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 Et le jour sera pour moi comme la nuit.

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MessageSujet: Et le jour sera pour moi comme la nuit.   Dim 10 Mar - 8:16



30 septembre 802
Et le jour sera pour moi comme la nuit.
  • Nom des participants :Freyja de Brunante
  • Statut du sujet :Privé
  • Date : 30 septembre 802
  • Moment de la journée & météo : Soir tombant, pluie et cendres.
  • Saison 2, chapitre 1



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MessageSujet: Re: Et le jour sera pour moi comme la nuit.   Dim 10 Mar - 8:59

Maximilien devait bien se rendre à l'évidence; ce jour ne lui apporterait rien de plus. La mine lasse, plongé dans ses sombres pensées, remâchant sans cesse sa hargne, il avait poussé au hasard la porte d'une auberge afin d'y trouver un peu de repos. L'agitation était ici partout la même, anxiété, chagrin, la fatigue et la tension se lisait sur chaque visage; chacun avait ici, à n'en pas douter, perdu quelqu'un, un proche, un ami, un frère.
Le comte de Séverac avait une mine à faire peur, lui aussi; gris de fatigue après sa longue chevauchée, il n'avait qu'à peine dormi ces derniers jours, se hâtant sans répit de rallier Lorgol en espérant y trouver la moindre nouvelle, le moindre soupçon, un murmure? Mais les rumeurs ne disaient rien de plus que ce qu'il savait déjà: ils avaient disparu, corps et biens. Il était allé, jusqu'à l'épicentre du désastre, là où les flammes couvaient encore et où les pierres gémissaient de tous ces morts enfouis dans cette immense sépulture. C'était là, en se tenant au bord du cratère, qu'il avait enfin compris que c'était peut-être sans espoir, après tout; qu'à la toute fin, on lui avait tout enlevé. Mais ce désespoir ne lui était pas familier, et il en faudrait bien plus au vieux comte pour abandonner! Il s'en était allé, alors; cherchant, ça et là, moyennant parfois quelques pièces, scrutant chaque visage, chaque passant. Il avait l'avantage d'avoir beaucoup de connaissances dans la capitale, mais cela resta vain, pour l'heure.

Alors, dans le soir tombant qui soulevait la cendre des débris, il avait décidé, pour la première fois depuis des jours, de s'accorder un moment de repos. Mais cela était sans compter son esprit qui ne cessait de le tourmenter, coupable, oh, combien coupable de ne pas être encore là, dehors, à chercher la trace des ses enfants...

Maximilien, d'ordinaire si élégant, ressemblait à présent à un vieil objet terni, comme une de ces armures anciennes qui prennent la poussière dans les demeures de nobles. Oh, il était loin d'être un vieillard, mais imperceptiblement, cela se saisissait dans un geste, dans sa façon de se tenir, si droit, si raide, comme momifié dans sa propre lassitude, desséché, usé. Il restait droit et digne, pourtant, malgré la lassitude, plein d'une force ancienne, d'une noblesse vénérable. Alors qu'il allait, traversant la salle pour trouver une place un peu plus isolée du commun, on pouvait voir les replis lourds de son manteau de cavalier s'ouvrir, dévoilant les ornements passés de ses riches vêtements dont les fils d'or et les broderies précieuses n'étaient plus qu'un faible palimpseste, juste le souvenir d'une richesse passée. Assis à sa place, il ressemblait à l'un de ces vieux rois de jadis, une figure passée, qui avait été si glorieuse, en son temps... Mais ce temps était loin, et Maximilien n'était plus qu'un comte vagabond, un père dépossédé. Un vieil arbre à l'écorce tourmentée, que le vent s'acharnait à déraciner.

Tout en réfléchissant, il avait sorti des poches de son gilet une blague à tabac en beau cuir brodé, qui avait de quoi faire des envieux, et sa pipe qu'il bourra avec des gestes lents et méticuleux. Ses yeux, dont l'acuité profonde et claire rappelaient que le vieux comte avait encore toute sa tête et bien plus encore, s'était perdus quelque part, au loin; ses longs doigts cerclés d'anneaux précieux s'agitaient en silence alors qu'il portait sa pipe à sa bouche, battant la mèche d'un briquet avant d'en tirer quelques bouffées voluptueuses. Soudain, le monde extérieur n'était plus; son esprit de rouages, de fumerolles, son esprit de folies de cielsombrois s'agitait et remuait comme un océan sans repos, recroisant les choses, les visages, les murmures, les rumeurs. Un nom, un geste, trois fois rien, juste un soupçon.
Quelque chose passait et repassait dans son champ de vision alors qu'il s'enveloppait de vapeurs odorantes, sa main pianotant sur le rebord de la table. Pour l'heure, il n'y prêtait pas attention, il était tout proche de comprendre quelque chose; quelque chose qui lui échappait encore, mais les souvenirs et les idées s'entrelaçaient lentement comme un tissage minutieux, une construction, un château de cartes qui s'érigeait dans son esprit. Oh, il était tout proche de comprendre, oui, c'était, si évident...

Quelque chose heurta la table, et il eut un sursaut confus alors que tout s'écroulait dans son esprit, les idées éparpillées qui s'échappaient comme une vapeur entre ses doigts. Maximilien sortit de sa torpeur, clignant de ses longs yeux noirs dans l'air envahi de fumée grise. Voyant que quelqu'un cherchait à attirer son attention, il se tourna dans sa direction, et eut un sourire aimable, un peu ailleurs. Le comte préférait passer pour un imbécile heureux plutôt que d'attirer la méfiance. Il ne pouvait pas s'encombrer de ce genre d'obstacles, pas maintenant.

