire sa fortune dans cette poursuite. Je sais précisément où je vais, je connais le moindre recoin de ces pavements par cœur. Peut-être y ai-je d'autant plus de facilité que ma mémoire me rappelle inconsciemment mes déambules d'enfant abandonné sur ces mêmes trottoirs, je ne sais le prétendre avec certitude.

    Enfin, ma course se termine devant une porte de bois, sous laquelle filtre la lumière mouvante d'un feu de cheminée. J'entre, sans frapper, sans attendre qui que ce soit. Une fois à l'intérieur, je laisse enfin tomber ma capuche sur mes épaules, et me dirige près de l'âtre. La pièce est sans fioritures, et possède le strict minimum. Une table, deux chaises, un garde manger, qui cache aussi quelques armes, dissimulées dans ses tiroirs. La cheminée produit suffisemment de chaleur et de lumière pour rendre le tout agréable, ou du moins, plus vivable que l'extérieur. Nous sommes à deux pas du château, où Elisabeth retournera surement plus tard - ou pas, qui peut dire à notre époque ce qui arrivera.

    Découvrir mon visage la condamne, d'une manière ou d'une autre, à être notre complice, ou à périr.
    Quelque chose me dit qu'il reste trop d'honneur dans son caractère, pour ne pas rendre justice au cadeau que je lui ai fait ce soir. Un service pour un autre... Peut-être trouverons nous un terrain d'entente, un accord.
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MessageSujet: Re: « Visite de courtoisie »    Lun 27 Juin - 16:35


Presque imperceptiblement, je rangeai contre moi la clef de tous les espoirs. Ou presque. Ce véritable trésor pour moi, s'avérait aussi dangereux qu'un poison consommé raisonnablement pour s'assurer le sommeil. Si je me servais de cette clef de manière imprudente, je pouvais tout perdre. Absolument tout ! Je jouais ma vie et celle de ma soeur sur cette simple décision. Emporter cet objet avec moi relevait déjà de la mission suicide. J'espérais seulement être plus maligne que le tyran partageant ma couche.

Cet acte, ces intentions faisaient de moi une traîtresse, et, désormais, je n'étais plus la seule à en être au courant. Cet homme, dont je ne connaissais rien, donc un parfait inconnu, était, par la force des choses, devenu mon complice. Et un traître potentiel. Il pouvait provoquer ma chute, à présent, à n'importe quel moment. Et par conséquent celle de Gabrielle...

Mais l'espoir, toujours, me maintenait alerte. Je n'étais pas sans savoir que dans cette ville sévissait des rebelles et des fidèles appartenant à ce qu'on l'on appelait « la Confrérie ». Si cet homme faisait parti de l'une ou l'autre des organisations, cela pouvait expliquer son geste, et le fait qu'il m'ait jusque là épargnée. En y réfléchissant, j'avais été plus que stupide, de sortir jusqu'à la nuit tombée, et de me passer d'escorte. Où étaient mes gardes, à présent ? Il aurait pu m'arriver n'importe quoi. Je pensais au pire, surtout. J'aurais pu tomber sur un homme autre que lui, qui n'aurait rien cherché à savoir, et m'aurait tuée après avoir reconnu mon visage. Et que ce serait-il passé, s'il ne m'avait pas vue agir telle une espionne, chez Glavius ? 10 000 questions s'imposaient d'elles-mêmes, mais je me devais d'attendre avant d'avoir des réponses. Au point où j'en étais, je décidai tout simplement de suivre l'homme lorsqu'il m'incita vivement à le faire.


Sa démarche rapide et déterminée ne suffit pas à me perdre. La pluie et le froid me faisaient me presser sans problème. Dépêchant, j'évitai donc une fois encore flaques et boue, pour me précipiter à la suite de mon potentiel futur... allié ? C'était également une perspective intéressante, que je ne pouvais pas ignorer.
Le palais n'était plus qu'à quelques pas, et pourtant, je poussais l'imprudence jusqu'à accompagner mon guide. J'aurais pu aisément le laisser filer devant et rejoindre le domaine. Mais quelque chose m'avait convaincue de prendre la risque indéfendable de lui faire confiance. J'étais forcée de croire qu'il m'aurait déjà tuée s'il l'avait voulue. Et, j'avais du reste plus d'une idée en tête au cas où il aurait souhaité m'employer dans ses magouilles.

