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 Toi, Sigvald

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MessageSujet: Toi, Sigvald   Jeu 6 Sep - 22:51

Le vent souffle, en cette nuit sinistre de mars. Dans deux jours, je serai à Lorgol pour le couronnement, prisonnière sous la chape épaisse de la neige d'hiver, mais ce soir, je suis chez moi – non pas à la Tour de la Confrérie, dans la capitale, mais bel et bien dans mon foyer : les ruines du palais ancestral de ma lignée, à Shivering Soul, au centre même du duché de Nightingale. Ce soir, ce n'est pas en Oracle de la Confrérie Noire que je me présente – j'ai laissé mes cuirs d'assassin et ma lame rituelle dans mes coffres, à la Tour. Je suis là en tant que duchesse de Nightingale, dans mes robes de velours sombre, mes cheveux voilés sous une mousseline noire qui dérobe mes traits, maintenue en place par ma couronne ducale à huit fleurons. Ma longue cape qui m'enveloppe toute entière, aussi ténébreuse que les ombres qui m'entourent, est fermée par une attache d'argent représentant le rossignol chantant de mes armes, et je suis seule dans les ruines – seul Arius m'accompagne, planant dans le vent vif qui s'engouffre en bourrasques parmi les pierres effondrés et les murs écroulés, ses plumes de jais se fondant parfaitement dans la nuit.

Le vent souffle et je voudrais pouvoir m'envoler. Mais toute magicienne que je sois, je ne suis tout de même pas un oiseau, et je dois me contenter de suivre Arius en pensée, alors que je me dirige à pas lents et solennels vers la nécropole royale. Royale oui – car c'est le sang des rois et des reines de Nightingale qui coule dans mes veines, pulsant à chaque pas au rythme de la Rage qui me consume, ce sang des empereurs-mages de Nightingale avant que la première Reine ne vienne se les adjoindre pour sauver leurs royaumes respectifs. Le sang des Premiers Magiciens, le sang des bâtisseurs de Dragonvale – le sang vibrant de magie et de merveilles de ceux qui jadis régnèrent sur ces contrées aujourd'hui désolées.

J'ai du mal, parfois, à savoir qui je suis.

J'ai la sensation d'avoir déjà vécu plusieurs vies.

Je suis la duchesse couronnée de Nightingale, Svanhilde aux cheveux d'or, comtesse de la Marche des Dragons, protectrice de Dragonvale... et dernière de mon nom. Je suis l'Oracle de la Confrérie Noire, championne de la liberté, héraut de l'Apocalypse aux ailes souillées par le sang des innocents. Je suis également l'Archimage de Nightingale, magicienne et enchanteresse, vibrante égérie de ce que l'esprit a de plus beau et de plus puissant, mais tellement inapte et inexpérimentée que je ne pourrai jamais, sûrement, me réfugier dans les hautes tours de l'Académie que j'ai fuie un jour, il y a déjà quelques temps.

Je ne sais pas qui je suis.

Je ne sais pas, non plus, qui je veux être vraiment.

Alors, je descends, pas à pas, dans la crypte où mes ancêtre reposent pour l'éternité. De plus en bas, au fil des années – là bas, si profond que les bruits du dehors ne filtrent pas, le corps éteint de ma mère dort d'un dernier sommeil aux côtés de mon père assassiné. Un instant, je m'arrête près des lourds sarcophages de pierre qui les enferment, pose la main sur leur surface froide, me recueillant et évoquant les derniers souvenirs que j'ai d'eux. Mais je ne suis pas venue les voir. C'est vers une autre sépulture que me guident mes pas. Dans le noir absolu, je la trouve à tâtons – dans cette pièce creusée à la mort de mon père, ils ne sont que trois à reposer, et je la trouve aisément. J'y plaque mes deux mains, m'allonge sur son rebord, le dos contre la pierre froide, contemplant les ténèbres comme si je pouvais les épouser. Et doucement mes larmes arrivent – la Rage du Sang qui brûle en moi exacerbe ma détresse, et mon chagrin devient réel en ces lieux de recueillement.

Sous le marbre sculpté, Sigvald repose endormi.