-Oui? Fit-il poliment, comme si de rien n'était.
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MessageSujet: Re: Et le jour sera pour moi comme la nuit.   Ven 15 Mar - 12:55

Il en passe, des gens, dans cette taverne au cœur de Lorgol. Depuis que j'en suis la propriétaire, j'en ai vu défiler – certains aussi choqués que des baleines échouées sur les côtes de l'Archipel, d'autres insouciants comme les dauphins au dos d'argent sous les rayons du soleil, certains méfiants comme les singes rusés des terres vierges, loin, si loin là-bas au sud. Et puis il y a tous ceux qui ne sont pas d'honnêtes gens : mes pirates, les voleurs échappés de la Cour des Miracles, des gitans et des bohémiens venus prêter main-forte au Fils des Ombres qui règne désormais sur Lorgol en flammes. Les premiers jours après le cataclysme, il y en avait partout, des éclopés aussi fiers qu'un poulpe en détresse, mais aujourd'hui la vie a plus ou moins repris son cours.

Perle a disparu, et d'autres aussi – je ne sais pas où ils sont, et l'inquiétude me ronge, tard le soir, lorsque Sésana et les petites dorment, et que Philippe n'est pas là. Il est parti depuis des semaines, ramenant l'Audacia sur les flots, pour apporter à l'Archipel la nouvelle de la chute de l'empire, de l'indépendance des royaumes, et les premières rumeurs de la libération des Dragons dont l'esprit visite nos terres à défaut de leur corps. Il me manque – d'ordinaire, la séparation entre nous n'était causée que par la naissance d'une de nos filles et la nécessité pour moi de rester à terre le temps qu'elle n'ait plus besoin de moi. Et même si cet exil forcé me permet de profiter de leur présence, de celle de Sésana, je me sens... déplacée. En dehors de mon élément. L'Audacia me manque à chaque inspiration, à chaque battement de mon cœur – Philippe me manque à chaque geste, tant mon regard est habitué à le deviner sur les ponts du navire à toute heure.

Je me retrouve dans leur souffrance. Tous ces gens qui passent, un jour ou deux, à la recherche de leurs proches disparus dans l'effondrement de Lorgol – je lis sur leurs visages cette même attente douloureuse qui me broie, sans que j'en montre rien. Je suis Savarna Chant-d'Ecume, c'est vrai, forte en verbe et d'un caractère bien trempé, mais au fond de moi je reste Freyja de Brunante, inquiète pour les miens disparus, qu'il s'agisse de Louis, de Perle, de tous les autres. Et cette inquiétude, je la sens dans l'attitude de cet homme entré depuis un petit moment. Assis seul, il contemple le vide comme s'il recelait le secret bien caché d'un trésor convoité – il fume, et dans les ténèbres de ses prunelles, je ressens cette faim dévorante qui hurle et qui appelle, les êtes chers partis , envolés, hors de portée. Ses vêtements sont de bonne coupe et richement brodés, à ses doigts se voient des anneaux précieux – cet homme-là est parmi le fleuron de la noblesse, et une bouffée de Brunante revient se mêler à mon essence de pirate. Il me rappelle les somptuosités de la maison où j'ai grandi, les riches ornements de mes robes de naguère, les bijoux précieux dont je me parais lorsque nous rendions visite aux ducs d'Outrevent dont nous étions des familiers. Un noble, bien éduqué, tout en lui le clame – d'un geste j'écarte la serveuse qui s'affaire entre les tables, et je m'avance depuis la rambarde de l'étage d'où je l'ai observé.

Dans la salle, majoritairement des habitués – d'un regard, ils sentent le moment venu de s'éclipser. La serveuse s'occupe des autres, installés au comptoir. Ce soir, je ne porte pas mes jupes et les fanfreluches de la noblesse qui m'affublent en journée – non, quand la nuit tombe, je m'accorde parfois le droit de revêtir mes atours de pirate, la chemise aux amples manches, le corsage lâche, les pantalons ajustés qui s'enfoncent dans des bottes au cuir usé mais confortable. Savarna, jusqu'au bout des ongles, même s'il est possible de déceler Freyja en moi, bien cachée.

Je m'assieds devant ce visiteur étranger, qui me semble si las, si accablé. Un élan de sollicitude au cœur, que je refrène derrière la gouaille tapageuse des habitants des mers.

« Hé bah mon gars, ça va pas ? Perdu une amarre ? Tu peux t'échouer là si t'veux, le rhum ça fait du bien en dedans et t'auras l'sourire à l'air. J'suis Savarna, et tout c'bazar-là c't'à moi. Qu'est-ce que j'peux donc faire pour toi ? »
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MessageSujet: Re: Et le jour sera pour moi comme la nuit.   Sam 16 Mar - 5:21

Mordillant le bout de sa pipe, Maximilien posa un regard aimable sur la femme qui s'était assise face à lui; ses songes éparpillés se dissolvaient dans les vapeurs de son esprit comme des papillons de fumée et il revenait soudain à la réalité, au vacarme ambiant de la taverne où planait sans cesse l'ombre d'un chagrin oppressant. Chacun cependant tentait de faire bonne figure, mais qui pouvait être dupe de leurs mascarades? Lui, le vieux comte fatigué, cachait ses rancoeurs et ses tempêtes derrière son masque de noble chenu, derrière un sourire qui ne parvenait plus à éclairer le fond de ses yeux trop noirs. Et la matrone qui venait de parler en faisait de même, il le décelait jusqu'au fond de son regard, et dans l'espèce de lassitude tendue qui habitait ses gestes. Ah, qu'essayaient-ils de sauver ainsi, sinon la face et un reste d'honneur? Tout le monde savait, mais on ne disait rien, et on faisait comme si.

Maximilien sourit, doucement, inclinant la tête dans un salut poli, rejetant de côté la fumée qu'il avait encore en bouche. Il prit un air songeur, un instant, et puis répondit:

-Et bien ma foi, je me crois tout disposé à profiter du réconfort délivré par ce bon vieil alcool, dit-il.

