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 A couvert !

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MessageSujet: A couvert !   Ven 15 Fév - 4:45




15 septembre 802
A couvert !
Pour vivre heureux, vivons cachés
  • Nom des participants : Mélisande & Melsant de Séverac
  • Statut du sujet : Privé
  • Date : 15 septembre 802
  • Moment de la journée & météo : Nuit, Orage
  • Saison 2, chapitre 1




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MessageSujet: Re: A couvert !   Ven 15 Fév - 5:07

    Incapable de s'endormir, Melsant leva la tête vers la voûte céleste, qu'il pouvait apercevoir à travers les ruines de l'ancien palais d'Augustus.
    Une quinzaine de jours s'étaient écoulés depuis le mariage de Louis et Lisbeth, durant lequel il avait retrouver sa soeur Mélisande, enfermée pendant trop longtemps dans les goëles. Tout avait changé, lorsqu'ils étaient remontés à l'air libre... Le combat avait fait rage, tout avait été détruit ou presque. Des cadavres trainaient un peu partout, le sang et la fumée emplissaient l'atmosphère. Le Séverac était resté loin des Arveniens qui se remettaient doucement du carnage, pour épargner sa cadette, et ne pas l'exposer à un danger toujours latent.
    Ainsi, il l'avait conduite dans une suite du palais désormais inhabitée, puisque les murs s'étaient écroulés sur eux même, emportant avec eux un morceau du toit. Là, ils seraient à l'abri des fouilles, du moins pendant la nuit - heureusement, celle-ci était encore douce à cette époque.

    Le guerrier reposa son regard sur Mélisande endormie à ses côtés, dont la respiration saccadée présageait surement des cauchemars dont il n'aurait pas voulu partager la nature, sauf s'il avait pu l'aider par cette implication. Depuis les dramatiques évènements, il avait remarqué qu'elle avait souvent le regard alerte, l'air méfiant, comme si elle entendait quelque chose que lui-même ne pouvait entendre.
    Cette conduite l'inquiétait plus qu'elle ne l'apeurait réellement.
    Il n'avait jamais voulu croire vraiment que la demoiselle ait pu devenir folle, mais force lui était de constater que son état n'était pas toujours très sain... Ses réactions étaient violences, incohérentes parfois, et il ne savait pas comment y réagir, pour l'apaiser.
    Il faisait pourtant de son mieux, et son monde entier, écroulé, s'était maintenant rebâti autour d'elle. Chaque chose qu'il faisait, il le faisait dans l'unique but qu'elle aille mieux.
    Quand elle se serait remise, ils partiraient à la quête de leurs autres parents.

    Parfois, Melsant sortait, camoufflé, et cherchaient des yeux Mélusine, qui était plus ou moins déclarée morte, par les rumeurs qui circulaient chez les survivants... Mais il avait ouï dire que lui aussi, ce qui le rassurait, et lui donnait l'espoir d'une bonne nouvelle concernant le reste de sa tribue familiale.
    En effet, Tristan Sombreval avait définitivement péri, sans doute, en ce triste jour qui aurait du être l'union de deux êtres qui s'aimaient. Melsant, lui, était réapparut, de derrière son costume, se faisant extrèmement discret pour ne pas éveiller les soupçons, de peur d'un retour inattendu d'Augustus, ou de toute autre autorité menaçante.
    Mélisande n'était pas encore assez forte pour affronter une autre catastrophe, une autre condamnation... Et dans l'esprit de Melsant, elle ne le serait jamais plus. Son instinct fraternel n'avait jamais été si développé, et couvant.
    Il sursautait au moindre bruit.

    D'ailleurs, un soubressaut plus brusque que les autres le força à se retourner, pour aviser de la condition de la jeune femme qu'il aimait tendrement. Ses paupières se serraient, chassant peut-être une mauvaise vision, et il la sentait proche du réveil.
    Il devrait surement la calmer, dans les délires qu'elle subissait sans cesse.
    Le Séverac caressa doucement l'épaule de l'endormie, compatissant. Son avant bras portait encore des marques sombres de coups qu'elle lui avait donné, sous l'emprise d'une folie passagère, ou d'étreintes trop dures. Il prenait tout, essayant en vain de partager ces douleurs qu'il ne comprenait pas.
    Si seulement.

      - Ma petite Mélisande... Murmura-t-il, avec une voix qu'il n'avait jamais accordé qu'à ses précieuses jumelles, vibrante d'émotion. Ne t'en fais plus, je veille sur toi. Je te promet que jamais rien ne t'arrivera pendant ton sommeil, sous ma garde.


    Si seulement.
    Mais les démons de Mélisande étaient des fantômes contre lesquelles il n'avait aucun pouvoir, et cette constatation lui faisait plus mal encore que le reste.
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MessageSujet: Re: A couvert !   Ven 15 Fév - 10:56

    Cela faisait quinze jours que Mélisande avait été secourue par Melsant, ou du moins le pensait-elle, n’ayant guère la notion du temps depuis qu’elle avait été incarcérée. Elle était épuisée, après des mois de sommeil perturbé, mais elle n’arrivait pas pour autant à se reposer. Melsant l’avait protégée, surprotégée surement, lui épargnant tout ce qui se passait dehors en l’amenant des geôles à un endroit du palais qu’elle ne reconnaissait pas, détruit par la chute de Dragonvale – comme il le lui avait expliqué. Elle savait qu’il partait dans la journée, alors qu’il lui enjoignait de se reposer, de ne pas s’épuiser inutilement, et surtout de ne pas sortir. Elle lui avait obéi jusqu’à présent, passant son temps à dormir. Cette journée n’avait pas été une exception, mais dormir ne lui avait fait aucun bien, c’est pourquoi elle s’était allongée en même temps que Melsant, qui lui devait avoir eu une journée chargée. Il ne lui confiait pas ce qu’il faisait, et elle ne le demandait pas. Elle cherchait à se reconstruire, à trouver ce qu’elle allait faire de sa vie, à surmonter ses traumatismes, sans pour autant y arriver.

    Elle les avait laissés guider sa vie, durant son emprisonnement, et elle n’arrivait pas à surmonter le dégoût qu’elle ressentait à l’égard d’elle même, la peur qu’elle avait d’Augustus – dont elle ne savait pas ce qu’il était devenu et n’osait pas questionner Melsant de peur d’exacerber les craintes qu’elle en avait, la haine profonde qu’elle ressentait à son sujet. Plus que tout, elle n’osait pas demander à Melsant ces substances auxquelles elle s’était habituée, qui la soulageait et l’éloignait de tout cela. Comment la considérerait-il, elle, s’il savait qu’elle cédait à cela, qu’elle se détruisait ainsi ? Car bien qu’elle n’en ait jamais été consciente, elle ne faisait rien d’autre que de se détruire avec les nombreuses drogues qu’elle consommait. Pour elle, elles ne lui servaient qu’à fuir la cruelle réalité pour entrer dans une réalité déformée nettement plus agréable.

