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 De glace, l'écharde en mon coeur, me fige et me broie toute entière...

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MessageSujet: De glace, l'écharde en mon coeur, me fige et me broie toute entière...   Mer 8 Aoû - 15:35

La nuit est tombée depuis plusieurs heures sur Lorgol, et la capitale dort paisiblement sous son épais manteau de neige immaculée. Rien ne bouge dans les alentours du palais, et depuis la fenêtre de tes appartements réservés, tu peux contempler les étoiles au firmament. Engagée sur l'honneur à ne pas sortir du palais tant que les épreuves pour désigner la Reine d'Arven dureront, tu es virtuellement enfermée dans cet étage du palais impérial réservé aux candidates. On t'a donné une suite luxueuse et le privilège de deux suivantes personnelles – une jeune Ansemarienne aux yeux aussi bleus que le ciel de février mais dont l'honnêteté te semble discutable, et la charmante petite Aubépine Haldann dont tu as revu le joli minois avec une joie inattendue. Sa fidélité n'est pas à remettre en question et tu es heureuse de sa présence à tes côtés, dans ces heures sombres que tu vas traverser pour venger les braves tombés au combat et ramener la justice en Arven – mais en cette nuit avancée, ta suivante dort et tu es seule à la fenêtre de ta chambre, Arius au fond de tes pensées, partageant ta sombre mélancolie et la nostalgie de tes quartiers personnels de la Tour Noire où ton Familier est resté en sécurité, loin de toi pour sa propre sûreté.

La Rage du Sang te tient éveillée. Tes pensées sont aussi claires que le cristal, toutes entières focalisées sur la vengeance et le sang que tu feras couler pour laver celui de Sigvald assassiné. Sigvald. A l'énoncé de son nom, une vague de détresse te submerge, mais tu la refoules, vaillamment. Tu auras la vie de Castiel de Sombreflamme en réparation, et la tête du tyran comme couronnement de tes efforts – Arven sera libérée et tu pourras enfin retrouver ton duché, ou bien t'abandonner à cette magie sauvage qui cavale dans tes veines et pulse au rythme de ton cœur de rebelle, devenir une magicienne à la hauteur de tes ancêtres, pourquoi pas après tout ? Tant qu'Augustus rend l'âme, tu te déclareras satisfaite.

La chaleur de la cheminée t'oppresse soudain, étouffant ta respiration dans ta poitrine. Désireuse de trouver quelques bouffées d'air frais, tu ouvres la croisée, sors sur le large balcon qui dessert les autres suites des candidates de la noblesse. Tu fais quelques pas légers dans la neige vierge, écoutant distraitement le léger crissement sous tes pieds nus – étrangement, tu ne sens pas le froid, dans ta robe d'intérieur aussi noire que l'essence de ton désespoir, dans cette solitude affreuse que la mort de ton frère t'a laissée, vulnérable, fragile, brisée. Arius ne saurait te consoler, malgré toute la sincérité de sa sollicitude – et le regard hanté que tu adresses à la lune solitaire ne t'apporte aucune quiétude.

« Sigvald... »

Un murmure à peine esquissé, le souffle léger d'une âme en peine, qui souffre et saigne, là sur la neige immaculée de Lorgol endormie. Une prière secrète, un regret immense, et la promesse de la plus sanglante des vengeances...

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MessageSujet: Re: De glace, l'écharde en mon coeur, me fige et me broie toute entière...   Mer 8 Aoû - 16:48

    Le tyran.
    Tu t'es présentée au tyran.
    Comme candidate à sa main.
    A sa couche et à sa couronne.


Tu avais l'air fière alors que tu t'es avancée pour t'incliner devant l'usurpateur. Port altier, maintien sans faille. Nul n'a pu douter de tes origines tant l'orgueil de ta lignée transparaissait à travers ce menton haut qui est resté vrillé sur l'empereur du bas de ta profonde révérence. L'espace d'un instant, vos regards se sont croisés, sans que tu ne le baisses. A cet instant précis, tu as été convaincue d'être dans le vrai. Par cet acte, tu reprenais enfin la main sur ton destin, loin des considérations de ton père et de ton frère. Et maintenant ?


*
* *

Maintenant, je suis là, sur ce balcon glacé à me demander pourquoi. Pourquoi ai-je agi de manière aussi inconsidérée ? Pourquoi ai-je refusé si catégoriquement un mariage avec un homme - certes rustre - mais fort acceptable à l'égard de celui vers qui je me suis tournée ? Et surtout, surtout, pourquoi ai-je ainsi bafoué la confiance de Liam ? Par cet acte soudain, dont je ne me rappelle pas avoir été maîtresse, j'ai trahi. J'ai trahi notre cause, j'ai trahi notre lutte. Mais j'ai surtout trahi mon frère. Qu'Eimaren me pardonne. Non. Elle n'en a certainement que faire du haut de son éternité. C'est à lui de me pardonner. Mais comment le pourrait-il alors que je lui ai assuré il y a quelques jours à peine que je suivrais son avis et resterai en retrait, en dépit des avantages que nous pourrions en retirer pour les rebelles ?

Je ne me souviens qu'à grand peine de ce qu'il advint par la suite. J'ai vu la duchesse meurtrière s'avancer à son tour.J'ai vu la foule des courtisans dévisager les quelques prétendantes que nous étions. Mais du reste, je ne puis rien dire. Tout s'est déroulé comme dans un rêve étrange et irréel, où je n'étais que simple pantin malmené. Il y a eu des palabres certainement, comme il est de coutume en toute célébration. Puis nos appartements. Riches, ornementés de mille dorures, de lourdes tentures que je préférerais savoir dans des masures glaciales où des familles se serrent pour conserver un semblant de chaleur. Qu'avons-nous besoin de tout cela ? A peine quelques heures ont passé et déjà mes appartements me manquent. Ô combien me semblent-ils plus chaleureux, dans toute leur simplicité que ces pièces impersonnelles mises à ma disposition.