Une pause, et puis il tira de nouveau sur sa pipe et lâcha un rond de fumée alors que ses yeux, gagnés par une acuité nouvelle, revenaient à elle, et la fixaient au-travers des remous vaporeux qu'il soufflait.

-Et avec ça, je serais de surcroît tout disposé à entendre tout ce qu'une dame de votre sorte peut entendre de rumeurs et de nouvelles.

Le comte n'avait ni baissé, ni levé la voix, et seuls ses yeux noirs avaient perdu le peu de chaleur qu'ils avaient pu feindre par ses entourloupes d'expressions. On devinait alors qu'il n'était certainement pas là pour la gaudriole et qu'il y avait bien plus important à traiter... Il espérait recevoir quelque chose de cette tenancière qui, au demeurant, attirait la sympathie ne serait-ce que par sa sollicitude, feinte ou sincère, et l'expression de son visage.
A vrai dire, aux yeux d'un homme accoutumé aux circonvolutions de la régence de Sombreciel, aux courtisans faux comme des serpents et au monde incertain des intrigues de cours, Savarna était d'une agréable simplicité. Cependant, Maximilien n'était plus guère en mesure de parvenir à faire confiance à quelqu'un aussi aisément, même alors que chaque geste, chaque expression trahissait l'honnêteté profonde de l'aubergiste. Elle dégageait une impression de force tranquille, pourtant prête à s'enflammer à la moindre étincelle; elle était forte, comme le sont les fondements des montagnes et les racines des vieux arbres, et l'on aurait pu bâtir des empires sur ses épaules sans qu'elle ne semble prête à vaciller. Le comte se prit à sourire intérieurement, observant les traits de ce beau visage vieillissant; quelques rides, ça et là, creusaient les coin de ses yeux et de sa bouche, comme les replis d'une écorce. Elle semblait de ces femmes que l'âge n'enlaidit point mais qu'il anoblit, posant sur leurs fronts encore clairs de grises couronnes de cheveux sans couleur; et dans la lumière jaune des lampes dans le noir, dans les feux et les ombres de la salle surpeuplée, elle lui faisait penser à sa propre épouse, et à lui-même. Tous pères et mères, tous attachés à leur sang, au seuil d'une vieillesse qui venait comme un long et triste automne.

Il reprit une dernière fois la parole, lâchant un autre rond de fumée.

-On m'a dit qu'on avait vu les jeunes Séverac rôder en ville, en savez-vous quelque chose?

Ah, tentons le tout pour le tout, après tout qu'avait-il à perdre? Tout information était bonne à prendre, fut-ce un mensonge; et il n'y avait pas meilleure commère qu'une tenancière d'auberge, elle avait forcément entendu quelque chose.
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MessageSujet: Re: Et le jour sera pour moi comme la nuit.   Sam 16 Mar - 8:07

« Une dame d'ma sorte ? »

Un éclat de rire irrépressible m'échappe. Un instant, je me revois sur l'Audacia, à ma montée à bord, dans mes jupes de jeune demoiselle bien éduquée encore qu'un peu vieille fille, toujours pas mariée le jour de ses vingt-cinq ans. Je me souviens du regard soupçonneux de certains, de la pitié dans ceux d'autres, mais surtout de la courtoisie de Philippe, jeune capitaine en ces temps-là, qui m'avait saluée bien bas, ajoutant qu'il leur ferait étrange d'avoir « une dame à bord ». Une dame qui, six mois plus tard, montait à l'abordage décoiffée, cheveux au vent, en braillant de tous ses poumons. Que s'imagine-t-il donc de moi, ce noble au regard soudain implacable, ce sage fatigué aux prunelles inquiètes ? Il émane de lui un soupçon d'aristocratie qui s'attarde, comme le reflet diffus d'une couleur si rare que peu la connaissent. Il me rappelle ma jeunesse, à la cour ducale d'Ansemer, à la cour ducale d'Outrevent, l'aisance donnée par des moyens financiers considérables, le raffinement du corps comme de l'esprit. Et sa question – par toutes les coffres pillés d'une ville à sac, je sais qui il est.

Vague de souvenirs qui s'accumulent. Je me souviens de Léopold et de des paroles à l'époque où il me cherchait un époux, de tous les partis avantageux qu'il avait listés et envisagés, de ceux qui demeuraient loin en Bellifère ou en Sombreciel, et de nos voisins d'Ansemer. Nom d'un rat des sables. Baissant la voix à demi, j'abandonne le parler coloré de Savarna pour adopter le langage policé que j'emploie à la Cour.

« Une femme de ma sorte pourrait vous en dire beaucoup sur vos enfants, Maximilien. Soyez le bienvenu à la Taverne de la Rose. Peu savent que Savarna Chant-d'Ecume, pirate et second de l'Audacia, s'appelle aussi Freyja de Brunante. Vous en faites maintenant partie. »

Je ne l'ai jamais rencontré, mais je sais bien évidemment qui il est. Dans mon esprit, plusieurs liens se tissent instantanément. Le sourire sur mes lèvres reste légèrement moqueur, mais je pense qu'il saura lire en moi la sincérité de ce que je lui apprends.