Le Ciel soit loué, nous pénétrâmes enfin l'un après l'autre au sein d'une demeure chauffée. Sans attendre, j'ôtai ma capuche et m'approchai du foyer, toutefois hésitante. Puis mon interlocuteur fit de même, et je fus forcée de le contempler. Ses traits, ma mémoire les grava un à un dans mon esprit vif et calculateur. Longtemps, nous restâmes ainsi sans parler, pressés plutôt de nous réchauffer. Puis, je l'interrogeai la première, plus que curieuse : « Qui êtes vous ? » Un ange passa. Je plongeai mon regard bicolore dans le sien, d'un bleu glacé surprenant. Un instant, me retrouver seule face à un tel homme et dans un espace clos, me donna des frissons. Je reculai d'un pas, à peine, et mes doigts se resserrèrent sur le dossier de la première chaise venue. Tremblante, en passe de me ressaisir, je désignai de la main l'endroit où j'avais caché la clef, et demandai : « Puis-je savoir pourquoi vous avez fait cela, au moins ? »


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MessageSujet: Re: « Visite de courtoisie »    Mar 5 Juil - 14:24

      - Je vous retourne la question.


    Je fais un pas vers elle; reste à distance raisonnable pour ne pas l'effrayer. Je n'ai pas l'intention de lui faire de mal, le sent-elle ? Son comportement est aussi insensé que le mien, nous le savons surement tous les deux. Suivre un homme qu'elle ne connait pas, qui a du sang sur les mains, et connait visiblement l'aura de ses mystères, même s'il n'en perçoit pas encore toute la profondeur... Inconscience. Que cache-t-elle, derrière ce visage angélique ? A qui songe-t-elle, quand elle se plie de révérence pour notre imposteur souverain ? Elle éveille en moi bien des questionnements, auxquels je trouverai une réponse, d'une manière ou d'une autre.

    Je fais un pas de plus. C'est une danse, ou une chasse, les deux se mêlant, pour faire un ballet dangereux. Doucement, je l'apprivoise. Je ne pratique pas les jeux de séduction qui sévissent à la cour, mais je sais user à des motifs politiques le charme qui me caractérise, froid, imposant. Je persuade autant que je convaincs, j'use de tous les stratagèmes à ma disposition pour arriver à mes fins. Je ne la quitte pas des yeux, comme si je lui ordonnais de rester par ce simple regard insistant.
    Au fond, j'imagine qu'elle n'est pas là parce qu'elle a répondu à mon ordre, et obéi d'instinct. Elle se trouve ici de sa propre volonté... Pour négocier mon silence, peut-être ? Cette pensée m'arrache un sourire moqueur.

      - Je suis... Un frère.


    Cela résume toute ma mission, ou presque, c'est mon état d'esprit, en tout cas. Je suis le frère de Svanhilde avant tout, comme si ce titre justifiait les crimes, les risques, les folies. Je suis le frère de mes complices, ceux qui œuvrent dans la nuit, pour que l'ordre soit rétablit. Je suis le frère du peuple qui souffre sous la tyrannie, l'un d'entre eux qui s'est élevé malgré lui, et profite de cette place pour leur rendre un peu de leurs droits. Je suis et n'ai jamais été qu'un frère, et cette fonction m’honore.

    Je fais un autre pas, arrivant désormais assez proche pour toucher la dame de Salvemont en tendant le bras, mouvement que je ne me permettrais pas néanmoins, pas avant que la méfiance qui empoisonne l'atmosphère soit dissipée.
    J'ai la sensation étrange que ma déclaration crée un écho en elle, comme si ses propres responsabilités scintillent dans ses prunelles, rivées aux miennes. Le frisson d'une blessure, peut-être ? Le feu fait mouvoir des reflets chaud sur son visage, la rendant plus puissante qu'elle ne l'était surement. Une simple poupée aux mains d'Augustus ? Sa peau est pâle, parfaite, ses cheveux d'or plus sombres que ceux de Svanhilde, sans doute à cause de la pluie, mais il sente le musc des nobles gens, comme ses toilettes luxueuses. Augustus est connu pour avoir bon goût en matière de femmes, et de bien s'entourer... Je ne saurais me porter juge en la matière.


      - Êtes-vous venue dans l'espoir de vous acquitter de la dette dont vous m’êtes redevable désormais ?


    Véritable question, ou façon déguisée de détendre l'atmosphère ? Au fond, je ne vois pas tout ceci comme un moyen de pression. Je n'ai que faire d'une personne qui s'attache à ce genre de négociations hasardeuses, qu'un simple évènement peut détruire. Les membres de notre Confrérie, ou qui nous soutiennent, sont tous là par croyance, par foi, non par chantage.
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MessageSujet: Re: « Visite de courtoisie »    Sam 16 Juin - 15:11

J'archive le RP, puisque nous avons une nouvelle Gaétanne.
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