Je ne sais plus depuis combien de temps je suis là, à braver l'air glacial de la nuit. Sans doute en ressentirais-je la morsure si mes sens n'étaient pas tant engourdis. Et au fond, que m'importe ? Qu'est-ce qu'un souffle de vent quand je viens de déclencher un ouragan qui ne manquera pas de dévaster la personne qui m'est la plus chère en cette terre d'Arven ? Le froid de cette nuit de février n'est rien en comparaison de celui qui m'étreint. Il m'apaise. Par le sommeil qu'il apporte avec lui, il a calmé doutes et peurs, appréhensions et question. Ne reste plus que l'incompréhension tandis que j'essaye de comprendre ce qui m'a pris. Mon esprit est tout entier tourné vers ce but. Et malgré la folie du tourbillon qui mène mes pensées en une danse agitée, je me sens étrangement lucide. Comme résignée.

Le léger grincement d'une porte qui s'ouvre, le doux bruissement de pas sur la neige. Rien de tout cela ne m'atteint. Celle qui s'en vient ne demeurera probablement pas longtemps et je m'en reviendrai à ma glaciale déréliction. Pourtant ce départ ne vient pas. Un mot, à peine murmuré, m'est apporté par la brise. Sigvald. Le frère de la duchesse meurtrière. Serait-ce donc elle qui se tient là, debout devant la balustrade ? Je suppose que je devrais m'en retourner, lui laisser à son tour cet endroit propice à la solitude. Mais je n'en fais rien. Sans doute aussi devrais-je dissimuler les larmes qui coulent silencieusement le long de mes joues. Mais à quoi bon, alors que leur source semble intarissable ? Assise prostrée, à même le sol, dans une position bien indigne de la duchesse héritière que je suis, je reste là, sans prononcer un mot. Ce lieu, avec son inconfort et ses températures hivernales, est le premier à avoir su m'apaiser après mon éclat de folie. Je ne suis pas encore disposée à le quitter. Il sera toujours tant, pour paraître devant Svanhilde Nightingale, de sécher le restant de mes pleurs et de relever la tête. Il n'est de toute façon rien dont je puisse avoir à rougir devant elle.

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MessageSujet: Re: De glace, l'écharde en mon coeur, me fige et me broie toute entière...   Mer 22 Aoû - 6:43

Tu sombres, tu le sens. Petit à petit, depuis le Bal du Solstice, tu sens ta raison t'échapper. La Rage du Sang qui palpite dans tes veines te murmure mille chuchotements séduisants, et par moments tu es affreusement tentée de lui céder et de noyer le monde qui t'entoure dans un océan de sang pour laver tes tourments. Tout ravager, tout détruire, pour faire de l'univers le même champ de ruines que celui qui naguère fut un cœur vibrant et généreux dans ta poitrine. Tu sens, parfois, à quel point l'ancienne magie a pu te changer ce soir-là : tu le vois dans les plumes désormais ténébreuses d'Arius, dans le cheminement macabre de tes pensées, dans les instincts violents qui t'éveillent la nuit, lorsque tu parviens à t'assoupir. Cette soif de souffrance t'étonne par moments. Tu n'as jamais été cruelle – mais depuis le Solstice, tu te prends à rêver de tortures et de hurlements. Et dans les instants où tu es lucide et où ton chagrin t'enveloppe aussi intimement qu'un linceul, tu prends peur devant la femme que tu es devenue.

Tu es un danger qui se cache sous la surface et personne ne sait exactement à quel point ta santé mentale s'est effilochée. Tu rêves de grandeur et d'espoir, de vengeance et de revanche, tu peuples tes cauchemars de cris et de démence... Et tu rêves de ton frère, parfois. La femme que tu distingues le long du balcon, tassée sur elle-même dans la neige, rêve-t-elle aussi de ce frère illustre que l'on veut pendre et honnir pour l'ampleur de ses crimes ? Tu doutes qu'il existe entre les héritiers d'Outrevent un lien aussi sacrilège que celui qui unissait ceux de Nightingale, mais tu sais qu'ils s'aiment à leur manière touter fraternelle, ces deux enfants de la rébellion. Oui, il faut qu'elle aime bien fort son frère, cette femme prostrée à tes pieds, pour s'en aller quérir sa réhabilitation et le pardon royal dans le lit du tyran. Sait-elle vraiment ce à quoi elle s'expose, cette petite princesse des plaines et des falaises du Nord ? Lisbeth est beaucoup de choses, mais tu ne la décrirais pas comme inconsciente ni futile – et si elle ploie ce soir, c'est peut-être sous le poids des conséquences qu'elle a appelées sur sa tête en se portant candidate au trône.

« Relevez-vous, votre Grâce. Vous ne devriez pas vous donner en spectacle devant des concurrentes. »

Elle a de la chance que tu sois le seul témoin de son abattement. Jodhaa n'aurait pas hésité à lui trancher la gorge comme n'importe quelle brebis à l'abattoir. Tu lui tends une main secourable pour l'aider à se relever. Une de tes mains couvertes de sang, une main de criminelle – mais aussi la main d'une duchesse régnante et d'une enfant de la magie. Tu es une poupée brisée, mélange déroutant d'ombre et de lumière, et tu es lucide sur la nature de cette corruption insidieuse qui te ronge de l'intérieur. Elle, c'est encore une marionnette hésitante alors que l'on vient de couper ses fils – une créature malhabile devant cette liberté étrange qui l'enchaîne à ses choix, et tu ne peux t'empêcher de ressentir une certaine pitié pour cette femme à la noblesse éclatante, qui ne devrait pas se salir aux côtés de créatures telles que toi. Tu voudrais lui demander ses raisons de se présenter – Liam ne peut en être la seule cause, d'autant qu'il a dû s'y opposer violemment, pétri de fierté et d'orgueil comme il l'est. Alors, pourquoi ? Pour une chance d'être reine et d'apaiser les souffrances d'Arven ? En ton for intérieur, tu reconnais qu'elle ferait une bien meilleure reine que toi, élevée comme elle l'a été, mais voilà : tu es porteuse d'une promesse de sang vengeresse qu'elle ne saura jamais exécuter.