    Elle avait cherché le sommeil, en vain d’abord, entrant dans un état second qu’elle ne comprenait pas. Ou qu’elle comprenait plutôt très bien, étant très similaire à la réalité dans laquelle elle s’enfermait quand elle se droguait, mais étant douloureuse et désagréable. Elle entendait des voix dans sa tête, des voix dont elle ne connaissait pas la provenance, des voix qui l’effrayait. Elle luttait, intérieurement, contre elles, pour les chasser, ne pas les écouter. Pourquoi, Ô pourquoi, ne la laissait-on pas en paix ? Elle ne réalisait pas, profondément engagée dans sa transe, qu’elle se débattait aussi physiquement, haletant, criant un peu. Elle finit toutefois par trouver le sommeil assez rapidement, ignorant ces voix malsaines qui l’effrayaient. Elle crut trouver la tranquillité, mais c’était sans compter son subconscient qui ne pouvait pas la laisser en paix.

    Ce qu’elle avait pris pour un rêve, se voyant sagement assise sur un banc à Séverac en voyant ses frères et sœur se poursuivre dans le jardin, devint rapidement bien plus sombre. Elle cria fortement, en réalisant qu’il s’agissait du jour où Waldemar leur avait été dérobé. Elle serra des poings, serra des dents, sachant où cela la mènerait. Le temps accélérait. Elle n’était plus à l’extérieur, elle se dirigeait vers sa chambre. Grave erreur. Son subconscient lui disait de fuir, de prendre une autre direction, de ne pas y entrer, mais elle n’était qu’une spectatrice contrainte de cette scène qu’elle avait vécue une fois, et revécue des milliers de fois depuis. Elle frissonnait, les larmes s’étaient mises à couler, la peur prenait possession d’elle. Elle serra fermement ses dents, en voyant Augustus entrer. Elle ne crierait pas. Elle ne devait alerter personne, auquel cas il s’en prendrait à eux. Elle le savait, elle l’avait déjà vécu. Elle se débattit, sachant qu’elle n’aurait pas le dessus, tout en se sentant s’éloigner. Se pouvait-il qu’on lui fasse grâce, qu’on supprime ce moment de sa vie ? Elle s’agita plus fortement, au moment où elle revivait la fin de ce souvenir douloureux, ou Augustus prenait pleinement possession d’elle, la laissant souillée et dégoutée, malade, et elle se réveilla soudain, retournant à la réalité, pleurant à chaudes larmes. Elle ouvrit doucement les yeux, apeurée, effrayée, sentant une main sur son épaule à laquelle elle ne s’attendait pas. Elle eut un mouvement de recul, avant de reconnaître son frère. Elle se jeta dans ses bras, involontairement, inconsciemment. Comment avait-elle pu avoir peur de lui ? Il veillait sur elle, inconditionnellement, supporter les coups involontaires qu’elle lui donnait, la protégeant, essayant de la réconforter… Et elle laissait ses démons prendre le dessus, le rendre menaçant à ses yeux, alors qu’il était le seul sur qui elle pouvait compter. Sur qui elle pourrait jamais compter.


Dernière édition par Mélisande de Séverac le Lun 11 Mar - 6:25, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: A couvert !   Ven 15 Fév - 14:20

    Melsant ne s'était pas trompé : il arrivait désormais à percevoir dans un tremblement les tensions qui habitaient sa soeur, ou la hantaient plutôt. Il les partageaient ainsi, à sa manière, depuis leurs origines, jusqu'à leur dénouement, parfois douloureux. Le Séverac, quelle que soit sa peur devant les pulsions de Mélisande, ne s'écartaient jamais de ses étreintes, même si elles lacéraient au passage sa peau, dans leur violence.
    Il l'accueillit donc une nouvelle fois dans ses bras, ruisselante de larmes, sans frémir ni de surprise, ni d'appréhension. Son mouvement de recul à sa caresse l'avait blessé, comme à chaque fois, mais il n'en montra rien - son affection était inébranlable, quel que soit son degré de réciprocité.

    En effet, si Melsant n'avait jamais porté les femmes en très haute estime, les relayant aux tâches ménagères et à d'autres plaisirs donnés et reçus, ses soeurs avaient toujours revêtues un caractère sacré, unique, impossible à égaler. A elles, il aurait offert le trône de Sombreciel, et pour qu'elles ne s'abaissent pas à des travaux ingrats, il aurait tué cent maris, avant de leur en trouver un digne d'elles.
    Une partie de lui les voulait épouses, mères, épanouies, nobles et belles dames de Séverac, alors qu'une autre se défendait d'imaginer cette perspective, qui les éloignerait plus encore de lui. Il ne pouvait concevoir qu'un homme puisse les toucher, et encore moins les asservir.

      - La petite biche est aux abois... Dans le bois, se cache le loup, Ouh, ouh, ouh ouh ! Chantonna doucement le jeune homme, repenant une berceuse que leur mère leur chantait lorsqu'ils étaient encore enfants. Mais le brave chevalier passa. Il prit la biche dans ses bras. La, la, la, la, poursuivit-il, d'une voix un peu enraillée par le sommeil. La petite biche, Ce sera toi, si tu veux. Le loup, on s'en fiche. Contre lui, nous serons deux.


    Il aurait tué quiconque aurait été témoin d'un tel moment d'égarement... Il fallait vraiment que ce soit Mélisande, pour qu'il ose fredonner un air aussi ridicule, dans un espoir fou de l'atteindre entre ses cauchemars. Il soupira de plaisir, et d'une profonde lassitude, en caressant les cheveux ébènes de sa cadette.
    Petite, elle semblait certes plus tranquille que sa jumelle, mais elle avait été une gamine assez enjouée. Melsant se souvenait de leurs jeux... Il se souvenait parfaitement de son rire cristallin, qu'il aimait à provoquer de dix milles différentes façons, et qu'il n'entendait plus désormais.
    Que s'était-il passé ? Il ne lui avait pas posé la question, depuis qu'il l'avait sorti des décombres du palais... La réponse le glaçait d'effroi, d'avance. Il n'était pas sûr de voir savoir, et de risquer d'en être pour toujours affecté. Et il culpabilisait de son égoïsme, en essayant d'y palier, de compenser, comme il pouvait, avec de plus faibles moyens.

