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 Rappelle toi que le temps nous a abandonné

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MessageSujet: Rappelle toi que le temps nous a abandonné   Lun 13 Oct - 14:33




10 septembre 804
Rappelle toi que le temps nous a abandonné
Et qu'il a continué de s'écouler


  •  Nom des participants :Chimène d'Arven & Augustus Poing-d'Acier
  • Statut du sujet : Privé
  • Date : 10 septembre 804
  • Moment de la journée & météo : Nuit, il fait assez clair dehors.
  • Livre III, chapitre 1



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MessageSujet: Re: Rappelle toi que le temps nous a abandonné   Mar 14 Oct - 17:38

« Qu'es-tu venu chercher ici Augustus ? »

La voix grave et chaude de Neg' résonnait à l'esprit du mage comme un murmure dont les échos se dispersaient l'espace d'un instant. Le loup au pelage d'un blanc pur et éclatant avançait, les oreilles dressées sur la tête et le regard tourné vers son maitre qui n'avait pas prononcé un mot depuis qu'ils étaient tous les deux arrivés en ville. Lorgol avait changé. En bien ou en mal, ce n'était pas à lui d'en décider, mais elle avait changé. Après les ruines, voilà que des hautes tours fraiches et aux pierres étincelantes d'un blanc immaculé se dressaient de toute leur imposante hauteur. Presque deux ans avait passé depuis cette chute inexorable.

Une chute. Le mot était bien trouvé, dans tous les sens du terme. À la fois cette tombée majestueuse et chaotique de Dragonvale sur la ville. Et surtout, cette déchéance qu'il avait lui même subit, Tyran haït, perdant sa couronne au pied d'une marre de sang et de larmes versées. Il savait que ce jour arriverait. Tôt ou tard. Il n'y avait pas d'éternité en ce monde, et si la mort n'avait pu le prendre en premier, alors le rejet serait celui qui l'éliminerait. Décennies après décennies, années après années et comptant les jours las et fatigué, Augustus avait vu les changements qui s'étaient opérés au cœur d'Arven qui gouvernait. Presque à ses débuts vint la perle de la rébellion, et peu après avait suivi l'envolée d'agonie des enfants meurtriers. Chacun d'entre eux étaient voués à le destituer de cette couronne qu'il s'était lui même octroyé. Beaucoup avaient approuvé sa venue, craignant les manigances faussement créées pour défaire Chimène et sa prochaine montée. Et les choix en ce temps avaient été fait, lourd et conséquent sur le Destin d'un monde changeant.

Oh Chimène.

Comme il pouvait la haïr, aujourd'hui encore. Augustus n'avait pour la reine ressuscité que sentiment contraire et pour le moins mordant, tous un rappel douloureux à ce passé que le Roi avait tout fait pour oublier. Mais la haine cachait quelque chose de bien plus profond, de bien plus noir et de bien plus tragique. Pas certain qu'il en ait conscience encore, mais quelque part, il y avait en lui cette affection qui par le passé avait fait de Chimène et Augustus des amants soudés. Non ! Il n'y avait rien de tout cela, ce n'était que chimériques souvenirs d'un temps révolu et détesté, un temps de trahison et de meurtre. Un temps qui aujourd'hui était bien trop loin et ne représentait plus rien. Pourtant, autant qu'il eut voulu s'en convaincre, Augustus attachait beaucoup d'importance aux signes du passé, ces souvenirs brisés et ces symboles effacés dans les mémoires, poussiéreux et cachés au creux d'un tiroir. Sinon pour quelle autre raison aurait-il porté ses pas ici bas ce soir ?