« Ma nièce, Perle, est la suivante de votre Mélusine. Elles ont disparu toutes les deux suite à la Chute et je recherche activement Perle, qui est certainement avec votre fille. Si j'apprends où elle se trouve, je me débrouillerai pour vous le faire savoir – votre Mélusine a été plus que bienveillante pour ma Perle et j'ai une dette envers elle pour les bons soins dont elle a entouré ma nièce. Concernant votre aîné, un espèce de grand échalas de guerrier, il est passé ici cet été – mes trois filles ont teint son cheval d'un rose tapageur. Après la Chute, ce cheval rose a été vu quittant Lorgol, mené par un homme au visage sombre, et sur le dos du cheval voyageait une femme visiblement choquée. Je sais que votre Mélusine a une jumelle fragile, nommée Mélisande, demeurée captive des geôles royales pour ses liens avec la Confrérie Noire, tout Lorgol le sait ou presque – je n'en suis pas certaine, mais je pense que ces deux personnes accompagnant le cheval de votre fils étaient votre fils lui-même et celle de ses sœurs qui était emprisonnée. Si vous avez d'autres enfants, je ne les ai pas vus. »

Les informations concernant Melsant et Mélisande ont été confirmée par quelques Voleurs innocemment attardés dans ma taverne un soir ou l'autre, mais je n'ai rien pu apprendre d'eux concernant Mélusine et Perle – ils semblent également les rechercher, pour une raison qui m'échappe. D'un geste, j'indique à l'accorte serveuse de nous apporter un plat du savoureux ragoût qui mijote dans la cuisine – les Voleurs m'ont fourni la demoiselle bien peu farouche et le cuisinier au sourire perpétuellement moqueur, je me doute bien qu'ils sont surtout là pour espionner les visiteurs, mais peur m'importe. Les enfants de l'Archipel et ceux du Fils du Ombres ont toujours été alliés et ils savent qui je suis, alors...
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MessageSujet: Re: Et le jour sera pour moi comme la nuit.   Sam 16 Mar - 9:10

Maximilien observa avec fascination l'étrange changement de personnalité qui s'opéra quand elle baissa la voix; peu auraient pu soupçonner quelque chose, en effet; et lui-même ne s'était douté de rien. Il se garda bien cependant de sembler surpris et se contenta de hausser un sourcil avec un fin sourire amusé, l'écoutant avec une attention soudaine alors que cette expression s'estompait progressivement sur son visage fatigué. Ses yeux comme des gouffres, noirs et profonds, la fixaient avec une attente avide.

Pendant qu'elle parlait, on voyait presque au travers de ses yeux se mouvoir les rouages de son esprit, qui s'abreuvaient de ces paroles pour relier les choses, les murmures, les demi-mots et les bribes. Un, deux, trois, et le puzzle s'assemblait lentement, criblé de zones d'ombres et de non-dits. Tout en l'écoutant, il tirait lentement sur sa pipe des longues envolées de fumerolles légères qui l'enveloppaient de remous grisâtres dans l'air immobile. Lentement, elle distillait l'espoir dans le coeur d'un vieux père fatigué; s'ils étaient en vie, s'ils étaient encore là, si proches, peut-être? De Melsant, guère de traces, jusque là: Freyja était parmi les premières à lui faire savoir quelque chose sur lui et le comte soupçonnait son fils de s'être si bien caché que peu avaient connu son véritable nom. Les nouvelles de Mélisande en revanche avaient été abondantes et il en aurait ri, si ce n'était si tragique; son incartade qui avait causé sa captivité était tout à fait digne d'une Séverac et il la reconnaissait si bien, là... Mais par cet acte, en ayant porté la main sur une de ses enfants, Augustus avaient une fois de plus outrepassé les limites et le comte avait un grief de plus à faire expier au seigneur honni. Et Mélusine? Ah, déception, et désespoir. On ne savait rien plus, sinon qu'elle était peut-être là, peut-être vivante encore?

Quand elle eut terminé, il se redressa lentement, levant les yeux au ciel, l'air songeur.

-Et bien, fit-il; vous recelez bien des surprises, ma dame. Je ne saurais trop vous remercier de cette aide inespérée.

Il laissa échapper un rire contenu, et son regard revint à Freyja.

-Je crois que mon plus grand regret sera de n'avoir pas été là pour voir la réaction de mon fils en voyant ce qu'on a fait de son cheval, dit-il de ce ton léger, plein d'ironie, qui lui venait souvent dans ces situations.

Une pause, puis:

-Au moins n'aurai-je guère de mal à partir sur ses traces, en espérant que la couleur soit durable.

Il était cependant rassuré de savoir que Melsant s'était peut-être enfui en compagnie de Mélisande. La captivité de cette dernière avait été la première chose qu'il avait apprise, arrivant à Lorgol; savoir à présent que son aîné était avec elle apportait un réconfort bien faible, bien dérisoire, mais qui ne pouvait être négligé en ces heures sombres. Ils devaient être loins, à présent, et chaque heure semblait amenuiser les chances qu'il avait de partir sur leurs traces. Mais il y avait plus pressant, pour l'heure, et Mélusine était peut-être là, toute proche, à un pas de lui. Peut-être même était il passé une fois, cent fois près d'elle sans le savoir, où qu'elle se trouvât. Cette certitude nouvelle l'irritait grandement, et son impatience croissait soudain. Il n'avait jamais été si proche de la retrouver et pourtant, pourtant il n'en savait rien, rien de plus.
Il y avait soudain dans le regard de l'homme une flamme nouvelle, une lueur animée par son sourire trempé dans l'amertume d'un rire silencieux. C'était soudain comme si seule la colère le faisait encore vivre, comme si elle seule effaçait encore la lassitude et la tristesse sur son front. C'était peut-être le cas, déjà, après tout.

-Je cherche avant tout à retrouver Mélusine, reprit-il avec plus de sérieux. Sachez bien cependant que si je puis ainsi avoir trace de votre nièce, vous en serez la première avertie.