Je ne pourrai jamais le réveiller.

Je voudrais tellement pouvoir partager son éternité.

Baignée par mes larmes amères, la pierre semble pulser sous mes doigts glacés. Loin, très loin au-dessus de moi, Arius plane dans les bourrasques qui se font ce soir l'écho de mon âme en peine, et par ses yeux je peux voir les étoiles qui scintillent au firmament, myriades d'âmes envolées qui nous contemplent depuis leur immensité. Mon frère est-il devenu l'une d'elles, me voit-il le pleurer, sait-il que je le vengerai ? Pensivement, d'une main, j'effleure mon abdomen sous l'épaisseur de ma robe. La cicatrice qui s'y trouve, souvenir de ma fuite le soir du Solstice, est un vivant rappel de ce que j'ai perdu ce soir-là.

Ma vie a perdu ses couleurs.

Peut-on vivre encore lorsque l'on est déjà morte à l'intérieur ?

Je lui parle. Dans le secret de mon cœur, d'ordinaire, mais ce soir sur sa tombe, je laisse les mots franchir mes lèvres. Comme s'il pouvait me répondre – comme si j'allais sentir son bras autour de mes épaules, son souffle sur ma joue, ses lèvres sur les miennes. Comme si sa voix allait s'élever des ombres et me consoler, dans ma détresse endeuillée. « Sigvald. Je ne sais pas où tu es, je ne sais pas si tu m'entends. Tu me manques, mon frère – tu me manques, tellement. Je ressens ton absence – à chaque pas que je fais, à chaque inspiration que je prends. Je ne peux oublier cette nuit, la veille du Solstice, ces merveilleux moments où j'ai compris combien je t'aime – Sigvald, l'avenir m'effraie, rien ne sera plus comme avant... » Ma voix s'éraille et se brise. Je ne suis plus qu'une poupée désenchantée qui pleure des larmes de sang.

Il me manque. Affreusement.

Je ne peux supporter qu'il m'ait quittée vraiment.

Il m'avait juré qu'il serait toujours là. Qu'il veillerait sur moi. Je me souviens, de tout : nos rires d'enfance, nos années d'adolescence, l'embrasement de notre vie d'adulte. Cette affection profonde, irrévocable, qui nous a liés l'un à l'autre bien plus sûrement que n'importe quel mariage – j'étais à lui, uniquement, de tout mon corps, de toute mon âme : il était le maître de mon être, et le sera à jamais. Je ne pourrai jamais plus me livrer aussi sincèrement à aucun, tant je l'ai aimé lui – tant il emplit encore chaque instant de son absence, tant je ne respire plus que pour le venger. On m'a ôté l'homme que j'aime. Il m'avait juré qu'il serait toujours là, solennellement.

Il a brisé son serment.

Mais nous ne serons pas les derniers de notre sang.

« Je porte ton enfant. »

Et le vent souffle, inlassablement, sur le palais en ruines des Rossignols d'Argent, et sur leur héritière brisée aux espoirs massacrés, tandis qu'un cygne aussi noir que le jais vole, là-haut, tout là-haut au plus près des étoiles, traçant dans l'infini le symbole même de la liberté.

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MessageSujet: Re: Toi, Sigvald   Dim 14 Oct - 14:07

    Je me trouve derrière elle, à quelques pas. Elle, ma soeur, Svanhilde, la seule vie qu'il me reste encore. Je pourrais presque carresser sa chevelure dorée en tendant le bras, mais je n'ose pas. J'ai peur de constater encore une fois l'irréparable vérité. Celle qui m'a emportée, celle qui me ronge encore, dans mon âme immortelle.
    Je n'étais pas assez fort. J'ai échoué.

    Elle me pleure, et ses larmes sont autant de poignards qui me percent encore le coeur.
    J'ai causé sa douleur, et c'est une chose que je ne peux me pardonner. Peut-être est-ce pour cela que je suis damné, subissant le spectacle déchirant que j'ai causé. Je ne sais pas comment je suis arrivé là, je ne sais pas vraiment si je veux partir, si je le peux.
    Le lien qui m'unit à Svanhilde est-il si fort qu'elle me retient à ses côtés après ma disparition, sous cette forme fantômatique ? Sous cette forme inutile ?
    Je fixa ma main, qui reflète les contours de ma stèle.