Le palais. Royal et majestueux, plongé dans une obscurité qui ne semblait pourtant attiser aucune craintes. Ici et là, des torches avaient été allumé, et l'on pouvait entendre au loin les murmures des courtisans s'amuser sous le regard de la lune. Lui n'avait pas changé. Peut être plus loin, sur ces ailes détruites et aujourd'hui reconstruite, notamment la salle du trône qui avait surement le plus souffert de cette arrivée spectaculaire. Mais ce n'était pas là bas qu'il comptait se rendre. Il avait à peine dissimulé sa présence et c'était dirigé d'un pas certain vers ses anciens appartements. Au détour d'un couloir, il avait emprunté l'un de ces passages secrets qui servaient à garantir la sécurité d'une fuite en cas de nécessité. Il connaissait chaque recoins de cet endroit, chaque pierre et chaque coulures qui s'étaient fissurées. Un brin de nostalgie sembla l'envahir quand il posa le regard sur cette chambre vide mais pourtant éclairée. Pardon ? Éclairée ? Qui donc occupait ces lieux désormais ? Augustus n'avait pu croire, connaissant tout les ressentiments de Chimène à son égard, que cette dernière se soit décidé à user des appartements qu'il avait autrefois occupé. Mais en observant d'un silence médusé, il pouvait voir ces robes richement brodés, ces bijoux chèrement fabriqués, et ces lettres adressées à une certaine Reine de Cibella et ancienne Impératrice Légitime d'Arven. Ce dernier titre eut l'honneur de faire grincer les dents du Souverain déchu qui reposa quelque peu rageusement le papier. Il n'avait pas de temps à perdre, la nouvelle propriétaire des lieux n'était surement pas loin, sans nul doute dans le salon un peu plus loin, il pouvait entendre le bruit d'une tasse que l'on repose dans une assiette nacrée.

Où était-elle déjà, cette cache dans le mur, celle qui renfermait ce vieux souvenir lointain qu'il n'avait pu se résoudre à abandonner définitivement entre les murs de ce palais. Neg' devança le mage devant un mur aux dalles recouverte à moitié d'une large tenture. Augustus écarta celle ci et fit légèrement coulisser une des dalles qui se décrocha du mur sans trop de difficulté. La poussière coula de la cavité plus profonde qu'elle n'en avait l'air. Mais le Roi n'eut pas le temps de récupérer ce pourquoi il avait pris le risque de faire quelques rencontres non recherchées. Le loup blanc grogna, appela son maitre à se retourner et dans l'instant, il relâcha la pierre qui s'écrasa lourdement sur les dalles pavées et fit volte face pour arrêter in-extrémis une dague qui aurait bien voulu se planter dans la chair de son dos. Une force presque inconnue l'envahit, pulsant dans ses veines comme un plein sentiment de colère tel que pourrait gronder l'orage. Sa main tenait avec fermeté le poignet de son agresseur qu'il ne s'étonna pas de retrouver dans les traits de Chimène d'Arven. Non, ce n'était pas surprenant.

« Quel accueil. Tu réserves toujours ce spectacle à tes invités ? » Moqua-t-il avec dédain et suffisance en tordant légèrement sa poigne pour faire lâcher à la femme la lame qu'elle tenait. « Après deux cent ans... tu ne manques vraiment pas d'ardeur. »
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MessageSujet: Re: Rappelle toi que le temps nous a abandonné   Dim 19 Oct - 9:19

Deux ans ont passé. Deux ans, Sombre Mère – deux ans, et je me retrouve de nouveau sujette à l'écoulement du temps. Qu'il est étrange de me sentir vivante, de nouveau atteinte par le passage des ans – de nouveau là, vraiment là. Deux ans plus tard, je peine encore à m'y habituer, après deux siècles à errer désincarnée dans les Huit-Duchés – les Huit-Royaumes. Cela aussi s'est avéré compliqué à intégrer... Deux siècles. Deux siècles entiers, à me manifester intégralement voilée d'obscurité aux assassins de la Confrérie Noire, pour lutter avec les armes que l'on m'avait laissées, deux siècles à côtoyer les Dragons et leur infinie sagesse, deux siècles à arpenter seule les couloirs désertés de l'Académie. Deux siècles d'une solitude si intense qu'elle en est devenue une part de moi-même, et que je sursaute encore aujourd'hui lorsque l'on m'adresse la parole, lorsque mes servantes entrent dans la pièce où je me trouve, lorsqu'un objet tombe dans les chambres attenantes. Deux siècles à me perdre moi-même dans les méandres de ma haine et de mes regrets, à me nourrir de cette flamme de vengeance farouche qui m'obsède encore aujourd'hui. Je ne m'attendais pas à revenir à la vie – je ne m'attendais pas non plus à retrouver une couronne amputée. Je n'avais jamais voulu régner, mais je m'y étais résignée à la mort de toute ma parentèle : j'ai appris à régner sur un Empire, fort et puissant, capable de repousser Karsch et ses nécromanciens. J'ai appris à régner en respectant la magie, ses tenants et les Dragons, j'ai appris à concilier les identités profondes de chacun de mes Duchés pour devenir une bonne reine.