Elle ne semblait pas en savoir beaucoup plus long sur elles, et cela fâchait bien le comte qui n'en avait pas apprit beaucoup plus de son côté. Oh, les langues étaient allées bon train parfois, mais nul ne savait ce qui avait pu se passer après la Chute, et les rumeurs les plus folles couraient, et certaines murmuraient le nom de Castiel. A cette idée, Maximilien ferma brièvement les yeux, comme pour chasser cela de son esprit: il ne pouvait guère se laisser dévier de sa route par les racontards de déments et de commères désoeuvrés! Au moins savait-il que Mélusine était là, à Lorgol; un début comme un autre, et mieux valait ces quelques miettes plutôt que rien du tout.
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MessageSujet: Re: Et le jour sera pour moi comme la nuit.   Sam 17 Aoû - 13:07

Ah, l'angoisse du parent isolé loin de sa progéniture... Cet appel lancinant du cœur qui pleure et qui appelle la chair de la chair, ce tourment éreintant de l'âme qui brûle et attend le sang du sang. Je les connais, bien sûr – chacun de mes retours en mer depuis des années et la naissance de Lou-Ann a grevé mon esprit de mille coups du remords. Et mes petites avaient toujours été en sécurité, à terre avec Sésana qui veille sur elles comme si elles étaient les siennes... Que dire à ce père fatigué, miné par l'absence de ses enfants ? Par Perle, j'ai pu jeter un œil dans les relations familiales de Séverac, et je sais sur eux ce que la rumeur m'en a dit. Ainsi, c'est là le père malicieux qui chasse à l'arbalète dans ses jardins les hardis voleurs des fameux jupons de Mélusine ? Perle m'en a tellement raconté que je ne sais au juste que croire, mais après tout, ces gens-là sont cielsombrois et rien ne devrait m'étonner. Que dire, par toutes les serrures des coffres d'Ansemer, à ce père inquiet de la disparition de ses enfants ?

« Restez ici quelques minutes. Il arrive que les Voleurs de la capitale me transmettent des informations, et je sais qu'ils cherchent aussi Mélusine et Perle. Je vais voir si quelqu'un saurait quelque chose, cela ne prendra pas longtemps. D'ici-là, prenez le temps de vous restaurer. »

Je monte dans le bureau où sont rangées ces petites notes éparses qui se glissent sous la porte de la taverne au plus noir de la nuit, ces informations sur les réfugiés, sur les mouvements des dragons, sur les troubles à venir et les sources potentielles d'ennuis. Je prends le temps de tous les relire, les étudier, mais rien n'émerge. Aucun de ces fragments ne mentionne les filles de Séverac, mais peut-être saura-t-on me renseigner directement à la Cour des Miracles ? Enfilant une mante sombre, je redescends au rez-de-chaussée, retrouvant Maximilien dans la salle, toujours assis à sa table, pipe en main.

« Je dois m'absenter. Là où je vais chercher les informations dont vous avez besoin, vous ne pouvez pas me suivre, je n'y suis que tolérée parce que bien connue, mais l'on se méfiera de vous. Attendez ici. Une chambre vous sera donnée si vous éprouvez le besoin de vous reposer – pour ma part, je ne tarderai pas à revenir. Je fais aussi vite qu'il me sera possible. »

Prenant congé du noble cielsombrois, je fais signe à Hakon – mission d'escorte, mon gars ! Et je m'en vais dans les cuisines signaler mon intention de solliciter une audience auprès du Fils des Ombres. A cheval puis à pied, bandeau sur les yeux, mon camarade pirate et moi-même sommes menés au cœur de la Cour des Miracles. La voix masquée de celui qui nous reçoit ne m'évoque rien, mais elle me parle de Mélusine de Séverac et de Perle Clairargent, de nouvelles arrivées le matin même de Sombreciel. L'on me charge de les transmettre à Maximilien, et de continuer ma veille dans la capitale. Bien. Hakon me ramène à la Rose, et j'y retrouve le père esseulé, toujours à sa place.

« Les Voleurs parlent d'une femme vêtue à l'erebienne errant à travers Sombreciel, de son visage aperçu à Euphoria, ramenée de Lorgol par le roi Castiel lors de sa fuite de la capitale. L'on parle du grand soin qu'il avait de cette femme, veillant à son confort et sa sécurité, et l'on parle aussi de sa visible affection pour cette personne. L'on raconte qu'il l'a fait accompagner dans les terres de sa famille arrachées au sable d'Erebor, et qu'elle semble bien abattue et bien meurtrie. Les Voleurs pensent qu'il s'agit de votre fille Mélisende, mais l'absence de votre fils à ses côtés et la mention de Perle dans son sillage me laissent à croire qu'il s'agit de votre Mélusine. Je dois néanmoins vous dire une chose, les Voleurs m'ont chargée de vous en prévenir : la raison a déserté cette femme, qui donne toutes les apparences de la folie. S'il s'agit bien de Mélusine parmi vos jumelles, je redoute que la Chute n'ait pas laissé son esprit indemne. »
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MessageSujet: Re: Et le jour sera pour moi comme la nuit.   Dim 25 Aoû - 9:47

Maximilien haussa un sourcil quand il sembla que la tenancière put lui apporter plus d'informations que prévu. Sur son visage parut une attention renouvelée, et il hocha la tête quand on lui demanda de patienter un moment. Oh, attendre, il ne faisait que cela depuis le début, il pouvait bien encore le faire, encore un peu! Et puis il était épuisé par sa longue route depuis Séverac, alors il ne comptait pas aller plus loin pour ce soir. Alors que Freyja s'absentait, il préféra s'absorber dans son repas, qui lui redonna quelques forces. Il apprécia d'ailleurs à sa juste valeur la pitance qu'on lui offrait alors que son estomac se rappelait à son souvenir en protestant avec force contre le jeûne qu'on lui avait fait subir. Cela arrivait, souvent; absorbé qu'il était à de nombreuses reprises par la colère ou le chagrin, il en oubliait les usages commun du boire et du manger, et se serait sans doute laissé dépérir en oubliant les besoins les plus élémentaires de sa personne, si ce n'était de fumer.
Ce bref moment de répit dans l'auberge lui apporta un réconfort inespéré et déjà son esprit repartait à la charge alors qu'il réfléchissait de nouveau. Demain serait un jour rude de plus et il comptait bien harceler chaque habitant de Lorgol pour leur arracher le moindre mot qu'ils pourraient lui livrer à propos de ses enfants. Quelqu'un savait bien quelque chose, même s'ils avaient vécu dans l'anonymat pour certains; ce serait difficile mais il n'était pas homme à se décourager, pas maintenant qu'il avait fait le serment à Ismalia de lui ramener leurs enfants et de revenir lui-même en vie, quoi qu'il lui en coûtât.