    Je n'ai jamais voulu l'abandonner, même si je sais qu'elle doit le ressentir ainsi.
    Elle parle... Oui, parle, mon amour, je t'écoute. Le son de sa voix m'est à la fois insupportable et doucement reposant. Je n'arrive pas à croire qu'elle puisse m'élever ainsi, alors que je l'ai trahi. Elle devrait me haïr, autant que je me déteste, de lui avoir assuré une position si incertaine. J'aurais du être celui qui la protégeait.

      - Svan... Je suis là... Murmure inaudible, qui ne fait aucun écho dans la crypte. Svan...


    Elle ne m'entend pas. Ne suis-je plus qu'un souvenir ? M'oubliera-t-elle ? Se consolera-t-elle dans d'autres bras ? Je serre mes poings, dans le vide, envahi par une colère sourde.
    J'ai failli à ma tâche, mais dans les limbes de ma conscience, j'ai appris une chose essentielle, cette certitude qui fait tourner mon monde : notre amour était légitime. Il n'y avait rien de plus pur, de plus beau, de plus vrai. Je n'aurais jamais du en douter. Svanhilde et Sigvald, Sigvald et Svanhilde. Nightingales. Et dans mon état, je comprends que nous étions destinés, que rien n'était en réalité plus évident que nous.
    Nous devions servir l'éternité, et j'ai tout gâché, par ma distraction.

      - Je ne peux pas supporter ça... Svanhilde ! Lui criais-je en m'avançant, trop subtil pour être perçu par des sens humains. Trop faible encore pour m'imposer sur la terre d'Arven, près de nos ancêtres. Mais Svanhilde n'est pas n'importe quelle femme, et la puissance de mes sentiments ont déjà défié par une fois les règles de cet univers. SVANHILDE !


    Frémit-elle ? J'ai cru deviner sur la peau blanche de sa nuque, un léger frémissement. Cette peau que j'ai si souvent désiré, ne la touchant qu'une fois avant qu'il soit trop tard. Une fois... Qui a suffit visiblement à faire naitre en mon amante un espoir.
    Sous le choc de son aveu, je reste un instant flottant.

      - SVANHILDE.


    Cette fois-ci, l'air tremble. Je sens les barrières s'écrouler. Les obstacles s'effacer. Je sais que d'autres ont réussis avant moi cet exploit, mais d'aucun n'y ont mis tant de force, de conviction, j'en suis persuadé.
    Rien ne peut nous séparer, je lui avais promis.
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MessageSujet: Re: Toi, Sigvald   Sam 20 Oct - 17:25

Le temps s'est arrêté.

Ailleurs, le balancier du Destin hésite, vacille, s'arrête.

Loin, là-haut, si haut dans le ciel d'hiver où les derniers rayons du soleil ont allumé un brasier infernal sur la frange des nuages avant le coucher de l'astre, Arius vole. Il vole, solennel et digne, planant sur les courants, majestueux et merveilleux dans sa parfaite noirceur. Il vole, libre et paisible, se jouant des remous de l'air qui tourbillonne sous ses ailes, héraut proclamé du destin qui nous attend, dans la plénitude de sa noire perfection. Il vole et, les yeux clos, je partage cette souveraine sérénité qui s'empare de lui alors qu'il dérive paresseusement bien loin au-dessus du sol. Il vole et je somnole, allongée sur la tombe de mon frère, comme si je pouvais espérer le retrouver en cédant au sommeil qui voudrait m'emporter dans ses bras, au fond de ce caveau désolé dont le froid m'entoure sans m'agresser.

Un froid puissant, un froid qui broie et fige.

Un froid si grand qu'il en arrête le cours même du temps.