Et voilà que l'on me rend un trône en ruines et une capitale ensevelie sous les décombres. L'Usurpateur qui m'a assassinée puis remplacée est toujours en vie, et de surcroît souverain d'un des royaumes voisins – la dernière héritière de Cibella m'offre le sien, et je ne sais pas quoi faire. J'ai plus de deux cents ans, et je me trouve toute démunie devant cette enfant nourrie de magie qui m'offre sa couronne et son trône avant de s'en aller trouver refuge entre les murs de l'Académie... Et deux ans passent. Deux ans à reconstruire, deux ans à protéger Cibella, deux ans à réfléchir, à songer, à prier pour un moyen de reconstruire l'Empire sans détruire les vies des autres souverains, sans heurter les habitants d'Arven. Les royaumes ne peuvent pas rester indépendants, ils ne le doivent pas : c'est la porte ouverte aux querelles de frontière et aux guerres de territoire qui dresseront les voisins de naguère les uns contre les autres – rien qu'Erebor et Sombreciel courent de grands risques, et il me peine de savoir ces rois et ces reines ennemis quand hier encore ils cohabitaient au Palais Impérial. Que dire aussi des armées de cet homme infâme sur ma frontière, couvant de ses regards envieux le garde-manger du continent ? Deux ans ont passé, et je me sens toujours aussi seule aujourd'hui que je l'étais avant.

Il est heureux que la Confrérie Noire m'ait été donnée pour pallier quelque peu à ce désespoir qui commence à me submerger. Je ne m'attendais pas au trépas de Svanhilde – pas après tous mes efforts pour renforcer son combat, pas après avoir intercédé pour lui rendre Sigvald. Pas après tout cela. Une part de moi saigne pour ces deux guerriers blonds, ces deux mages en devenir, ces deux assassins dévoués – ce Roi et cette Reine qui auraient rendu toute sa gloire à Nightingale. Oui, je pleure pour eux, pour Svanhilde que j'ai bercée de mes murmures depuis le moment de sa naissance, pour Sigvald qui descend de moi et que j'aimais autant que mes autres descendants. Je sens qu'elle est là, parfois – cette enfant blonde, pure et lumineuse en dépit des torrents de sang qui l'éclaboussaient – cette Sombre Mère devenue l'incarnation de la Mort. J'ai mal pour elle. Je ne peux pas l'aider – je ne peux plus rien faire pour elle, elle est passée hors de ma portée. Je peux simplement tâcher de me montrer digne de sa mémoire en prenant soin de la Confrérie Noire pour elle. Deux cents ans que j'observe les assassins – je suis capable à présent de prendre une vie.

La reine fragile que j'ai été naguère a bien changé. Elle s'est nourrie de haine et de vengeance, et aujourd'hui je suis bien plus forte que je ne l'étais. Les Dragons protègent Cibella pour moi, gardant mes frontières des incursions de cet homme méprisable, m'aidant à reconstruire Lorgol ravagée. Les stigmates de la Chute se voient de moins en moins à mesure que le temps passe, et j'aime regarder la ville endormie du haut de la terrasse privée de mes appartements. Une servante vient de m'apporter une tasse de chocolat, crémeux et parfumé : je sais bien que cela n'est pas vraiment une boisson de reine, mais j'aime le sucré sur ma langue, et des caisses entières de fèves de cacao me sont envoyées par le souverain de Lagrance, Denys du Lierre-Réal, avec lequel Cibella entretient de très cordiales relations. Un bruit dans la pièce voisine me tire de ma contemplation – je sursaute, comme à chaque fois que l'univers me rappelle que je ne suis plus seule dans un dédale de couloirs déserts – le son vient de ma chambre, et je repose la tasse sur sa soucoupe avant de dégainer la lame effilée des assassins que je porte toujours dissimulée dans mes vêtements lorsque que je ne cours pas les rues dans le cuir sombre de la Confrérie.