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MessageSujet: Re: De glace, l'écharde en mon coeur, me fige et me broie toute entière...   Jeu 23 Aoû - 4:53

Un flocon vient se poser sur ma capeline et je relève la tête vers le ciel. Là-haut, les nuages sont restés amoncelés tout au long de cette effroyable journée. Et voilà qu'ils viennent déverser leur lourd fardeau au dessus des mille tours. Le doux tapis qu'ils vont déposer masquera la laideur pour venir sublimer les rues de la ville. D'ordinaire, cette pensée suffirait à me mettre du baume au coeur. Mais pas aujourd'hui, pas ce soir. Pas alors que je viens de remettre mon destin et ma vie entre les griffes d'un homme des plus abjects. La neige peut bien venir et recouvrir les plaies du monde de son lourd manteau. Elle ne peut rien contre la blessure à vif qui torture mon âme. Je ne parviens toujours pas à comprendre quelle folie m'a poussée. Bien sûr, je voulais fuir ce mariage qui m'était imposé. Mes pensées de ces dernières semaines demeuraient fixées sur cet unique but. Au point parfois de m'effrayer par trop de véhémence. Tout pourvu que j'échappe à cette union. Je ne parviens pas à comprendre la démesure qui s'est emparée de mes sentiments et de mes pensées depuis le bal du solstice. Et cela m'effraie. A force de vouloir me prémunir d'un désagréable courant d'air je me suis jetée tête la première dans un ouragan bien plus puissant que tous les vents que j'avais pu connaitre par le passé.
Non, la neige ne peut rien pour moi… Seul le froid semble en mesure d’engourdir la violence de mes émotions. Et je préfère mille fois cela à ces brusques accès de rage qui me saisissent, particulièrement lorsqu’il est question de Louis. J’ai toutes les raisons du monde de lui en vouloir après qu’il ait ainsi comploté pour me prendre ma liberté et pour mettre la main sur Outrevent. Mais comment puis-je souhaiter sa mort ? Au point de me sentir capable d’en être l’artisan. Moi qui ai le crime en horreur ? Comment ai-je pu me sentir prête à faire couler le sang, tel le dernier des assassins ? Mais peut-être que les assassins souffrent, eux aussi…

Ou du moins, elle souffre. La duchesse meurtrière. Et la douleur qui se lit sur ses traits est trop intense pour que je parvienne à y rester insensible, quand bien même a-t-elle le sang de milliers de gens sur les mains. Sigvald… Elle a murmuré son nom tout à l’heure… Pleure-t-elle son frère, cette fière duchesse murée dans son chagrin ? Sa mort a fait grand bruit et chacun sait ce qu'il est advenu lors de cette nuit sanglante, même moi qui n'y ai pas assisté, pétrifiée que j'étais de voir les combats engagés autour de moi. L'écho des armes s'entrechoquant peuple encore mes cauchemars, un mois après.

Je suppose que je devrais partir. Ne pas rester en si dangereuse compagnie. Mais je n'en fais rien. Si elle souhaitait m'abattre, elle n'aurait guère de difficultés. Les siens n'ont-ils pas prouvé leur aveuglement en attaquant des innocents, dernièrement ? Cyselle, Louis... Pourquoi ne serais-je pas sa nouvelle cible alors que je me tiens à sa portée ? Bien sur, je suis armée, et je n'hésiterai pas à défendre chèrement ma vie. Mais mes chances de vaincre sont bien infimes tant je suis habituée aux entraînements et non à de réels affrontements. Mais ce n'est pas une lame qu'elle tend vers moi. Mais une main secourable accompagnés de quelques mots que j'irais jusqu'à qualifier d'aimables. Pourtant, je ne saisis pas cette main tendue. Non pas que je souhaite lui faire injure. Mais simplement, je ne souhaite pas me relever. Je ne souhaite pas retourner dans mes appartements et affronter encore la tourmente inexplicable de mes émotions. Cependant, je lui réponds, d'une voix atone mais dans laquelle je m'efforce de mettre toute la vaillance et toute la noblesse dont je suis encore capable dans ce froid.


- Nous ne sommes pas concurrentes.

Comment cela pourrait-il être ? Je n'ai pas la prétention de me comparer à elle. Et si ses actes et ses choix sont tout sauf acceptables, elle n'en demeure pas moins femme. Et quelle femme. Une femme superbe, altière, une mage sans doute, rompue au maniement du pouvoir des Dragons en digne fille de sa lignée qu'elle est. Qui suis-je pour prétendre lui être une rivale ?
Doucement, je lève la tête vers elle. Je sens au travers de son attitude, la violence qui couve dans ses veines, autrement plus puissante et plus dangereuse que la mienne. Mais je doute qu'elle puisse comprendre. Elle a toujours vécu dans le sang et les larmes, cet état est en permanence sien. Comment pourrait-elle comprendre qu'il ne m'est pas familier et me déroute ? Au point de me faire réagir au moindre mot, à la moindre parole. Au point de me donner des envies de meurtre à l'égard d'un homme que je connais depuis l'enfance. Au point de me précipiter dans une situation dont je ne saurais ressortir intacte - si tenté qu'elle ne me détruise pas. Au point de m'amener trahir l'homme qui compte le plus à mes yeux en ce monde.


- Et si l'image d'une duchesse héritière assise à même le sol parait être spectacle à quelques unes, c'est qu'elles sont bien trop convaincue de leur valeur. Auquel cas, leurs avis ne m'intéressent guère.