      - Tiens, au fait, j'ai oublié ! S'exclama soudain, sans élever le ton, Melsant, en fouillant dans sa poche. Je t'ai ramené un ruban.


    Il sortit de sa cuirasse souple un long bout de tissu luisant, dont la douceur se devinait au reflet qu'il prenait sous les quelques rayons d'étoiles. Dans ses périples journaliers, le guerrier avait pris le temps de s'attarder dans une échoppe de tissu encore plus ou moins tenue sur pieds, et il avait passé quelques minutes à comparer les coloris, pour choisir celui qui se rapprochait le plus de la couleur favorite de Mélisande.
    Il la connaissait bien, pour l'avoir vu des dizaines de fois en affubler Joséphine, pour avoir lui même détaché ces décorations de la jeune servante, lors de leurs rapprochements.

      - Veux-tu que je te le noues ? Demanda-t-il timidement, ne voulant pas la brusquer ni l'offusquer. Ces parures simples te vont si bien, elle réhaussent ta beauté ! Déclara-t-il en poursuivant cette fois avec une ferme conviction, plus affirmée car intimement sincère.


    Melsant n'était pas expert en compliment, et avait souvent une manière de les formuler qui les rendaient douteux. Mais son expression, quand il les énonçait, ne pouvait être plus claire : personne n'était dupe, quand il se forçait. Là, ce n'était pas le cas.
    Et il eut envie de rajouter que le bonheur qu'elle irradiait auparavant transcendait plus encore l'éclat de son visage, que tous les bijoux qu'il pourrait lui accrocher... Il se retint, avec une respectueuse distance envers la maladie qui la rongeait désormais.
    L'oublier et la faire disparaitre totalement, c'était son souhait le plus cher et le plus pressant.
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MessageSujet: Re: A couvert !   Sam 16 Fév - 8:40

    Petit à petit, Mélisande s’apaisait dans les bras de Melsant. Elle s’en voulait, d’avoir pris peur quand elle avait senti sa main sur son épaule, mais encore plus de céder ainsi à son besoin d’être rassurée, d’être protégée. Elle aurait du être forte, vaincre ses angoisses, pour lui, pour elle, pour leur famille. Elle avait fait ce qu’elle savait devoir faire, et elle ne devait pas laisser cela prendre le dessus sur ses émotions, sur sa santé mentale. Mais elle n’y arrivait pas. Elle n’y était pas arrivée durant les mois qui venaient de passer, et elle y arrivait encore moins maintenant que Melsant se montrait si doux et attentionné envers elle. Qu’avait-elle fait, pour mériter tant d’amour de la part de son frère, tant de gentillesse ? Quoi qu’elle puisse faire, quoi qu’elle ait pu faire, bien qu’elle ne s’en souvienne pas toujours, il restait là. Elle savait qu’elle l’avait blessé, physiquement, même si la façon dont l’avait fait été nébuleuse pour elle, et elle se haïssait de cela.

    Elle sourit, attendrie, quand il se mit à chanter. Son physique, son caractère, tout cela dénotait tellement de cette chanson qu’il lui chantait, que chacun d’entre eux connaissait car leur mère la leur chantait. Ca n’en était que plus touchant, aux yeux de Mélisande, qu’il essaye de la tranquilliser ainsi. Bercée de cette façon, dans les bras réconfortants de son frère, elle sentait le sommeil la regagner, mais elle était bien trop effrayée pour y plonger à nouveau. Elle avait joint sa voix à celle de son frère, appréciant la complicité qui les unissait, même s’il y avait beaucoup de non-dits entre eux. Ils s’aimaient, et jamais cela ne leur serait enlevé, peu importe tout ce qui pouvait leur arriver.

    Elle relevait la tête, en entendant ses propos. Il avait oublié quelque chose ? L’aurait-elle trop accaparé, avec ses craintes futiles, ses cauchemars, ses hantises, au point qu’il ait oublié quelque chose d’important ? La tristesse réapparut sur son visage, et elle pria pour qu’il ne la voie pas, étant donné qu’elle était serrée contre lui, mais il était plus grand qu’elle, et s’il baissait la tête, il ne pourrait pas manquer de la remarquer. Elle s’efforça de sourire à nouveau, comme elle l’avait fait quelques minutes auparavant en l’entendant chanter, mais le résultat ne devait guère être convaincant. La suite de ses paroles ramena toutefois un vrai sourire, sincère, chaleureux, sur son visage. Elle savait l’attachement qui les liait tous les deux, mais elle savait aussi qu’il ne s’occupait pas en généra l de choisir les fanfreluches que les femmes portaient.

    Elle était touchée qu’il ait pensée à elle ainsi, lui ramenant ce magnifique ruban d’une nuance de bleu magnifique. Elle s’apprêtait à le remercier, mais elle fut arrêtée par les propos qu’il tint ensuite. Elle s’en voulut, mais ne put contrôler un frémissement, un frisson de peur. La surprise, aussi adorable était-elle, tournait au cauchemar. Elle savait qu’il ne pensait pas à mal, mais elle ne pouvait surpasser sa crainte. Avant le drame qui avait déchiré leur famille, elle appréciait sa beauté à sa juste valeur, elle en profitait, et la mettait même en évidence. Depuis… Depuis, elle voulait se défigurer, détruire ce visage qu’elle n’aimait que quand elle le rattachait au souvenir de Mélusine, détruire ce corps qui avait causé son malheur le plus profond.

    Elle avait plus d’une fois failli céder à ses pulsions d’autodestruction, arrêtée à chaque fois par des choses qui réclamaient son attention ailleurs, qu’elle ne pouvait délayer, mais elle ne parvenait pas à vaincre le dégoût que son corps lui inspirait. Cette fois, toutefois, elle devait le surpasser, ne serait-ce que parce que Melsant méritait sa gratitude, pour la gentillesse dont il faisait preuve. Et plus que tout, il ne pouvait pas savoir ce qu’elle ressentait, ce qu’elle avait vécu. Elle n’aurait pas supporté de savoir son affection ternie par l’acte de ce tyran qu’ils haïssaient tous. Elle lui sourit tendrement, et acquiesça à sa demande.

    « Merci, Melsant. Tu ne devrais pas te donner tant de peine. Tu es bien trop généreux avec moi, malgré… Malgré tout. »

    Malgré tout ce qu’elle lui infligeait, malgré les blessures qu’elle causait en lui.