Un froid intense, complice et caressant, un froid amoureux presque, qui me transit sans pour autant me dérober ma chaleur. Oh Sigvald – il est là, le souvenir de ta peau de glace contre la mienne, cette peau froide sous laquelle je pouvais sentir pulser une passion telle qu'elle nous a emportés bien loin dans son sillage, toi et moi. Je me souviens, et je voudrais pouvoir oublier, tant la flamme qui couvait en toi me manque. Je me réchauffais à ton contact – tu étais le sombre hiver fier et froid, mais tu étais aussi le feu qui flambe sous la glace, une ardente étincelle qui  illuminait la nuit perpétuelle dans laquelle nous vivions.

Je t'ai perdu.

Et je pleure.

Je pleure encore, je pleure sans larmes, je pleure un fleuve de sang qui brûle et ravage, un torrent écarlate qui me tue un peu plus chaque jour, je pleure ton absence, je pleure ton départ absurde, je pleure ton manque et ma détresse, je pleure ma peine et mon angoisse – je pleure ma solitude, je pleure la nuit silencieuse et amère, je pleure tes bras dans lesquels je ne peux plus me réfugier. Je pleure pour moi, je pleure pour la duchesse de Nightingale abandonnée devant un destin bien trop grand pour elle, je pleure pour la petite déesse blonde qui riait aux éclats et croyait en la vie, je pleure pour mes idéaux massacrés. Je pleure et j'ai peur, ô Sigvald, tellement peur pour Arven étouffée qui succombe, lentement asphyxiée – j'ai peur pour notre enfant, j'ai tellement peur Sigvald, tellement peur qu'il naisse dans un monde dévasté par la haine et la guerre. J'ai peur de la folie qui guette sous mes pas, j'ai peur de cet être qui va grandir en moi, frémir bientôt et bouleverser ma vie au-delà de tout retour possible. J'ai peur, et je pleure, grand frère – je pleure car tu n'es plus là et que c'était toi qui repoussait ma peur. J'ai peur, et je pleure, mon amour – je pleure parce que je suis seule et que les démons me semblent si noirs, si grands soudain, dans ces ténèbres qui pourtant m'ont vue naître et que je croyais pouvoir dominer.

Cette vie m'épuise.

Je n'en veux plus.

Je ne veux pas, je ne veux plus, vivre sans toi. C'est trop dur, je ne peux pas, je ne peux plus. C'est un nouveau coup, une épreuve de plus – une épreuve de trop. Je ne veux pas, je ne veux plus – j'ai trop donné, j'ai tout perdu. Pour ma cause, pour ma mission, j'ai sacrifié ma vie, j'ai sacrifié mon nom, et je ne sais plus pourquoi je me bats. A quoi bon vivre encore, si c'est vivre sans toi ? Tu étais ma lumière et ma raison. Je suis fatiguée, grand frère – épuisée par ces années, épuisée par ce que l'on attend de moi. Et la Rage du Sang qui pulse en moi, deuxième cœur qui bat au rythme du mien, distillant son poison dévorant dans mes veines, embrasant chaque fibre de mon être à chaque inspiration que je prends, rongeant mon être bout à bout, sournoisement, jusqu'à m'avoir dévorée toute entière. Ô Sigvald – viens me chercher. Ne tarde pas, ne tarde plus – bientôt il sera trop tard,et je ne serai plus qu'une coquille vide habitée seulement par la vengeance, le sang, et la mort.

Je veux rester l'enfant blonde qui riait aux éclats.

Je veux rester la femme que tu aimais en moi.

Et ils sont là, tous, à s'arracher les vestiges de mon âme – notre Sombre Mère et ses désirs de justice, Enguerrand et la Confrérie, Liam et les rebelles, les yeux clairs de Lisbeth qui m'agressent et me jugent, Castiel et les profondeurs insondables de ses iris sombres, si sombres ô Sigvald, qu'ils menacent parfois de m'avaler toute entière. Ils sont là, tels les vautours autour de leur proie, et moi je ne veux pas me battre – je ne veux plus. Qu'ils se disputent à l'envi les restes de la reine de Nightingale et les débris de sa couronne fracassée – je n'ai plus la force de lutter seule pour les ruines d'une grandeur envolée. Comment leur expliquer, Sigvald ? Qu'ils se battent pour une coquille vide, et que mon être s'est envolé bien loin de leur portée, comment leur expliquer que notre enfant est tout ce qui me retient encore de te rejoindre, tant ton manque me pèse ?