Il ne s'agit pas d'une attaque. Ma voix n'est pas vibrante comme celle d'une personne qui défie, elle demeure aussi monocorde que depuis le début de cette journée. Et ces mots, les premiers que je prononce depuis l'instant honni où je me suis inclinée devant le tyran, peinent à franchir la barrière de mes lèvres tant ils sont chuchotement.
Je pourrais en rester là. Ne rien ajouter quant à sa propre souffrance, si manifeste en cet instant. Ne pas risquer sa colère par des mots déplacés. Mais telle qu'elle m’apparaît, dans toute la dignité de sa douleur, elle me semble plus femme que meurtrière, en dépit de la violence qui émane d'elle. Aussi j'ajoute, avec un soupçon de curiosité.


- Il n'est pas moins noble de pleurer un être aimé que de réfléchir, assis à terre. Au contraire...

Je voudrais lui dire que c'est naturel, que je partage sa douleur, moi qui vis chaque jour dans la crainte d'apprendre l'arrestation de mon frère. Mais que lui apporteraient mon soutien et ma compréhension ? Je me tais donc, fixant de nouveau mon regard sur l'obscurité environnante, suivant des yeux la danse légères des flocons qui virevoltent jusqu'à nous.

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MessageSujet: Re: De glace, l'écharde en mon coeur, me fige et me broie toute entière...   Ven 31 Aoû - 16:53

Sa dernière remarque porte à ébullition le sang dans tes veines. Oui, tu pleures un être aimé – sait-elle, au moins, l'ampleur de l'amour que tu lui as porté ? Sûrement pas, non. Personne vraiment n'aurait jamais pu expliquer la profondeur de ce lien impie qui t'unissait à ton frère – personne ne savait vraiment que vous étiez... amants. A cette pensée, ton cœur se tord un peu plus, ton âme hurle et tempête – le sang bouillonne dans tes veines, et le chant du poignard rituel t'appelle comme le ferait le chant d'une sirène. Ah, sentir contre ta peau le contact de tes cuirs d'assassin, le froufrou de ta cape autour de tes chevilles bottées, le pommeau de ta lame dans ta paume – fendre la peau d'une gorge offerte, et sentir le jaillissement du sang t'asperger toute entière et laver tes larmes dans son fleuve écarlate... Venger Sigvald. Douce rêverie – mais assouvir ta soif de violence sur la femme recroquevillée à tes pieds ne te le rendrait pas.

Cette petite héritière désolée t'inspire décidément des sentiments bien ambivalents. Une part de toi voudrait ne voir en elle que la rivale, l'ennemie : celle qui se dresse entre le trône et toi, et qui menace tes plans quant à l'avenir d'Arven et ta vengeance personnelle. Cette femme, avec sa rébellion d'enfant, ses rêves de grandeur et ses jeux d'épée, ne sait que peu de choses après tout sur la vie d'adulte, et sur le combat que tu mènes, toi, depuis des années. Tu en sais suffisamment sur sa vie pour savoir qu'elle n'a quitté que récemment le cocon familial et son beau château d'Outrevent – alors que toi, tu es née dans les ruines du tien, et tu fais couler le sang depuis tes seize ans. Néanmoins, tu reconnais la grandeur de son âme, et la force de ses convictions – tu la trouves simplement bien trop timorée pour pouvoir réellement faire la différence.

Que se passerait-il si elle devenait reine ? Tu pressens un beau gâchis. Elle se laissera enfermer par l'Empereur dans un rôle creux et vain, portera peut-être même des héritiers pour la Couronne, mais son pouvoir politique sera réduit à néant. Et l'empire assistera à l'agonie d'une flamme pure et belle, au trépas d'un idéal qui aurait pu changer les choses si on lui avait donné moyen de fleurir et de s'épanouir. Une certitude grandit en toi – un pressentiment, un instinct, une sombre prémonition que la Rage du Sang fait battre à tes oreilles, résonner dans tes tympans. Lisbeth d'Outrevent ne doit jamais régner sur Arven – ce serait le glas de ta vengeance, et tu refuses de devoir assassiner cette femme qui n'a jamais rien fait à part quelques choix dont la pertinence serait à discuter.

Pauvre petite duchesse désabusée.

Tu ressens de la pitié pour elle, de femme à femme, de sœur à sœur, de rebelle à rebelle – tu mets un peu de côté ta souffrance et ta douleur pour te pencher vers elle et la sortir un peu de la sienne. Elle est inquiète, sûrement – sérieusement, laquelle des candidates ne se ferait pas de cheveux blancs en songeant à demain, aux conséquences, au prix à payer pour cette couronne qu'elles voudraient conquérir comme un trophée ? Toi la première, même si tu n'as pas l'intention de partager le trône bien longtemps avec l'homme qui incarne le trépas de ta lignée.

Avant même que tu ne puisses t'en empêcher, tu lui livres le fond de ta pensée, sans pouvoir retenir les mots sur tes lèvres.

« J'espère pour Arven que vous ne serez pas choisie, Lisbeth d'Outrevent. Vous réussirez simplement à acheter le pardon de votre frère dans le lit du tyran. »

La fin de ton idée, tu ne la lui donnes pas – comment lui faire comprendre qu'en plus de tout cela, elle ne réussira qu'à corrompre son âme, et tuer la merveilleuse étincelle de liberté qui fait d'elle l'allégorie de la liberté pour tous les rebelles ?