Dernière édition par Mélisande de Séverac le Lun 11 Mar - 6:25, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: A couvert !   Dim 17 Fév - 1:31

    C'était difficile. Vraiment dur, de voir sa soeur souffrir sans comprendre pourquoi, sans avoir la moindre idée de comment la soulager. Melsant voyait bien que ses mots n'avaient pas eu l'effet escompté, même si Mélisande s'évertuait à ne rien en montrer. Il ne voyait pas où il avait pu faire un faux pas... Le poids de ce nouvel échec vint se rajouter à celui d'avoir perdu son autre jumelle, et ses épaules se voûtèrent malgré lui.
    Il n'en pouvait plus. Il se redressa, portant Mélisande face à lui, pour plonger ses prunelles dans les siennes. Il ne voyait pas grand chose, dans l'obscurité, aussi, il réduisit légèrement la distance entre eux.

      - Je ne me donne pas de la PEINE ! Méli, je suis tellement HEUREUX que nous soyions réunis ! Ne vois-tu pas ? S'infuria-t-il, en secouant légèrement la demoiselle. Il n'y a rien, rien que je ne supporterai pas venant de toi. Dis-moi qui je dois tuer, dis moi ce que je dois faire pour que tu sois vraiment là, avec moi, et pas avec ces ombres qui te retiennent encore prisonnière.


    Sa voix, d'assez violente, s'était progressivement adoucie. Il ne pouvait plus continuer à avancer à l'aveugle, au risque de se cogner encore et encore dans les obstacles que Mélisande érigeait autour d'elle pour une raison qu'il ignorait. Maintenant, cette nuit-là, sous les étoiles, témoins silencieux, était arrivé le temps de la vérité.
    Toute cette distance qu'ils avaient mis entre eux, ils devaient l'abolir.
    Il en avait besoin, pour continuer à avancer... Peut-être avait-il trop voulu l'épargner, et qu'il était temps qu'elle nomme ses démons dans l'espoir qu'ils puissent les surmonter ensemble.
    Le Séverac sentit les battements de son coeur s'accélérer anormalement, comme s'il se préparait à un coup inévitable... Tout cela l'éeffrayait bien plus que toutes les lames acérées de ses adversaires, et il ne savait pas vraiment comment il allait le parer : il était certain, en tout cas, que cette révélation frappante était inévitable. Et qu'elle changerait surement toutes ses perpectives.

      - S'il te plait, ajouta-t-il, presque suppliant - alors qu'il redoutait qu'elle réponde vraiment à ses attentes. Dis-moi ce qui s'est passé.


    Il la fixait avec intensité, comme pour lui prouver qu'il était prêt à l'écouter, qu'il l'aimerait quels que soient les atrocités qu'elle pourrait lui apprendre. Qu'il la vengerait, s'il le fallait, troquant sa propre âme contre un peu de répit pour la sienne.
    Quelles valeurs des Séverac n'avaient-ils pas déjà bafoué de toute façon ? Augustus les avait jeté dans la boue, en leur arrachant leur honneur... Il n'y avait plus rien qui ne les retienne, à part eux-même.

    Il soupira, en lachant complètement la demoiselle, baissant les yeux, honteux. Trop impulsif, il venait peut-être de réduire à néant des jours et des jours d'apprivoisement ténu. Maintenant, elle allait surement s'enfuir en refusant à jamais son aide brutale, effrayé qu'il puisse élever la voix pour réclamer un dû qu'il ne méritait pas réellement.
    Le mince ruban glissa sur le sol terne, produisant de jolis volutes bleutés, avant de choir gracieusement.
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MessageSujet: Re: A couvert !   Dim 17 Fév - 2:59

    Mélisande voyait bien qu’elle n’avait pas réussi à duper son frère, et elle se sentait incroyablement mal : le blesser était une plus grande peine que tout le reste, lui qui s’évertuait à faire en sorte qu’elle aille bien. Elle ne s’attendait toutefois pas à ce qu’il perde patience ainsi, et elle trembla de tout son être quand il la saisit fermement, quand il lui parla avec une voix si pleine de colère… non, ça n’était pas de la colère, pas envers elle du moins, mais de tristesse, d’incompréhension par tous ces non-dits, de colère oui, mais envers la distance entre eux. Et tout cela, même s’il ne l’en blâmerait jamais, Mélisande en était coupable. Elle n’arrivait pas à feindre aller bien, et elle s’en dégoutait. Comment pouvait-elle espérer réunir Waldemar et sa famille, réunifier ses frères, sœur et parents, si elle était incapable de surpasser cela ? Elle le voyait bien, elle rendait Melsant fou après deux semaines. Elle n’était définitivement bonne à rien. Elle devait fuir, repartir, lui briser le cœur mais ne pas le briser lui. Ne pas briser tout ce qu’il y avait d’équilibre en sa famille, qu’elle n’avait plus. Elle ne tolérait pas ce qu’elle faisait.

    Mais elle ne pouvait pas fuir. Elle serait perdue, si elle le faisait. Non pas géographiquement parlant, mais dans tous les autres sens possibles. Mélisande de Séverac ne serait plus, si elle s’en allait. Elle serait une étrangère, qui n’aurait plus de famille, plus d’attache, juste le poids de ses souvenirs pour la hanter. Il était même possible qu’elle ne survive pas à une blessure de plus. Et pourtant, et pourtant… Pourtant, ça aurait été la meilleure chose à faire. La plus intelligente. La seule qui pourrait préserver sa famille. La plus saine. Mais l’esprit de Méli n’était plus sain depuis bien longtemps, après tout. Elle frissonnait de peur, non pas de peur de Melsant, mais de peur des ravages que pourraient causer un éventuel aveu. Comment pouvait-elle lui infliger ça ? Elle devait le préserver de savoir sa sœur irrécupérable… n’est-ce pas ?

    La voix de Melsant avait fini par s’adoucir, par devenir une supplique, ses mots demandant ce qu’elle redoutait. Que la vérité éclate. Qu’elle lui dise ce qui la hantait, et l’empêchait d’apprécier le plus simple des gestes. Elle craignait de le lui dire, mais elle savait que si elle n’en faisait rien, la distance entre eux ne pourrait jamais être abolie… et ça causerait plus de dommages qu’une fuite quelconque. Les dommages seraient irréparables. Mais comment pouvait-elle avouer ainsi une vérité qu’elle n’arrivait même pas à accepter ? Qui la rendait encore malade, rien que d’y penser ? Qui la détruisait, chaque fois qu’elle la vivait encore et encore, dans ses cauchemars ? Mais peut-être était-ce le pont qu’elle n’avait jamais franchi, le pas qu’elle devait faire, pour se reconstruire, enfin ? Elle se mit à pleurer, d’incertitude, de peur, de peine, de dégoût, d’angoisse à l’idée de détruire son frère aussi surement qu’elle l’avait été, il y a de cela presque deux ans.