Je ne suis qu'un fantôme oublié, dernier écho des vestiges du passé.

Je suis la marionnette de la Fatalité, brisée, agonisante. Crucifiée.

J'ai peur, Sigvald – peur de cette vie sans toi, peur car je suis jeune encore et j'aurais eu tellement besoin de ta présence pour affronter l'angoisse et le désespoir. J'ai peur et je tombe, de plus en plus vite, de plus en plus bas – je tombe, dans une chute folle et inexorable qui ne cessera que lorsque j'embrasserai le sol enfin, dans un dernier baiser au goût absolu d'éternité. Je tombe et c'est la nuit qui m'attend, là en bas – la nuit tant attendue puisque je ne peux plus me réfugier dans tes bras. Ô mon frère, toi que j'aime, viens me chercher. Vois les larmes qui coulent sur mes joues, vois mon sang qui s'enflamme dans mes veines – je suis cassée, et l'on ne peut plus me réparer. Tu étais le seul à détenir la clé du délicat mécanisme dans mon cœur, celui qui fait si mal depuis qu'il s'est enrayé – je ne suis qu'une horloge grippée qui ne peut plus compter le temps correctement, je suis un engrenage choqué par le grain de sable insoutenable qui s'est logé en son sein et qui le dévore lentement de l'intérieur.

Un instant, j'imagine te voir.

Est-ce ta voix qui murmure dans l'obscurité ?

Loin, très loin là-haut, Arius chante. Il chante et j'en frémis, car le chant du cygne noir ne peut annoncer que la mort, et que la mort m'est douce à l'oreille. Il chante et je frissonne, alors que sa mélodie m'emplit toute entière, intime et familière, car c'est moi qu'il chante – mes doutes affreux, mes espoirs massacrés, et le noir désenchantement qui m'a fanée avant l'heure. Il chante et je n'ai plus peur – le vent soudain me frôle, caressant doucement ma peau brûlante sous l'effet de la fièvre qui me dévore, et relevant les paupières je ne m'étonne pas de te voir, ô mon amour – tu es là, et dans la clarté de tes iris aux reflets de glacier, je lis un sentiment si puissant que mon cœur s'envole soudain rejoindre Arius et ses arabesques gracieuses sous les nuages. Tu es là, ô mon frère – tu es là et j'en pleure, étonnée de trouver des larmes encore quand je pensais n'en plus avoir. Étonnée de sentir s'émouvoir ce cœur que je pensais desséché d'avoir trop aimé. Tu es là et une chaleur inhabituelle m'envahit, une chaleur qui ne brûle pas cette fois, une chaleur douce, caressante, subtile, qui ne laisse pas que des cendres derrière elle, mais qui m'apaise et m'environne, comme si tu me prenais dans tes bras. Doucement, je me lève, face à toi. Tu es là et je ne m'en étonne pas – tu as fini par m'entendre, tu as fini par venir. Je t'ai attendu, et ça fait si longtemps – loin, très loin d'ici, la navette du tisserand repart sur le grand métier du temps, et le destin se remet à tisser les fils de nos âmes inextricablement liées. Tu es là, et je te tends les bras.

« Emmène-moi. »

Ne vois-tu pas que je n'attends plus que toi ?

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Dernière édition par Svanhilde Nightingale le Dim 30 Déc - 9:21, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Toi, Sigvald   Ven 2 Nov - 9:40

    Que m'a apporté d'être toujours droit, toujours juste ? Une part de moi, plus sombre, écho à la rage de ma Svanhilde, se révolte. Je ne veux plus être le frère perdu, l'amant assassiné. Je me refuse à ce destin terne, ce chemin dans lequel ma naiveté m'a emporté. Me fallait-il mourir pour comprendre comment j'aurais du vivre ? Castiel n'était un obstacle que parce que j'étais trop sensible pour le laisser l'être... Toujours, je me suis effacé, j'ai laissé aux autres prendre les lauriers qui me revenaient, j'ai bridé mes désirs, j'ai tu mes souffrances, j'ai subis, j'ai enduré... Je méritais sans doute de périr en victime, pour avoir vécu comme tel.
    Svanhilde pleure, mais mes yeux, à moi, sont secs pour toujours. Mes larmes s'évanouiraient dans la brume, comme de la poussière inutile, insignifiante. Celles de Svanhilde, au contraire, sont des perles précieuses, gaspillées, des morceaux de son âme qui se déchire doucement par ma faute... Puis-je réparer ce mal ? A-t-elle été affectée par mon départ plus que de raison ? Je crains que rien ne puisse jamais la rendre à elle-même. Pourra-t-elle redevenir Svanhilde, désormais ?