Lorsque Freyja revint vers lui, il se redressa, avant de la laisser s'absenter de nouveau.

-Faites donc, ma chère; j'attendrai ici le temps qu'il faudra.

Une pause, puis:

-Je ne saurais jamais assez vous remercier pour tout ce que vous faites pour moi.

Ses yeux sombres exprimaient toute la franchise de ses paroles, disant cela; et il la laissa s'en repartir, espérant encore qu'elle ramènerait plus d'informations. Il commença néanmoins par payer son repas, avec une avance rondelette pour la jeune femme qui vint débarrasser sa table. Le vieux comte n'était pas avare, surtout envers ses bienfaiteurs et il avait à coeur, contrairement à beaucoup de gens de son rang, de se montrer généreux envers les petites gens quand il le pouvait. Bien sûr, à ce train-là il se retrouverait sur la paille avant d'avoir retrouvé ses enfants mais que sont l'or, les joyaux et les richesse de ce monde comparé à cela? Il aurait cédé tout volontiers son comté et son rang pour les avoir auprès de lui sur l'heure, et si Augustus en personne était venu lui réclamer tout cela pour le prix de leur vie, c'eut été un sacrifice qu'il aurait fait tout volontiers. Mais jamais le tyran n'avait eu le courage de venir l'affronter en personne, après l'outrage commis; il avait préféré les regarder dépérir dans l'impuissance, de loin, comme un enfant qui arrache les ailes d'un insecte pour le regarder se débattre dans les affres jusqu'à une mort trop lointaine pour apporter le moindre soulagement...

A ces pensées, son poing se serra convulsivement et il regarda autour de lui pour se changer les idées, aspirant avec vigueur la fumée de sa pipe pour laisser la fumée l'envahir et apaiser ses pensées.

Maximilien accueillit avec grand plaisir le retour de Freyja, se retenant à grand peine de la presser de question, et la laissa parler.
Tout cela était bien flou, mais il savait déjà par où débuter ses recherches. Ah, béni entre tous soit Castiel d'avoir prit soin de son enfant, si toutefois il s'agissait bien de l'une de ses filles. Les dernières paroles de la tenancière apportèrent néanmoins un trouble nouveau et son visage laissa transparaître un abattement soudain.

-La Chute n'a semble-il pas laissé grand monde indemne, dit-il à voix basse. J'ose espérer seulement qu'elle saura me reconnaitre, si elle a perdu l'esprit...

Et lui, si loin, si impuissant, sachant déjà le triste destin de sa fille, pressentant déjà le pire... Oh, comment la retrouverait-il? Il redoutait de voir son visage, et de ne point y voir l'enfant qu'il avait élevée. Il connaissait les ravages de la folie pour les avoir déjà vu dévorer l'esprit de certains de ses proches, et savait fort bien quels terribles effets ils peuvent avoir sur les êtres. La pire serait sans doute qu'elle ait oublié son père, et qu'elle ne voie qu'un étranger revenir à elle. Et où était Melsant? Pourquoi n'avoir plus trace de lui, s'il semblait avoir accompagné sa soeur?
C'était soudain comme si à chaque fois qu'apparaissait un espoir, un indice pour le mettre sur leurs traces, celui-ci se trouvait aussitôt piétiné par une sombre nouvelle, comme si rien ne pouvait plus s'élever de ces ruines sans se voir aussitôt réduit à néant.

D'un geste lent, il ôta de son doigt l'une des bagues qui les ornait. C'était un anneau de fort grand prix, serti d'une belle et grande opale enchassée dans des dragons d'argent ciselé. Il l'éleva un moment à la lumière, et puis la déposa sur la table devant Freyja.

-Ceci est un bien faible prix pour ce que vous m'avez apporté, ma dame; dit-il avec un sourire sans joie. Je n'ai guère que cela pour vous exprimer ma gratitude, acceptez le, je vous en prie. Faites-en ce que bon vous semble, mais je vous prie bien de conserver cela dans votre lignée, en souvenir de la reconnaissance que vous doivent les comtes de Séverac. Nous n'oublierons jamais, sachez bien.

Ce disant, il courba légèrement sa noble tête en un signe de remerciement.
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MessageSujet: Re: Et le jour sera pour moi comme la nuit.   Ven 30 Aoû - 14:51

Oh, cher homme – comme je vois les soucis s'amonceler sur ses épaules, l'environner de toutes parts, l'étouffer à petit feu sous leur imposante exigence. Je n'ose imaginer dans quel état la disparition de mes petites me placerait – mon respect pour lui n'en grandit que plus encore, tant sa dignité m'impressionne. Léopold, mon cher frère, a de sa noblesse une très haute opinion, mais je trouve en Maximilien de Séverac une noblesse bien plus frappante : une noblesse tout autant de corps que d'esprit. Sait-il, ce père usé par les tourments, meurtri par l'inquiétude, combien sa progéniture lui ressemble ? Tout ce que je sais de Mélusine, je l'ai appris par Perle, mais je sais qu'elle a la même race authentique et profonde que celle que je découvre à l'instant dans les inflexions pudiques du désespoir voilé qu'il dissimule sous sa politesse. De Melsant, je me rappelle le rire d'un grand échalas de guerrier mal fagoté – et une courtoisie sans pareille appliqué à la moindre des personnes, des plus hauts nobles à la plus insignifiante des filles de salle. Je n'ai pas rencontré les deux autres – mais la rumeur les prétend tout aussi hautement façonnés. Un instant, je considère pensivement cet homme auquel mon frère aurait bien pu tenter de me marier si j'avais été de quelques années plus âgée, et ma mémoire bat la campagne, me ramenant aux temps confus de ma jeunesse, parmi la fine fleur de la noblesse de mon sang et de ma parentèle, les Brunante, les Outrevent, les Salvemont, les Lagrance, les Sylvire. Il est de ces gens-là, cet homme épuisé attablé dans ma taverne : de cette noblesse des idéaux et des lignées ancestrales qui ont bâti Arven, de ce sang fort et droit sur lequel l'on peut bâtir des empires et consolider bien des royaumes.