    Pouvait-elle vraiment lui infliger cela ? Pouvait-elle partager ce fardeau, si lourd, avec lui ? Pouvait-elle, une nouvelle fois, déshonorer Séverac et leur famille, à ses yeux ? Pouvait-elle teinter leur amour, si inconditionnel et pur ? Car elle n’en doutait pas, lui aussi serait dégouté par Mélisande, lui non plus ne pourrait pas la regarder dans les yeux. Il resterait à ses côtés, contraint par la loyauté dont tous les rejetons de Séverac étaient pourvus, mais elle craignait qu’il ne l’aime plus. Qu’il la haïsse, l’exècre, ne voit en elle qu’une faible femme, écœurante, qui porte en chaque parcelle de son corps les attouchements d’Augustus. Les sanglots la reprirent, plus profonds, emplis de détresse, impossibles à arrêter.

    Il la lâcha, soudainement, geste qu’elle prit pour les prémices de l’abandon qu’elle allait subir, incessamment sous peu, quand il saurait la vérité. Pouvait-elle profiter encore, abuser un peu plus de la gentillesse de ce frère qu’elle aimait et aimerait toujours tendrement ? Elle se blottit dans ses bras, comme peu de temps auparavant, pour lui faire comprendre qu’il n’avait rien à se reprocher, pour faire disparaître la honte qu’elle avait vue dans ses yeux. Après tout ce qu’elle lui avait infligé, aussi bien physiquement que moralement, il ne pouvait pas culpabiliser de s’être emporté, plus par crainte de ce qu’elle avait vécu que pour la bousculer.

    Quiconque autre que l’un de ses frères aurait agi comme ça aurait envoyé Mélisande aux enfers, l’aurait vu se replier dans une peur immense, mais elle savait que son frère ne lui voulait pas de mal, ne lui voudrait jamais de mal. Elle ne pouvait pas remettre cette affirmation en question, pas en étant lucide bien qu’hantée par ses cauchemars, même si elle avait pris peur à son réveil, n’étant pas tout à fait consciente de ce qui l’entourait. Elle ne savait pas comment le lui faire comprendre. Lui confier ses hantises était, surement, le meilleur moyen d’y parvenir. Mais c’était tellement douloureux. Elle se sentait tellement souillée, irrécupérable… Qu’aurait-elle pu faire d’autre, cependant ? Elle ne pouvait plus retarder ce moment, ce moment fatidique et douloureux, où elle deviendrait la honte de la famille. Elle prit une grande inspiration, la vue noyée par les larmes ; et prit la parole.

    « C’est… Oh, Melsant, c’est difficile. Très difficile. Je… J’ai peur. Peur de ce que vous allez penser de moi après. J’ai peur que… vous ne me rejetiez. Ce que j’ai à te dire, c’est… inacceptable. »

    Oui, il n’y avait pas d’autres mots, pour le dire. Mais Mélisande se trompait : personne ne la répudierait, à cause de cela. Personne ne voudrait se séparer d’elle, au contraire. Mais trop ancrée dans sa crainte, elle ne pouvait plus voir cela. Elle voyait juste la honte qu’elle ressentait, qu’elle jetterait sur sa famille à son tour, quand ils sauraient. Mais elle ne pouvait plus reculer. Elle savait que Melsant ne pourrait pas avancer, s’il ne savait pas. Ô, que c’était douloureux. Avant de reprendre la parole, elle attrapa le ruban qui avait glissé sur le sol terne et ravagé, source infinie de couleur dans ce paysage qui en était dépourvu, tout comme l’était l’esprit de Mélisande. Elle le noua autour de son poignet, faute de pouvoir faire mieux pour le moment, et prit la main de Melsant.

    « Je suis… désolée de t’infliger ça. Arrête moi, si… Si j’en dis trop…

    C’est le jour ou on nous a volé Waldemar. Vous combattiez, et moi… Je suis allée voir les gens qui travaillaient pour nous, et je me suis arrêtée dans ma chambre, en chemin.
    »

    Elle frémit, refoulant un haut le cœur, ses sanglots reprenant de plus belle.

    « Je ne me méfiais pas, je ne sais même pas pourquoi j’y suis entrée. Oh, je n’aurai jamais du. J’aurai du rester auprès de vous, jeter mon mépris au visage du tyran. Elle s’arrêta un instant, la douleur marquant les traits de son visage, alors qu’elle revivait une énième fois cette scène. J’ai été suivie. Je n’avais pas vu. Par Augustus… Il est entré dans ma chambre, et… »

    C’était au delà de ses forces. Elle ne pouvait en dire plus. Elle ne pouvait mettre des mots dessus, le prononcer ainsi à haute voix. Elle s’effondra sur le sol, tant la peine qui l’assaillait était grande. Combien de temps faudrait-il à Melsant pour assimiler ce qu’elle venait de dire ? Combien de temps lui faudrait-il pour s’enfuir, abandonner là cette sœur désavouée, souillée, qui avait bafoué d’une manière pire que toutes les autres leur honneur ? Combien de temps, enfin, pour réaliser qu’elle méritait les peines qui l’assaillaient, ses craintes, pour avoir été si proche de ce tyran, si charnellement proche, si inconvenablement proche ? Elle n’osait même pas lever la tête, de peur de ce qu’elle verrait dans ses yeux. Elle pensait tellement qu’il serait écœuré par celle qu’elle était, par la femme qu’Augustus avait fait d’elle, ce jour-là. Comment pourrait-il ne pas la considérer comme une moins que rien, comme une catin, qui ouvrait ses jambes à n’importe qui ? Elle savait, elle, le calvaire qu’elle avait vécu et dont sa santé mentale délicate était les vestiges, mais comment aurait-il pu, lui, comprendre qu’elle ne l’avait pas voulu ? Elle se dégoutait, elle se haïssait, tout était sa faute. Elle allait séparer sa famille une fois de plus, définitivement, cette fois.

    Elle se recroquevilla sur elle-même, ramenant ses genoux contre sa poitrine, les larmes coulant à torrent, maintenant, les visions de ce moment d’horreur l’envahissant, menaçant de la faire sombrer dans une nouvelle crise de folie dont elle était coutumière depuis lors.