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MessageSujet: Re: De glace, l'écharde en mon coeur, me fige et me broie toute entière...   Dim 9 Sep - 5:05

Je sens bien le changement que mes mots provoquent chez cette femme murée dans sa douleur. Cette duchesse qui ne voudrait laisser voir d'elle que la grandeur de son maintien et le danger de ses lames. Fallait-il qu'elle se croit seule pour se laisser aller ainsi à exprimer sa souffrance... Oui, je sens l'ardeur de ses sentiments, la violence qui court dans ses veines. Je sens son désir de vengeance. Ne voudrais-je pas moi même m'assurer du trépas de celui qui mettrait fin aux jours de Liam ? Peut-être sommes nous plus semblables que nous ne souhaitons nous l'avouer, toutes deux engagées dans une lutte qui nous dépasse de bien loin. Mais il y a en elle une sauvagerie, une soif de sang insatiable. Une soif aussi impérieuse que celle qui a guidé mes actes depuis le solstice. Une soif que j'espère ne plus jamais ressentir tandis qu'elle s'en fait une joie par anticipation.

Et au delà de cette violence, il y a une assurance. Une assurance bien différente de la mienne qui n'est faite que de faux-semblants et d'obligations à paraître. Non une assurance malsaine, l'assurance de ceux qui se fourvoient mais demeurent convaincus d'être dans le vrai. Et ces mots... Ô ces mots si froids, si durs... Ces mots qui, en quelques secondes, parviennent à m'extirper de la glaciale torpeur dans laquelle j'aurais préféré rester prostrée. Mais je ne peux rester sans réagir alors que par ses paroles, elle rabaisse l'honneur de ma lignée, une lignée qui lutte, dans l'ombre, depuis aussi longtemps que la sienne et dont j'escompte bien être la digne descendante. Si le trône et le lit du tyran me sont accessibles - et aussi abjecte me soit cette pensée - je ferais tout pour les atteindre et ainsi faciliter les actions des rebelles. Je n'ignore rien des difficultés à venir. L'écho d'épreuves est venu jusqu'à mes oreilles et je n'ai d'illusions sur ce que le tyran a pu nous réserver. Mais pour autant, je ne plierai pas. Je n'abandonnerai pas. Jamais. Mieux vaudrait la mort que de trahir ma parole en faisant marche arrière. Et même si l'enjeu de la course dans laquelle je me suis engagée ne me plait guère, je ne laisserais personne douter de ma détermination et de mes capacités à aller jusqu'au bout. Et surtout pas cette duchesse meurtrière dont les mains sont rouges du sang des innocents.

D'un mouvement je me relève, drapant autour de moi les pans de ma cape pour ne pas sentir la morsure du froid que j'avais oubliée à force de rester prostrée. Et je la dévisage. Avec toute la noblesse et la dignité de ceux qui m'ont précédés dans cette lutte. Des ancêtres aux idéaux droits et justes, aux actes francs. Des ancêtres dont je n'ai pas à rougir et qui, au grand jamais, n'ont tué ni assassiné de sang froid, sans laisser à leur victime la possibilité de se défendre. Cette fois, je ne peux tout à fait maîtriser la colère qui vient faire vibrer ma voix.


- Ne soyez pas trop prompte à préjuger des autres, Svanhilde Nightingale. Je n'ai nullement l'intention d'exiger le retour d'un frère honni et encore moins de cette façon. Quant à vous... Croyez-vous vraiment que vous seriez meilleure reine, alors que votre soif de sang vous aveugle au point de vous faire vous en prendre à d'innocentes victimes ? Arven deviendrait un bien triste empire sous votre impulsion sanglante.

Une voix me souffle de me détourner, de ne pas rester en ces lieux et de la laisser méditer sur les mots qui viennent, bien malgré moi, de franchir la barrière de mes lèvres, chargés de toute la colère que m'inspirent ces actes de mort. Mais ce serait tourner le dos à une potentielle ennemie. J'ai beau n'avoir eu l'occasion d'exercer ma lame en réelle situation, je n'en ai pas pour autant oublié les principes élémentaires qui m'ont été inculqués. Mon arme est là, toute prête à glisser de ma manche pour rejoindre ma paume. Je ne souhaite pas me battre contre cette femme dont l'ambivalence suscite en moi bien des sentiments contraires. Mais je demeure parée à toute éventualité.

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MessageSujet: Re: De glace, l'écharde en mon coeur, me fige et me broie toute entière...   Jeu 13 Sep - 19:32

C'est plus fort que toi – à l'entendre te répondre ainsi, drapée dans sa dignité telle une enfant prise en faute, tu éclates de rire. Un rire douloureux qui déchire ta gorge, un rire blessé qui érafle tes lèvres, un rire cassé qui ricoche sur les pierres du mur, un rire sombre qui ébranle la chape de neige. Un rire si intense qu'il pourrait receler une infinité de pleurs, un rire si rauque qu'il n'en est plus que douleur, lame insidieuse qui tranche et frappe, impitoyablement, et tirant aux étoiles des larmes de sang. Tu n'es plus que détresse, tu n'es plus que peine, tu n'es plus que chaos. Qu'il doit rire, amèrement, celui qui te contemple de là-haut – témoin de tes chagrins, témoin de tes errances... Que lui dire, à cette enfant encore inconsciente de l'ampleur du drame se jouant en ces lieux, cette sœur privilégiée dont le frère vit et respire, cette femme aux mains blanches et sans tache là où les tiennes se sont souillées pour permettre à d'autres de garder la tête haute ?

Si elle savait.

L'ampleur de ta pitié.

Tu ne parviens pas à la détester, et même ton mépris perd toute saveur. Tu ne peux que constater à quel point elle se leurre. Tu n'avais jamais voulu de renommée, tu n'as point recherché la grandeur. Simplement, chacun doit trouver son heure – et à tes yeux, il est grands temps qu'Augustus rencontre la sienne, pour l'avenir et la sauvegarde d'Arven. Ne voit-elle pas, cette petite duchesse soignée, cette privilégiée des privilégiés, combien son pays souffre et se meurt ? Alors, oui, tu as pitié – car elle ne sait que te dénigrer et te fuir, alors que tu es celle-là même qui lui permet de se dresser fièrement dans la lumière. Tu ris encore. Elle va se vexer – peu importe. Tu ris tes sanglots, tu ris l'effondrement de ta vie, tu ris la perte de Sigvald. Tout cela est bien trop réel – il ne te reste plus, maintenant, que les merveilleuses chimères que ton esprit te crée et dessine dans le mystère de tes nuits, lorsque tu te réfugies loin, si loin d'ici.