Sombreciel a besoin de lui. C'est une évidence qui me saute aux yeux très brutalement – le petit roi déséquilibré et sa fragile épouse dérobée auront besoin de tous les appuis possibles pour asseoir leur trône, et Maximilien de Séverac était, je crois, à la tête du Conseil de Régence en l'absence du roitelet. Son royaume a besoin de lui, oui, et pourtant le voilà, à la Cour des Miracles, errant en quête de ses enfants éparpillés...

« Je ne vais pas vous offenser en refusant le remerciement que vous souhaitez m'adresser. Ne m'offensez pas, en contrepartie, en prétendant me payer pour les informations que je vous ai données. Je suis fille de l'Archipel, il est vrai – sachez cependant que l'Audacia incarne les lettres de noblesse de la piraterie et qu'aucun de nos actes n'exige de récompense. »

J'ai parlé sans animosité – il ne peut savoir exactement qui nous sommes, ni quels idéaux nous défendons. Et s'il s'étonne de découvrir une de Brunante naviguant sous le pavillon noir, il n'en laisse rien paraître – il est vrai qu'il est malaisé, en me voyant ici accoudée à une table, de m'imaginer vêtue en boucanière, le sabre au clair, montant à l'abordage dans le chœur sauvage et primitif des gosiers pirates lancés au combat au nom de la liberté des mers.

« Si je puis me permettre un conseil, partez pour Euphoria. Vous y trouverez tôt ou tard l'Audacia de passage. Réclamez-vous de mon nom et son capitaine vous prendra à son bord – vous n'y trouverez sûrement pas vos enfants, mais l'Audacia est la plaque tournante des informations du réseau rebelle, et je pense que les informations y circuleront. Par moi, vous avez eu celles des Voleurs et des gitans de l'est – par l'Audacia, vous aurez accès à la Guilde des Espions, peut-être en apprendrez-vous plus. Oui – montez à bord, dites que c'est Savarna qui vous envoie. Faites-vous connaître auprès de Philippe Jedidiah, et il saura vous aider. »

Une part de moi l'imagine fugacement sur le pont de mon navire, ce noble si droit et courtois, et un pressentiment me souffle qu'il y serait parfaitement à sa place, ce père fatigué et inquiet, baigné par les embruns et vivifié par le vent du large, écumant sur les vagues en furie ses soucis et ses regrets. Oui, il y serait bien, une fois rassuré sur le sort de sa couvée. L'avenir pourrait-il encore me surprendre ? Demain sûrement saura me l'apprendre.
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MessageSujet: Re: Et le jour sera pour moi comme la nuit.   Sam 31 Aoû - 10:54

Un rire clair, quoique sans joie, vint apporter un peu d'animation sur les traits las du comte.

-Je ne vous ferais pas l'offense, pour ma part, de vous proposer paiement contre ce que vous m'offrez de bon coeur. Si vous n'exigez pas de récompense, mon honneur exige quant à lui que je vous offre un gage de ma gratitude.

D'un geste, il fit miroiter la pierre laiteuse à la lumière des lampes, pleine de reflets colorés et d'irisations étranges, changeante comme de la fumée emprisonnée dans un cristal. Le blason de la famille était gravé en intaille sur sa surface, comme un filigrane à peine perceptible.

-Ce bijou porte notre blason. Montrez-le à nos gens et l'on vous offrira toute l'aide qu'il vous sera nécessaire. Tous mes vassaux et officiers le connaissent et qui le porte a l'amitié de notre maison. Il a bien plus de valeur que les pierres et l'argent dont il est façonné, croyez moi.

Il s'était attendu à cette réaction venant d'elle; les meilleures gens refusent souvent d'être récompensés lorsqu'ils agissent en toute bonne foi et parfois la meilleure volonté du monde devient un affront. Il ne donnerait rien s'ils ne voulaient rien recevoir en retour de ses actes, mais ce qu'il venait d'offrir était la seule chose qui était encore en son pouvoir: l'amitié de ses gens et de sa maison, et l'assurance de trouver repos et entraide à chaque fois qu'ils franchiraient les murs et les frontières de Séverac. Même à la cour du petit Castiel, il y aurait des amis de sa famille chez qui ils pourraient présenter cela et se voir reçus, ce qui pouvait devenir un avantage non négligeable pour la famille de Brunante. A bien y songer, tous avaient quelque chose à gagner dans cette alliance qui se dessinait de manière fort peu protocolaire.

-Je note votre conseil avec attention, reprit-il ensuite. Je ne tarderai pas à partir mais je souhaite demeurer quelques temps ici. Je viens seulement d'arriver et j'ai quelques parents et lointains alliés dont je voudrais avoir des nouvelles.

Il remplit son verre d'un air pensif et puis releva ses yeux sombre sur Freyja, et s'y glissa une lueur d'amusement.

-En somme, me voilà parti pour rejoindre un bateau pirate, c'est original, pour un comte de Séverac. Je ne dis pas que nous autres cielsombrois sommes de ceux qui font les choses comme il faut, mais tout de même, ce sera une première. J'ose espérer que l'on fera des chansons à mon propos, plus tard.

Maximilien semblait feindre un amusement las mais force était de dire que cette nouvelle perspective nourrissait ses espoirs à l'agonie. Il n'avait pas besoin de grand chose pour s'y raccrocher et tôt ou tard son courage et sa ténacité se rebellaient devant ses accès de désespoir. Melsant était à Euphoria et il pourrait y trouver d'autres pistes, peut-être même Mélusine. Et puis, depuis tant de temps il était resté auprès de son épouse à attendre en vain, il brûlait d'agir, n'en pouvant plus d'espérer dans l'ombre et le silence.