Deux intrus. Un homme, de dos, fouillant derrière les pierres de la muraille – et un loup blanc que je reconnais au premier coup d'œil, alors que mon cœur rate un battement. Une marée de haine déferle soudainement et vient dévaster la sérénité de cette soirée paisible – d'un mouvement, par réflexe, sans même réfléchir, je me jette en avant, la dague haute, prête à trancher la chair alors que le sang s'en vient hurler à mes oreilles. Le son de sa voix résonne, lointain, et je ne comprends même pas ces mots qu'il articule – j'entends le fantôme de ses mots d'antan, lorsqu'il plantait cette lame dans mon ventre, tranchant le fil de ma vie et me condamnant à une lente agonie sur les marches de l'Académie. C'est la même morgue que j'y entends, Sombre Mère – la même arrogance, la même prétention, oh ! Que j'aimerais effacer de ses traits ce sourire sardonique, et lui faire mal, aussi mal que sa trahison m'a infligé, je veux le faire souffrir, qu'il ressente pleinement l'ampleur de ma détresse. Ma haine flamboie, et alors qu'il tord sans ménagement mon poignet, c'est de mon autre main que je rattrape la dague prête à tomber, fendant l'air en direction de son visage. Il est homme, plus grand et plus musclé que moi – mais j'ai deux siècles de rancœur qui bouillonnent dans mes veines, et qui compensent largement ma plus faible portée. Mon poignet est dégagé, et d'un bond en arrière je me place en relative sûreté, surveillant du coin de l'œil le loup tapi au sol. La poignée de la dague pulse dans ma paume, et je n'ai qu'une envie : l'enfoncer, jusqu'à la garde, dans ce cœur froid et insensible qui n'a fait que m'utiliser pour mieux me trahir.
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MessageSujet: Re: Rappelle toi que le temps nous a abandonné   Sam 20 Déc - 19:15

C'était bien là une erreur que de venir. Une erreur oui. Un trop plein de colère et de haine, d'amertume et de désir meurtrier aussi ardent que les flammes d'un dragon sort de son sommeil. La seule vision de cette femme réveille chez Augustus une force dévorante, un crachin de venin brûlant et piquant, mais surtout la rancœur. Il n'a pour elle que sentiments méprisants et haineux, il ne peut se souvenir l'avoir aimer car dans sa mémoire ne règne que les longs instants de peine et de silence, d'abandon et de souffrance. Il s'était venger, voilà le fin mot de l'histoire, voici ce dont chacun se souviendrait. Mais tous oubliaient pourquoi le tyran en était devenu un, comment la folie avait envahi son esprit tourmenté par son amour brisé pour ne faire de lui que le pantin de la haine et du sang. Ceci n'expliquait certes pas tout, mais une chose était certaine, malgré les siècles passés, rien n'avait pu atténuer la rancœur d'Augustus envers Chimène. Et si l'inverse était réciproque, il ne pouvait que s'en féliciter.

Par les puissances, qu'est-ce qu'il pouvait la détester. La regarder là se débattre et lutter, essayer à son tour de planter une lame dans sa chair comme il l'avait si bien fait par le passé. Le sourire carnassier de ses lèvres n'est que façade face au rictus de dégout que pouvait aborder son regard limpide. Elle s'échappe, se faufile, mais compte bien rendre la monnaie de sa pièce. La dague aiguisée trouve rapidement chemin jusqu'à sa main valide, et dans les yeux de Chimène, il peut voir cette même haine qu'il lui adresse en cet instant présent. L'air s'alourdit quand Augustus semble faire appelle à la magie qui pulse en son sang. Un écho, des vibrations dans l'air, cela pourrait presque éclater autour du mage en colère. Mais rien ne vient, à ses côtés, le loup immaculé regarde sa savoir s'il doit attaquer. Car lui se souvient, lui se rappelle du passé, des bons moments et des jeux insouciants. Lorsque le monde encore pouvait rire et chanter...