« Pardonnez-moi, Lisbeth – je ne parviens pas à comprendre comment vous pouvez vous leurrer à ce point. Oui, j'entends sauver Arven, j'entends être l'instrument de sa victoire, celle qui libèrera le peuple, la championne au glaive de lumière, toute entière de lauriers couronnée – et je sais qu'Arven sera sauvée. Mais pas pour moi, Lisbeth – pour des gens comme vous, ceux qui n'ont pas de crime sur la conscience. Pour l'avenir de mon pays, pour la survie de mon duché, je serai l'ange aux ailes de nuit, je serai l'ombre honnie, le poignard qui frappe et tue – pour qu'un jour vous puissiez vous contempler dans votre miroir, pour qu'un jour le peuple acclame votre frère, je me charge de vos crimes, et la Confrérie Noire s'offre en pâture pour détourner les crocs de la Guilde des Rebelles. Nous sommes la Main de la Nuit – nous sommes l'offrande, et vous êtes le calice. Je n'entends pas régner sur l'Empire – ma Reine s'appelle Chimène, elle est tombée dans ce palais il y a deux cents années, et je n'en aurai jamais d'autre. Ouvrez les yeux, Lisbeth – ouvrez-les grand, et voyez, comment le monde est fait. Vous allez pleurer – mais c'est moi qui verserai des larmes de sang, pour honorer mon serment. »

Du doigt, sans plus parler, tu traces quelques mots épars dans la neige. La parole parfois ne suffit pas à exprimer la profondeur de tes émotions – la parole souvent ne suffit pas pour traduire la solitude de tes pensées.


« grâce de l'enfance
ignorance voilée
innocence
 »


Tu ne peux la détester.

Tu ne peux qu'avoir pitié.

Après tout, c'est aussi pour elle que tu vas te sacrifier.

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MessageSujet: Re: De glace, l'écharde en mon coeur, me fige et me broie toute entière...   Dim 16 Sep - 4:58

Ce rire... Oh ce rire qui vient emplir l'atmosphère silencieuse de cette froide nuit d'hiver. Ce rire qui envahit l'espace, comme autant d'insultes, comme autant d'expressions de son mépris. Croit-elle que je suis aveugle à cette condescendance qu'elle a à mon égard ? Son regard comme ses mots la trahissent. La colère qui est revenue pulser dans mes veines, rythme lent et poignant, m'y rend d'autant plus sensible.

Comme je voudrais effacer le sourire narquois qui vient orner ses lèvres. La suffisance qu'elle affiche a le don de m'irriter. J'ignore quel parcours fut le sien. Et je ne souhaite pas le savoir. Son chemin ne fut certainement pas de ceux, rectilignes et sans obstacles, des simples gens. Mais la difficulté de celui-ci lui donne-t-il le droit de mépriser aussi simplement ceux des autres ? Elle n'est pas seule à avoir consenti à nombre de sacrifices pour la cause qu'elle a faite sienne. Les miens ne furent peut-être pas aussi spectaculaires mais ils n'en blessent pas moins mon coeur de soeur et de rebelle à chaque instant.

Je l'écoute. Sans un mot. Nous nous ressemblons bien plus que nous ne voulons l'admettre, elle et moi. Mais en dépit de ses grands airs et de son pompeux discours, elle se trompe. Non, ce n'est pas sa dignité que je rejette. Quiconque aura vu dans sa vie la dernière duchesse de Nightingale ne peut que reconnaître la grandeur qui émane d'elle. Je ne critique pas plus ses actes - les morts sont le lot de toute guerre . Et aussi douloureuse que puisse être cette vérité à mon coeur trop sensible, j'en suis largement consciente. Non... Ce que je dénie - et qu'importe qu'elle m'en donne le droit ou non - c'est la façon dont elle s'érige en mort personnifiée. La manière dont elle assassine ses victimes, froidement, sans préavis ni chance de rédemption pour elles. Les rebelles tuent, eux aussi. Mais chaque décès leur est un poids sur la conscience. Chaque vie brusquement coupée leur arrache un soupçon de regrets. Parce que face à eux il y a des hommes et des femmes qui n'ont commis d'autres fautes que celle d'avoir tenté de les empêcher d'agir. Et ô combien cette différence a son importance.
Oui, les rebelles tuent. Par nécessité. Sans élever leurs actes en mission divine ni s'en glorifier. Entend-elle seulement la grandiloquence qui l'anime ? Ses mots semblent avoir répétés mille fois tant leur naturel a disparu à force de figures de styles et d'effets emphatiques.

Je voudrais lui répondre, lui exprimer toute la différence entre ce qu'elle pense être mon opinion sur elle et les siens et ce qui réellement occupe mes pensées. Mais je suis bien piètre oratrice quand la cause me tient à coeur. L'aisance avec laquelle Liam avait fait taire ma volonté de le racheter auprès du tyran en est la preuve la plus récente. Aussi je suis l'exemple de cette femme étrange que je n'apprécie guère, sans pour autant ressentir à son égard toute la colère et le mépris qui devraient m'animer.
D'un geste, j'efface les quelques mots tracés dans la neige, lui rendant par là sa lisse beauté. Mais ce n'est que pour mieux en tracer d'autres, ignorant la morsure du gel sur ma paume nue.