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MessageSujet: Re: A couvert !   Jeu 28 Fév - 8:49

      - Quoi ? Demanda Melsant, sur une impulsion, après avoir écouté le récit de Mélisande attentivement. Il la fixa avec un air incompris, cherchant à faire sens dans ces paroles... Peut-être ne voulait-il tout simplement pas, inconsciemment. Quoi ? Répéta-t-il, d'une voix plus étranglée.


    Il resta un instant sans bouger, sans savoir quoi faire, interdit. Mélisande était prostrée au sol, comme si elle se protégeait d'une menace invisible. Une grimace de douleur déforma les traits de Melsant, tiraillé par la peur de ne pas trouver les mots, de mal interpréter l'accusation qu'elle venait de porter.
    Augustus était entré dans sa chambre, tandis que lui n'était pas là, et...
    Cet acte avait provoqué chez Mélisande un trouble si énorme, qu'elle en avait été brisée, littéralement.
    Melsant n'était pas une femme, il ne pouvait saisir la souffrance qu'il y avait derrière cette intrusion du tyran dans l'intimité de sa soeur... Il ne pouvait la saisir complètement, mais il la voyait là, détruite, et ça, il ne le sentait que trop bien.

    Il se baissa, avança sa main pour la toucher, la recula avant de la poser sur son dos tremblant. Il avait l'impression, cette fois-ci, d'être l'enfant perdu. Le plus petit, celui qui n'a rien vécu.
    Il garda cette position, ce simple contact, jusqu'à ce qu'il sente les frissons de sa cadette se faire moins violents.

      - Méli... Son ton était suppliant, presque, maintenant. Mais il devait être plus fort, il devait l'aider à porter ce fardeau, aussi, il recommença, avec plus d'assurance : Méli.


    Il ne croyait pas vraiment pouvoir lui faire entendre raison, désormais. Son avis ne comptait surement pas, ses conseils seraient surement désuets. Mais il tenait quand même à les lui chuchoter, juste pour que le son de sa voix l'accompagne dans les noirceurs où elle s'évadait.
    Juste pour qu'elle réalise qu'elle ne serait plus jamais laissée seule dans sa chambre, qu'elle ne serait plus jamais la proie d'un tyran sanguinaire, tant que Melsant pourrait la protéger. Et il comptait le faire, dusse-t-il sacrifier tout son temps, toute son énergie, et sa vie même, à combler ce gouffre béant qui s'était formé dans son cœur, dans son âme, ou peu importe ces valeurs précieuses qu'une pulsion sauvage avait souillées.

      - Mélisande, Augustus a peut-être tenté de t'asservir, mais il n'a pas réussi, affirma-t-il. Quoi qu'il fasse, il ne pourra t'arracher ce que tu es, et tu es libre aujourd'hui. Nous pouvons tout recommencer, fais-moi confiance.


    Il aurait tant aimé que cela soit si simple, juste effacer le passé, d'un souffle de dragon, comme le palais impérial lui même avait été rasé. Ce n'était pas des paroles en l'air néanmoins. Sa Mélisande à lui était assez forte pour surmonter les tortures physiques et psychologiques, elle était assez forte pour lutter quand sa famille et son honneur était en jeu... Elle avait peut-être perdu une bataille dans ce domaine, mais pas la guerre.
    Et elle avait, en ces temps de renouveau, de puissants alliés, pour parfaire cette mission.

    Un jour, quand reviendrait la paix sur Arven, Melsant avait l'intime conviction qu'il pesterait contre les prétendants de Mélusine, et qu'elle le supplierait de ne pas écraser la face de celui qu'elle préfèrerait.
    Elle aurait alors de beaux enfants, et elle sourirait, à lui surtout, avec sa douce affection.
    Son innocence était certes envolée, mais son bonheur n'était pas rendu inaccessible pour autant.

    Intérieurement, malgré ses paroles mielleuses pour calmer Mélisande, Melsant brulait d'une rage implacable : Augustus mourrait. Aucune autre fin n'était envisageable à son règne.
    Quand ils auraient retrouvé Mélusine et Melbren, l'ainé des Séverac partirait retrouver ce psychopathe, et il s'assurerait qu'il ait le sort qu'il méritait.
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MessageSujet: Re: A couvert !   Dim 3 Mar - 3:13

    Elle restait prostrée sur le sol, en proie à une crise de panique sans précédent, pleurant à chaudes larmes. Elle n'osait relever la tête, elle n'osait regarder Melsant et découvrir l'horreur qu'il y avait dans ses yeux, le dégoût, sa haine envers elle.

    Ô, comment aurait-il pu la voir normalement, maintenant qu'il savait ? La rupture était faite, elle devait partir, devenir quelqu'un d'autre, ne plus garder cette identité qu'elle avait souillée. Elle survivrait, inconnue, elle pourrait offrir ses services d'assassin à quiconque en avait besoin, elle ne pouvait de toute façon pas tomber plus bas dans le déshonneur après ce qu'elle avait vécu...

    Il s'approchait, comme apeuré, hésitant. Comment l'en blâmer ? Comment lui reprocher de craindre être souillé comme elle, à son contact alors qu'elle a été victime d'une perversion de son âme ? Il essayait de la réconforter, mais il était évident pour Mélisande que seule sa loyauté parlait. Il ne pouvait avoir d'affection pour elle.

    Et pourtant, il essayait de la réconforter, de la tranquilliser. Elle ne comprenait pas. Pourquoi ne fuyait-il pas, écoeuré, honteux d'être son frère ? Pourquoi restait-il là, en se comportant de manière si gentille ? Comment se faisait-il que sa loyauté soit si forte ? Elle ne méritait pas ça, et elle devait partir. Elle ne pouvait pas lui imposer ce déshonneur.

    « Je ne suis rien, Melsant. Rien qu'une coquille vide, souillée par Augustus. Tout ce que tu crois voir, ce sont les souvenirs que tu as de moi. Je n'ai jamais été forte ou résistante comme Mélusine et je ne le suis pas davantage. Je suis brisée, souillée, effacée. Une catin avec qui Augustus a prit du plaisir. Je ne suis plus une de Séverac, je ne suis pas, plus, la Mélisande que vous avez connue. »

    Sa voix est faible, un murmure à peine, mais ses mots sont durs, agressifs, violents, alors qu'elle essaye de faire fuir Melsant, de lui donner l'occasion de saisir une possibilité de se dégager de tout cela sans que son honneur n'en soit terni, sans qu'il ne passe pour un lâche.

    Elle tentait de l'éloigner, sans réaliser pourtant combien elle avait besoin de lui. Car la moins affirmée des jumelles avait un besoin vital de son frère, de sa jumelle, du reste de sa famille, pour avancer, pour aller au delà de ce qu'elle avait vécu.