    Mes yeux glissent vers sa gorge blanche, et les replis de sa robe qui couvre un plus grand trésor. Et si Svanhilde et moi ne pouvons plus être sauvés, trop brisés, qu'en est-il de notre enfant ? Il y a encore tout à faire pour que ce petit être n'ait pas à endurer nos erreurs. Je dois reprendre mes actions, différemment, je dois retrouver le pouvoir de changer Arven, pour offrir à mon fils le trône que je me suis toujours interdit. Pour qu'il n'ait jamais comme moi à être témoin de l'agonie de sa mère, et de la faiblesse de son père.
    Je n'ai pas été aussi surpris que j'aurais du l'être, quand Svanhilde a annoncé sa condition à ma stèle... J'ai senti, dès le moment où je suis apparut en ces lieux, qu'une force infime, merveilleuse, se développait dans son corps. Notre fils porte en lui deux sangs qui, unis, lui feront atteindre les sommets.
    Mais avant cela, il aura besoin de guides, il aura besoin de protection, d'amour... De ses parents.

    L'emmener ?
    Ses paroles me blessent. Cette supplique, qui me fend le coeur, elle sait que je ne peux y accéder. Impossible, trop tôt... Mais je trouverais un moyen de lui revenir.
    Pas l'inverse, non.
    Elle ne peut venir, là où je suis. Ou alors, tout serait fini.
    Elle ne le voit pas, noyée dans son chagrin, mais il reste encore de l'espoir. Elle est l'espoir. De notre peuple, d'Arven, mais aussi de notre enfant, de nous.

      - Patience... Soufflais-je, avec la même douceur que dix ans auparavant, quand son impulsivité la faisait aller trop vite, trop dangereusement.


    Rien n'a changé, je suis toujours Sigvald, celui qui tempère, qui apaise la tempête qui gronde dans les pensées passionnées de Svanhilde. Et elle est toujours celle qui, dans mon calme glacial, trouve la faille qui brise la glace, et y déclenche des feux dévastateurs.
    Je me rapproche, au risque de me bruler encore, essayant de poser sur elle un regard déterminé, convaincant.
    Mes doigts s'avancent vers ses boucles d'or, et caressent le vide, qui, comme un vase communiquant, compresse celui de mon coeur, noué de tristesse.
    Mais mes paumes, chérissant ce souvenir, éprouvent encore la chaleur de ce contact, vestige d'une nuit si courte et ardente. J'aurais du la serrer plus fort, l'aimer encore, tant que je le pouvais. Je croyais tant à un fantastique commencement, quand il ne s'agissait que du début de la chute mortelle.
    Que lui dire ? Je suis un homme d'action, non de mots, et aucun ne me semble approprié, pour la soulager. Je ne dois pas lui faire de nouvelles promesses, et pourtant...
    C'est la seule chose que je puisse lui donner pour l'instant.

      - Je suis là... Berceuse sans consistance, puisque je ne suis plus de chair. Mais ne sommes-nous pas liés par des liens plus ténus ? Ferme les yeux... Le sens-tu ? Pour toujours.


    Je touche presque ses lèvres... Presque, seulement.
    Ne serais-ce pas plus facile d'être séparé de sa vue ? Etre si proches, en étant si loins, me provoque une douleur que la mort ne peut comparer. Ces limites, que je m'imposais auparavant, invisibles, ont maintenant une réalité qu'il m'est impossible de supporter.
    Mais notre Amour n'est pas mort. Il est le fil indestructrible qui nous tient encore.
    Alors qu'importe ces difficultés, à côté de cela ?
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