        Cheminement solitaire
        Multitude de possibilités
        Choix


Et qu'elle ne vienne pas me dire qu'il ne s'agit là que de paroles adressées à ceux qui, comme moi, demeurent sauf entre les murs du palais impérial. Nous avons tous le choix. Le mien a été de renier mon frère publiquement pour la sauvegarde de nos terres, considérant qu'il était plus important de m'assurer de leur intégrité pour un jour donner un fils à la rébellion. Et s'il me fait quotidiennement souffrir, rarement j'ai douté de sa pertinence. De même, il ne tient qu'à elle de quitter la voix de la violence pour d'autres combats.
Nous avons tous nos décisions à prendre. Elles n'engagent que notre conscience. Et nul ne peut se permettre d'en contester la légitimité sans avoir plus avant chercher à les comprendre. Elle me croit incapable de comprendre ce qui se trame en dehors. Mais nos éruditions à ce sujet sont probablement tout aussi complètes l'une que l'autre - l'expérience de l'horreur en moins. Oui, j'ai choisi cette vie de richesse et de luxe et sans doute s'imagine-t-elle que cela me sied. Peu m'importe. En ces murs qui peuvent paraître remparts, il est d'autres guerres à mener, plus subtiles et dangereuses encore. Des guerres faites de sourires et de faux-semblants dans lesquelles je ne suis pas certaine qu'elle saurait évoluer.

Alors non. Je ne l'autorise pas à me juger. Nos guerres et nos chemins divergent en dépit de leur but commun. Elle se dit championne de la liberté m'épargnant les combats ? Que suis-je alors, sinon la soumission infiltrée qui doit taire ses pensées pour offrir à ceux qui se battent, armes à la main, un peu de ce précieux temps qui joue contre nous ?

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MessageSujet: Re: De glace, l'écharde en mon coeur, me fige et me broie toute entière...   Jeu 20 Sep - 19:07

Elle ne comprend pas.

Comment le pourrait-elle, quand la vérité ainsi s'envole à tire-d'aile ?

Je vois le dégoût dans son regard, l'écœurement que mes actes lui inspirent. Elle a cette même expression que celle des autres, de cette infinité de personnes qui se prétendent rebelles mais répugnent à faire ces choix douloureux. L'expression de ceux qui ne savent pas mais ne peuvent qu'imaginer. Je crois bien que nous ne nous comprendrons jamais. Nous ne sommes pas du même bois, elle et moi : elle est cette fleur magnifique, chaude et vibrante, qui naît de l'amour et de la foi, cette fleur qui s'épanouit dans la noblesse et la bonté, la grâce et la beauté. Je suis la ronce couronnée, froide et hautaine, qui blesse et torture, cette ronce qui ne fleurit que dans le sang et la mort, la douleur et le deuil. Nous sommes, elle et moi, le parfait absolu de nos idéaux, si diamétralement opposés que rien ne saurait plus les rassembler. Ah Lisbeth – dans une autre vie, dans un autre temps, tu aurais pu naître à ma place, et moi à la tienne – aurais-tu toléré que je pose sur toi ces mêmes yeux que ceux que tu tournes vers moi ?

Une larme glaciale s'échappe du coin de mes cils.

Sigvald encore une fois s'est égaré dans mes pensées.

Loin d'ici, dans la chaleur de la Tour Noire, je sais qu'Arius m'attend. Je sais qu'il s'inquiète – qu'il se préoccupe, comme moi, du sort de cet enfant que le Destin m'a donné et que je vais devoir protéger. Non, Lisbeth ne comprend pas : que je me bats certes pour Arven et Nightingale, pour le peuple et pour Dragonvale, mais que je me bats aussi pour Sigvald assassiné, pour sa vie piétinée, pour notre amour si beau, si fort et déjà endeuillé, et surtout pour l'enfant que je porte et qui n'a plus que moi sur qui compter, cet enfant dans le plus extrême des dangers alors qu'il n'est même pas encore né. Je ne veux pas qu'il ouvre les yeux sur l'horreur et la mort – je veux qu'il voie le jour dans un monde purgé de toute laideur, de toute cruauté. Je veux qu'il grandisse dans les rires – je veux le mettre hors d'atteinte du tyran. Définitivement.

Celle qui n'est pas mère ne peut pas comprendre celle qui lutte pour son enfant.

Personne ne comprendra jamais vraiment.

Un léger soupir m'échappe. Je ne veux pas me disputer avec cette petite duchesse esseulée. Je ne lui dirai pas que je comprends son angoisse et sa douleur, que perdre son frère au nom d'un idéal plus grand qu'elle pourrait la briser. Je ne lui dirai pas que ses choix sont certainement aussi compliqués que les miens parfois, et que même si nos manières diffèrent nous avançons sur la même voie. Elle ne l'accepterait pas. Pour une obscure raison qui m'échappe, elle a choisi de me compter parmi ses ennemis. Je ne vais pas la forcer à ouvrir les yeux – peu m'importe, au fond, ce que l'on dit de moi et de mon combat. Je suis restée fidèle à ma mission, loyale à ma foi – je n'ai pas à rougir de mes choix.

« Cessons là, Lisbeth. Nous ne tomberons jamais d'accord, je pense, sur nos vertus et nos péchés. Vous n'avez aucune idée de ce qui me pousse à me battre ainsi, en ces lieux maudits. Cela ne me dérange pas qu'il en soit ainsi. »

Un jour, peut-être comprendra-t-elle.

Que c'est pour les innocents comme elle que je vais me couper les ailes.

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MessageSujet: Re: De glace, l'écharde en mon coeur, me fige et me broie toute entière...   Mer 3 Oct - 4:25

Il nous arrive à tous d'avoir des choix difficiles à faire - et je suis certaine que les siens n'ont pas été aisés à prendre. Il m'est impossible de ne pas respecter l'abnégation avec laquelle elle se tient à ses décisions. Et si à mes yeux, ses actes n'ont rien de glorieux, force m'est de reconnaître qu'ils sont nécessaires à l'avancée de notre cause commune. Mais je ne peux accepter la délectation dont font preuve les assassins de la Confrérie Noire face à un acte aussi violent et irréversible que la mise à mort de leurs victimes.