Oui, Neg' se souvient lui. Des instants éparses qui à sa mémoire se rappellent encore. Ces jours heureux sous le soleil froid de l'Académie, quand l'hiver partait pour un temps des horizons gallienne et que le printemps sonnait aux portes dans un joyeux tourbillon de paix. Quand son maitre et la jeune princesse riaient ensembles de leurs secrets à l'ombre des écuries, quand les intimes moments étaient cachés aux yeux même de l'académie – le pensaient-ils – et que les confidences les plus profondes pouvaient être partagées sans la moindre crainte. Comment tout ce bonheur avait-il pu partir en fumée si facilement ? Comment la paix avait-elle pu prendre sa couverture de plume pour s'endormir dans les tréfonds des souvenirs ? Oh oui il se souvient. Ces brides de mémoire que même Augustus a choisi d'oublier, de fuir, d'effacer...

Aujourd'hui il ne reste rien que le cœur noir et les lamentations d'un passé qui ne parvient même plus à s'éveiller dans les souvenirs de cet homme. Et devant cette femme qu'il avait ardemment aimé, pour qui il aurait tout fait, il ne ressentait que l'amertume de ses sentiments. Une noirceur qui n'avait pas de nom, sinon peut être celui de la trahison.

« Tu as perdu ta langue ? Serais-tu effrayée à l'idée que je te coupe toutes paroles une nouvelle fois ? » Il rit, roque et caverneux. « Je te conseille de me laisser partir, je ne compte pas m'attarder. C'est tout dans ton intérêt. »

Il n'avait pas l'intention de lui octroyer du temps, ni l'effort de planter sa lame dans son cœur comme elle même le désirait expressément. Dans son orgueil et fierté, il ne craignait rien de cette femme, il n'avait pas peur de ce qu'elle pouvait bien tenter. Il partirait, et si elle devait lui bloquer le passage, il se chargerait de lui faire comprendre la gène qu'elle représentait.
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MessageSujet: Re: Rappelle toi que le temps nous a abandonné   Jeu 25 Déc - 12:36

Si un regard pouvait tuer, il serait mort, dans l'instant, là, à mes pieds. Si un seul regard pouvait détenir ce pouvoir, si un seul regard me le permettait - ah, Sombre Mère, il rendrait le dernier soupir sous mes yeux, en un clignement de cils, en un seul battement de cœur. Il expirerait, là, vaincu par le mépris, abattu par la haine, terrassé par la volonté d'une femme trahie et assassinée. Il paierait. Pour Chimène abandonnée à l'agonie sur les marches enneigées de l'Académie ; pour Arven en deuil étouffée sous le joug de son règne ; pour l'enfant que je ne lui ai donné que pour mieux y renoncer. Il paierait, oui ; il paierait le prix de mes larmes, le prix de mon sang, le prix de deux siècles d'amertume et de regrets. Il paierait, pour expier enfin ce poids terrible d'une vie brisée. Comment mesurer l’ampleur du coup qu’il m’a porté ? Il n’a pas détruit que mon existence : il a saccagé tout ce en quoi je croyais, il a abattu tous ces piliers sur lesquels j’avais construit mon idéal. Il a même trahi sa propre essence en massacrant les mages, un par un, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que lui et sa vindicte égoïste. En dépit de ce que j’avais cru que nous avions – en dépit de ces moments heureux que nous avions partagé, bien avant la folie, la douleur et la mort.

Je ne pense pas que beaucoup puissent affirmer sans mentir connaître la douceur de la fourrure du loup blanc d’Augustus.

Moi, je m’en souviens.