    Même si elle refusait de le reconnaître, même si elle ne s'en rendait pas compte, Melsant l'aidait déjà. Elle se tenait droite, imposante, devant lui, à l'instant, elle soutenait son propos, se battait pour faire entendre raison à son frère. Elle s'affirmait. L'aide qu'il voulait, l'aide qu'il pouvait, lui apporter était déjà en marche, et elle ne le remarquait même pas. Melsant le remarquait-il ? Remarquait-il qu'elle était sortie de son mutisme, qu'elle avait aligné plus de deux mots - ce qu'elle n'avait pas fait depuis qu'il l'avait libérée -, qu'elle n'était ni apeurée ni prostrée, en ce moment même, alors qu'elle le regardait, debout, stable sur ses pieds, et surtout parfaitement lucide ? Elle ne se souvenait pas d'avoir été aussi lucide depuis bien longtemps.

    « Laisse moi partir, Melsant, avant que je ne vous détruise tous, que j'apporte l'opprobre sur notre famille. Papa et Maman, Mélusine, Melbren... Ils ne peuvent savoir, je ne peux ternir celle que je suis pour eux. Tu dois me laisser m'en aller et oublier ce que je t'ai dit. Je ne veux pas que vous voyiez en moi autre chose que la jumelle sage mais agréable que vous aimiez, et elle n'est plus là.
    Je t'en supplie, ne retiens pas la chimère que tu crois voir en moi, ne me garde pas auprès de toi, pour que je te déçoive et te fasse mal... Encore.
    »

    Affirmée, oui, mais possédée par l'angoisse sous-jacente, latente, de le décevoir, de les faire fuir, de les voir la regarder avec dégoût. Qu'ils la rejettent. Mieux valait provoquer et anticiper ce rejet, au moins elle pourrait se blâmer elle-même et ne pas avoir à affronter les peines de son coeur qui se briserait définitivement.


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MessageSujet: Re: A couvert !   Dim 10 Mar - 23:47

      - Bien sur que tu es encore une Séverac ! S'emporta Melsant en entendant sa sœur délirer sur sa nouvelle condition de paria... Mais le jeune homme ne comptait pas lui laisser croire un seul instant qu'elle ne pouvait plus retrouver sa place parmi. Notre famille porte de sombres secrets sur plusieurs générations... Méli, tu es peut-être perdue en ce moment, mais je suis certain qu'aucune femme de notre maison n'aurait jamais honte de ce que tu as fait. Et je... Je suis fier de toi, pour avoir enduré seule si longtemps, pour nous avoir protégé par ton silence.


    Ainsi c'était vrai, il n'avait pas voulu voir les signes, mais il y croyait à présent : Mélisande avait sombré dans la folie pour se sortir de cette culpabilité qui la rongeait. Il comprenait en quelque sorte ces penchants : tous les cielsombrois avaient à un moment ou un autre cédé à l'appel de cette distraction - les Séverac moins que les autres, probablement. Melsant n'avait fait qu'y toucher du bout des doigts, à l'adolescence, par curiosité, mais il ne s'était pas laissé asservir par le pouvoir de ces drogues sur l'esprit.
    Ainsi, il était persuadé que sa cadette se remettrait, quand les effets du manque se dissiperaient, lui redonnant les idées plus claires. En attendant, il l'aiderait à se tenir loin de toute tentation.

      - Je ne te laisserais pas partir, non, surtout pas maintenant, affirma-t-il, d'une voix grave, implacable. Il ne lui laissait pas le choix : après tout il était ainé, l'homme, et il prenait les décisions : au moins une chose qui n'allait pas changer, un repère stable dans ce monde qui ne tournait plus rond. Je te demande juste de me faire confiance... En es-tu capable ?


    Ce n'était pas vraiment une question, car dans les cas, il lui imposerait son soutien, qu'elle en veuille ou non. Mais on l'avait déjà trop forcé, et il voulait lui montrer qu'il lui laissait un semblant de choix, en espérant qu'elle ferait le bon. Car lui, bien sur, ne lui ferait jamais, jamais de mal.
    Il se battrait pour trouver un moyen de la sauver des limbes sombres où son viol l'avait jeté.
    Pour l'instant il ne savait pas du tout comment il allait s'y prendre - tuer Augustus ne lui semblait même pas suffisant - mais il trouverait quelque chose, avec le temps. Toutes les blessures disparaissaient, un jour ou l'autre, ne laissant que des cicatrices certes laides, mais non plus douloureuses.
    Il se doutait bien que la plaie de Mélisande mettrait des années à se refermer... Mais il resterait à ces côtés néanmoins, pour fêter ce jour où ils pourraient de nouveau vivre en paix.

    Il voyait déjà le progrès, dans son attitude : elle lui avait avoué la cause de son comportement étrange, et elle lui parlait à présent, même s'il s'agissait de suppliques qu'il ne tolérait pas, et auxquelles il n'accèderait pas. Elle s'affirmait néanmoins, petit à petit, sortant de sa prostration.

      - Viens là, petite sœur, ordonna-t-il avec douceur, en l'attirant dans ses bras, d'une poigne trop impérieuse pour qu'elle ne puisse y résister dans son état de faiblesse : il en profitait, pour son bien. Il la serra contre lui, lui imposant un contact physique qu'elle désapprouvait surement par sa simple nature. Mais l'étreinte de Melsant n'était pas de celle que lui avait obligé Augustus, au contraire, elle était puissante, uniquement par l'immense affection qui la motivait. Il la garda contre lui, tentant désespérément de faire passer ce sentiment d'elle à lui, comme une aura de chaleur fraternelle... Il ferma les yeux, glissant ses mains dans les longs cheveux noirs, soyeux, de la demoiselle. Sa merveilleuse Mélisande, qu'il observait parader autrement dans ses belles toilettes féminines. Elle ressemblait alors à une princesse, à une apparition magique et intouchable. Je suis désolé, murmura-t-il, dans ses boucles brunes, la voix rauque de sanglots retenus.