Il serait inutile d'ainsi prolonger cette conversation, nous en sommes toutes deux conscientes. De même qu'elle a fait le choix, il y a bien longtemps, d'assumer les responsabilités qui lui incombent par sa naissance, j'ai fais le mien. Et si les voies que nous arpentons mènent à un même rêve, un même avenir, libéré de la pression du tyran, elles ne sont pas destinées à se rejoindre. A quoi bon lutter contre cela ? L'écouterais-je si elle me disait d'ôter mon masque de courtisane pour devenir le second visage de la rébellion aux côtés de Liam ? Pis encore, la laisserais-je seulement finir sa phrase si, de quelques mots, elle tentait de me détourner du rôle qui est le mien pour rejoindre sa lutte ? Bien sur que non... Alors au nom de quoi puis-je en faire autrement ? Tandis que les rebelles sont l'armée qui se dresse entre le tyran et le peuple, avançant peu à peu, ils sont les cavaliers solitaires venant frapper aveuglément pour semer la confusion. Et moi... Moi je suis un grain de sable. Insignifiant au milieu de ses frères mais essentiel au lent écoulement du temps.

A présent que j'ai quittée ma chaude position foetale, je sens le froid s'infiltrer en moi de plus en plus profondément. Inutile de croire que je pourrais passer la nuit dehors en telles températures. Je ne l'aurais pas fait, même si elle n'était pas arrivée pour rompre le fil de mon isolement. Ramenant les pans de ma cape pour qu'ils m'enserrent davantage et me réchauffent, je la regarde encore une fois, silencieuse et pensive.


- Vous avez raison. Les choix qui sont les nôtres sont par trop différents pour que nous puissions tomber d'accord. Il serait inutile de perdre davantage de temps en vaines paroles quand vous et moi savons pertinemment qu'elles n'aboutiront à rien. Cependant... Je m'interromps un instant, considérant cette froide duchesse qui demeure bien mystérieuse à mes yeux, toute à la fois drapée dans sa grandeur et sa douleur. Cependant, j'espère que nous ne quittons pas en ennemies. Et que le mal qui vous étreint trouvera, sinon solution, du moins apaisement.

Ma voix est sincère, tout autant que mes mots. Je ne suis pas femme à me réjouir de la souffrance des autres. Quelle que puisse être la raison de ces larmes furtives qui sont venues mouiller ses joues, je ne peux que souhaiter qu'elle en viendra bientôt à bout. Toute meurtrière qu'elle soit, la duchesse de Nightingale n'est pas une femme qui mérite de souffrir. Nul ne le mérite, à l'exception du tyran.

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MessageSujet: Re: De glace, l'écharde en mon coeur, me fige et me broie toute entière...   Sam 13 Oct - 17:29

Un sourire m'échappe. Cette femme qui est mon aînée et qui pourtant me semble aussi innocente qu'une enfant en a l'âme éclatante et le cœur généreux. Elle n'a aucune idée, sûrement, de la bassesse des complots qui se trament dans les couloirs de palais qu'elle semble abhorrer tout autant que moi, et les paysages de son enfance doivent lui manquer aussi cruellement que je déplore ma vie loin de la beauté austère de Nightingale, de ses glaciers et de ses lacs gelés. Un jour, peut-être, lorsque toute cette folie aura pris fin et que je ne serai plus la reine des assassins, lui rendrai-je visite dans son palais de Souffleciel pour visiter les merveilles cachées d'Outrevent et revoir un peu plus posément ces splendeurs que je n'ai qu'aperçues lors de ma dernière venue dans son duché pour réactiver le réseau de la Confrérie, il y a déjà deux années de cela. Peut-être me rendra-t-elle visite, elle, dans les ruines de Shivering Soul désertée, et me laissera-t-elle lui montrer nos fjords et la poésie éthérée des premiers rayons du soleil sur les étendues enneigées des plaines de Nightingale.

Peut-être.

Sauf si l'une de nous devient reine.

L'avenir nous le dira – pour ce soir en tout cas, je vais la rendre à ses errances et retourner cacher mes larmes dans l'ombre de mes appartements. Gravement, je m'incline devant elle – la fierté de Nightingale rendant hommage à l'honneur d'Outrevent. Sur mon épaule, le rossignol d'argent étincelle sous la lune, et je sens encore la brûlure des doigts du tyran sur ma peau, là où il a baisé ma main en m'escortant jusqu'à ce logement qui me sera prison jusqu'à la fin de cette sordide compétition. Toute cette folie pourrait nous faire perdre la raison, et j'ai peur, au fond de moi, pour cette fleur fragile venue s'égarer dans un jardin d'épines. Ses dernières paroles s'attardent dans les aires, suspendues entre nous – pensivement, d'une main, je réchauffe mon abdomen où s'est niché l'enfant de Sigvald, et je médite un instant ce que je vais lui répondre. Ce bébé à naître est mon plus grand secret et je ne la pense pas prête à l'accepter – qui le pourrait ? C'est tellement... insensé. Aussi, je me contente de sourire, de m'incliner, et de disparaître à l'intérieur sans rien ajouter de plus. Nous ne sommes pas ennemies, nous ne l'avons jamais été – nous sommes simplement deux flammes, l'une brûlante et l'autre gelées, aussi vives l'une que l'autre dans l'obscurité.

Je sais qu'elle comprendra.

Advienne que pourra.

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MessageSujet: Re: De glace, l'écharde en mon coeur, me fige et me broie toute entière...   Dim 14 Oct - 3:38

Topic terminé !
Merci ♥

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De glace, l'écharde en mon coeur, me fige et me broie toute entière...

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