Je me rappelle de ses jappements lorsqu’il venait me quémander une caresse derrière l’oreille, de son regard serein lorsque son mage et moi savourions l’instant présent sans vouloir penser à demain. Je me rappelle de la chaleur de son pelage sous mes doigts – le poil un peu rêche, mais tellement doux quand j’y enfouissais mon visage pour étouffer un rire un peu trop bruyant. Je me rappelle de lui, étendu près de nous, témoin silencieux de tout ce que nous pouvions partager, et de cet amour insensé de deux adolescents qui refusaient de comprendre que l’amour n’est pas pour les puissants. L’amour, c’est pour les insensés, les brisés, les déshérités qui n’ont rien d’autre en cadeau, et rien d’autre à sacrifier ; l’amour, c’est la raison d’être des orphelins et des opprimés. Sur un trône, il ne peut y avoir d’amour sans que la trahison ne marche dans ses pas, et je l’ai bien compris maintenant, grâce à lui. L’amour c’est un piège qui enchaîne et qui brise, qui maltraite et qui broie, sans pitié, les cœurs trop naïfs qui se leurrent à espérer. L’amour n’est-il pas l’essence même de toute souffrance ? Que dire de ma descendance ?

Que dire des Séverac que l’amour pour une fille disparue et pour une sœur assassinée ravage chaque jour un peu plus – oh, que dire de Mélusine naufragée dans sa propre détresse, détruisant vaillamment tout ce qu’elle avait construit dans sa tendresse ? Que dire de Sigvald, roi couronné et époux intensément aimé, qui s’en est allé par amour pour un fils disparu abdiquer cette seconde vie qui lui avait été accordée ; et que dire de Svanhilde qui s’est coupé les ailes pour ne pas vivre un instant de plus sans celui qui avait fait d’elle une femme et une mère ? Que dire de leurs enfants, Sombre Mère,  que dire de Sigal et Sigred qui grandissent sans parents dans la maison d’un autre ? Non, l’amour n’est pas pour les grands, l’amour n’est pas pour les puissants, et dans un sursaut de fierté je repousse loin la vague de souvenirs qui voudrait déferler sur ma mémoire, dans les échos de cette voix grave, un peu rauque, qui brûle comme l’acide sur mes nerfs à vif là où jadis elle brûlait de passion dans un sauvage abandon.

L’amour n’est pas pour les puissants, non.

Seule la haine peut nous prémunir de la trahison.

C’est d’un rire que je réponds au sien, calmant les battements enragés de mon cœur qui hurle à la mort, dans un appel de vengeance si violent que la tête m’en tourne un peu. Les assassins m’ont enseigné qu’on rachète le sang par le sang, et j’attends de voir le sien couler avec une hargne souveraine qui occulte presque tout le reste. Presque. Ironique, moqueuse, je rengaine par bravade la lame rituelle que je serrais dans ma main crispée, prête à lui faire mal avec la seule arme qui me permettrait de l’atteindre réellement.

« Il y a bien longtemps que tu n’es plus en mesure de m’imposer quoi que ce soit, manant. Je suis simplement préoccupée par la quiétude du sommeil de Basilea qui dort dans la suite voisine. Tu, sais, Basilea Ventavel. Ma descendante – mon héritière. Mais si, rappelle-toi : celle qui t’a écrit au moment de décider auquel de nous deux elle allait se rallier, et qui m’a choisie puisque tu l’as dédaignée. Comme les autres. Comme les Séverac que tu as meurtris, comme le prince et la princesse des glaces auxquels tu n’as jamais accordé une seule pensée. Comme ton fils, enfanté par Cyselle, qu’elle n’a consenti à te partager que parce qu’elle a été chassée de Lagrance par la révolte de ses sujets. » J’entrecoupe mon discours d’un rire glacial, réjouie au plus profond de moi de le voir seul malgré tous ceux qui l’entourent. « Ils sont nombreux à te servir, mais tous ceux qui te choisissent le font car ils n’ont d’autre alternative. Tu n’as donc rien appris, en deux siècles, manant ? Pars donc. Tu m’encombres. Tu nous encombres – moi, et nos descendants. Va-t’en donc – personne ne te retient ici, et surtout pas moi. »

Les bras croisés, un rictus ironique gravé sur mes traits, je m’adosse au mur, le menton relevé. Qu’il parte donc. Qu’il parte – avant que je ne perde le contrôle de ma rage qui tempête et bouillonne, et qu’une cascade de sang ne ruisselle sur les murs de ces appartements.
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