    Bien sur, s'il fallait désigner des coupables du malheur de la jumelle, Melsant se dénonçait sans hésitation : il ne l'avait pas protégé, comme il aurait du... Cette constatation était pour lui son fardeau.
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MessageSujet: Re: A couvert !   Lun 11 Mar - 9:26

    Peu importaient tous ses efforts pour libérer Melsant du fardeau qu'elle était, il ne cédait pas, il diminuait la trahison, l'infamie, qu'elle apportait au nom Séverac. Il l'aimait encore, malgré tout, même si elle refusait d'y croire, de le reconnaître, d'espérer qu'elle puisse encore être à la hauteur de sa famille. Mais elle avait eu deux ans pour se persuader qu'elle avait failli, qu'elle avait déshonoré les de Séverac, et tous les propos de Melsant n'auraient rien pu y changer. Elle se sentait marquée au fer blanc, comme si elle portait sur son visage l'affront dont elle était la preuve vivante. Comment aurait-il pu en être différent, alors qu'elle s'en voulait tellement ? Elle avait beau s'être relevée, se tenir droite et essayer de s'affirmer, elle se sentait toujours aussi mal, toujours aussi indigne de faire face à celui auquel elle n'avait plus le droit de prétendre comme à un frère.

    « Jamais aussi terribles que celui-ci… Ô Melsant, pourquoi ne peux-tu donc pas voir la vérité ? Comment peux-tu te mettre toi même des oeillères ainsi, refuser d'affronter la réalité ? J'ai été le réceptacle des pulsions d'Augustus, je l'ai senti en moi… Je ne peux me défaire de cette image qui me rend aujourd'hui encore nauséeuse. Tous dans la famille verraient cela comme la pire parjure envers Séverac. Personne ne doit savoir. »

    Sa voix s'était fait plus faible, elle tremblait, elle n'était plus assurée comme lorsqu'elle lui avait affirmé ne plus être l'une d'entre eux, devoir partir. Elle était incapable de faire preuve de force en évoquant sa mésaventure, elle était bien trop faible, elle était bien trop blessée, même après deux ans, par cela. Elle tressaillit, en entendant qu'il était fier d'elle. Comment aurait-elle pu faire autrement ? Elle se haïssait tellement de ce qui était survenu que le fait que Melsant essaye de diminuer sa faute la rendait presque aussi mal que de penser à ses propres actes. Mais comment aurait-elle pu le lui dire, alors qu'il essayait de lui remonter le moral ? Elle voyait bien le choc que cela avait été pour lui d'apprendre ça, elle ne pouvait pas le contredire, au risque de l'attrister davantage. Par tous les Souverains de Sombreciel, n'aurait-elle pu garder ce secret pour elle !

    « Melsant… Oublie tout ça. Je n'aurai rien du te dire. Je sais, je le vois bien, que tu penses que je ne dis que des insanités, mais j'ai l'esprit plus clair que je ne l'ai eu durant ces deux longues années où j'ai été séparée de vous, à me languir de votre compagnie, grâce ou à cause de ces huit mois passés dans les geôles, je ne saurai le dire, mais je suis parfaitement consciente du moindre de mes propos, de la plus minime de mes pensées. La confiance n'a rien à faire là. Je te fais, te ferai toujours confiance, mais tu dois accepter ma volonté de ne pas souiller davantage notre famille, de ne pas oser prétendre à une identité qui n'est plus mienne. »

    Elle savait qu'il était en désaccord avec ses paroles, il l'avait stipulé en lui affirmant qu'elle était une Séverac, en lui affirmant qu'il y avait eu bien pire dans sa famille ou qu'il était fier d'elle, et même en refusant de la laisser partir, mais elle ne pouvait décemment le laisser faire. Son mal-être et la difficulté dont elle faisait preuve pour croire encore en elle, pour ne pas être écœurée par sa propre personne, seraient bien trop conséquents, au fond, pour qu'elle puisse revenir et agir comme si de rien n'était. Jamais elle ne pourrait leur cacher ce qui devait l'être, pour leur bien à tous. Jamais elle ne pourrait oublier et redevenir celle qu'elle avait été.

    « Je ne peux… pas. Je ne… Non. Je ne peux pas. Si je revenais… Je ne pourrais pas leur cacher, je les attristerais autant que je t'attriste. Je les blesserais autant que je te blesse. Je… C'est trop dur. Je souffre de te blesser, Melsant. Je sais que je te blesse. Je sais que tu as souffert par ma faute, quand j'étais aux prises de… de… Mes cauchemars. Je ne suis plus celle que vous attendez depuis bien longtemps, et je ne la serai plus. Je ne suis plus ta petite soeur, la jumelle de Mélusine ou la grande soeur de Melbren. Je ne suis plus la digne et fière fille de Papa, je ne suis plus l'obéissante enfant de Maman et… »

    Elle éclata en sanglots, alors qu'elle laissait échapper ces peurs qu'elle ne savait même pas avoir, ce sentiment qui la paralysait, de ne pas avoir droit au bonheur, de ne plus pouvoir y accéder. De ne plus profiter autant de la vie qu'auparavant. Elle avait pendant deux ans couvé tant de rancoeur, d'envies de vengeance, de mal-être, qu'elle ne savait plus comment être autrement, qu'elle ne savait pas comment surpasser tout cela.

    « Ô, Melsant, j'ai peur, j'ai tellement peur… J'ai tellement peur de ne jamais retrouver cela… Je suis perdue, je ne sais plus quoi faire. Je ne sais pas comment faire. Tout ça a disparu depuis si longtemps, si loin de moi… Je n'ai rien, rien de bon en moi… Rien que cette rancoeur, qui vous sera néfaste. Je t'ai déjà rendu fou en deux semaines, que pourrais-je faire d'autre ? »

    Elle était sevrée de ses addictions, forcée à cela par son séjour en prison, sevrée de ses visions surnaturelles, malgré ces voix qu'elle entendait et dont elle ne savait pas la provenance, dont elle ne comprenait pas la substance ou les propos, et ça n'était pas la folie qui motivait ses pensées dont elle faisait part à Melsant. C'était une angoisse profonde, un vide, un manque de connaissance de celle qu'elle était. Elle n'était qu'une jeune femme apeurée, au fond, qui avait besoin d'être réconfortée. C'est pourquoi, bien involontairement elle se blottit contre lui quand il la serra dans ses bras, redoubla de pleurs quand il l'appela par ces mots affectueux comme si rien n'avait changé. Elle leva ses yeux troublés par les larmes vers lui quand il s'excusa. De quoi donc ? Il n'était qu'adorable, depuis qu'ils s'étaient retrouvés, que pouvait-il bien se reprocher ? Il avait nulle raison de se blâmer.

    « Tu n'as pas à t'excuser, Melsant. Tu n'as rien fait de mal… Pourquoi t'en veux-tu ? »

    Elle ne comprenait réellement pas qu'il s'accusait de l'avoir laissée à la merci d'Augustus, une faute pour laquelle elle-même se blâmait quand, au fond, le tyran, le traître, l'imposteur était le seul à blâmer, le seul coupable, une ordure qui méritait que tous les maux du monde se déchainent sur lui.
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