Un fin sourire se dessina sur ses lèvres, cette fois il n'était pas feint.

-L'idée me plait, je vous l'avoue.

Il porta son verre à sa bouche, observant la noble tavernière pirate à la dérobée. Une sacré dame, et à en croire la rumeur, toute sa famille était du même tonneau, ne serait-ce que pour avoir osé jouer un tour aussi pendable à Melsant. Cela apportait un réconfort inespéré, comme si au milieu de tout cela, au milieu de la ruine et des infortunes, c'était une preuve que la vie continuait, que les jours poursuivaient leur cours et que l'existence des petites et grandes gens, leurs humeurs et leurs joies, leurs chagrins et leurs mésaventures n'en étaient qu'à peine affectés. La vie s'écoulait encore, malgré tout. Les jours allaient, et on pouvait toujours trouver quelque chose qui prêtait à rire, comme lorsqu'il tâchait d'imaginer son fils juché sur un cheval rose vif.
Et alors qu'il réfléchissait un moment, il y avait dans le regard du comte, dans cet océan de grisaille sombre comme un ciel d'orage, la même étincelle qui naît dans les yeux des jeunes gens lorsqu'on leur parle d'aventure. Oh, il n'avait pas été du genre à se mouiller, au propre comme au figuré, mais tout avait changé depuis et si cela pouvait lui permettre de retrouver ses enfants et bien, qu'importe!
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MessageSujet: Re: Et le jour sera pour moi comme la nuit.   Sam 21 Sep - 9:35

Le Destin songe, le Destin médite.
Le Destin sait que Waldemar pleure dans les ruines du Palais, loin de la main de son maître, loin de celui qui l'avait volé et qu'il a fui.

Alors le Destin donne un coup de pouce à l'homme fatigué qui soupire dans la taverne obscurcie - au doigt de l'homme, l'anneau qu'il a renfilé doucement étincelle. Plus trace de la bague : maintenant, c'est Waldemar qui est là, de retour, à la main de son maître.

Ni l'homme ni la femme n'ont vu ce qui s'est joué en une fraction de seconde, mais Waldemar est en paix : il a retrouvé la main d'un Séverac.

¤ Le Destin a le plaisir de vous annoncer que la relique de Sombreciel, Waldemar, a été retrouvée. ¤
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MessageSujet: Re: Et le jour sera pour moi comme la nuit.   Sam 23 Nov - 5:09

La soirée s'avance, et j'en apprends plus sur cette famille atypique, bien peu commune par son organisation et son fonctionnement – une part de moi s'émerveille de retrouver au sein de la très haute noblesse ces idées bohèmes qui font notre quotidien sur l'Audacia, lorsque Philippe et moi nous y trouvons réunis. Il m'intrigue, cet aristocrate fatigué bien loin de chez lui... Il semble en tout cas que chez les Séverac, la famille soit au centre de tout, et la pirate que je suis devenue ne peut qu'approuver cet état d'esprit bien particulier. Arven a besoin de bases solides, et avec un peu plus d'hommes comme lui, peut-être pourrions-nous effectivement redresser le continent qui sombre petit à petit... Lui en tout cas n'hésite pas à se faire pirate pour les siens, et cette force d'esprit me plaît immensément.

« Je pense que vous vous entendrez à merveille avec le capitaine Jedidiah. Ce ne serait pas la première fois qu'il voit débarquer quelque noble sur le pont de l'Audacia – vous pourriez bien trouver à bord quelque visage connu, d'ailleurs. Et quand vous serez de retour chez vous une fois votre recherche terminée, vous comprendrez toutes les nuances subtiles qui peuvent se cacher derrière la nouvelle de l'exil volontaire de l'un de vos nobles sur ses terres reculées. Je ne suis pas la première à avoir employé cette excuse pour protéger le nom de ma famille de la piraterie, et je ne serai sûrement pas la dernière. »

Un instinct bien féminin me souffle qu'il ne sera pas, lui, de ceux qui cachent derrière un faux nom la nouvelle de leur nouvelle carrière – il a bien raison, de toute manière, y a-t-il après tout plus grand honneur que de rejoindre le bord d'un navire de légende tel que l'Audacia ? Un honneur qui rejaillirait sur toute sa famille, sur son domaine, sur ses gens – fouler les flots à bord du plus ancien navire de l'histoire, voguer sur les traces de Rhéa de Brémont elle-même, voilà vraiment une destinée remarquable. Il ne le sait pas encore, bien sûr – mais il le comprendra. Je ne le connais pas, ce Maximilien bourru et cynique, mais j'ose présumer qu'il se sentira chez lui à bord : qu'il ressentira, tout comme chacun des membres de l'équipage, cette chaleur que l'Audacia destine à ceux qu'elle considère comme à leur place sur son pont, cette beauté des mers sans nulle autre pareille. Ce sentiment paradoxal de revenir à la maison en grimpant la planche d'embarquement, cette sensation merveilleuse de bienvenue comme si la figure de proue vous serrait dans ses bras pour vous accueillir... Oui, je pense que cet enfant de la noblesse, ce rejeton né dans la poussière du continent, saura se faire place parmi l'équipage de Philippe.

« Je vous souhaite toute la vigueur des flots pour votre embarquement – il est possible que nous nous retrouvions à bord quelque jour prochain, l'océan me manque affreusement et je ne saurais rester loin de mon capitaine trop longtemps. Que les embruns vous gardent – j'espère que vous trouverez ce que vous cherchez. »

Il est temps de desservir la table nettoyée de toute nourriture – et d'envoyer ce pirate tout neuf vers le chemin qu'il s'est choisi. Prends soin de lui, Philippe – montre-lui la beauté des océans, et aide-le à retrouver ses enfants...
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Et le jour sera pour moi comme la nuit.

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